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Nom de code "Thetis" : les rafles de toxicomanes et les nouvelles dérives de l'Etat grec

14 mars 2013

Politique Grèce Thetis Xenios Zeus

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Le journal des rédacteurs a publié la semaine dernière un document confidentiel issu du centre national des opérations sanitaires, qui décrit une opération portant le nom de code "Thetis". Cette opération a pour but de procéder aux arrestations des toxicomanes, à les transférer dans le camp de détention pour les migrants sans papier d'Amygdaleza et à procéder à des examens médicaux ainsi qu'à en enregistrement de leurs données personnelles. Une nouvelle avancée dans le "nettoyage" des rues d'Athènes qui scandalise les travailleurs sociaux et Médecins Sans Frontières et pose de nouveau la question sur les racines idéologiques de la politique du gouvernement grec.

Un document publié par le journal des rédacteurs indique que la police a conçu un plan en coopération avec le centre d'opérations sanitaires qui a déjà été mis en oeuvre la semaine dernière. Son nom de code ,"Thetis" - encore une fois issu de la mythologie grecque- vise cette fois les toxicomanes. Les toxicomanes arrêtés sont transférés dans un camp, soumis à des examens médicaux obligataires et a des enregistrement de leurs données personnelles et médicales. Sans leur autorisation. En plus du personnel de la police et du centre d'opérations sanitaires, des employés du Centre national pour le contrôle des maladies et du ministère de la Santé participent à l'opération.

Quatre organismes centraux pour la réinsertion des toxicomanes ont immédiatement publié une déclaration commune en réponse : "À un moment où la crise rend la situation des usagers de drogues chaque jour pire que le précédent et pousse plus de gens vers la toxicomanie et la marginalisation, on pourrait attendre de l'Etat qu'il prenne des mesures pour la prévention, des interventions précoces, le traitement et la réinsertion. Au contraire, ce type de politiques répressives, qui stigmatisent les gens (...) n'a pas sa place dans un État de droit. Ces politiques approfondissent les lignes de fracture dans la société grecque et accroissent ses problèmes." La Fédération des Associations de médecins hospitaliers a également exprimé son opposition au plan "Thetis". L'association grecque des droits de l'homme a condamné cette opération qui consiste à procéder à des arrestation sans justification, à un enregistrement obligatoire des données des toxicomanes et à un examen médical obligatoire.

De son côté la branche grecque de Médecins Sans Frontière a publié  sur son site le texte suivant :

Nous, Médecins Sans Frontières, exprimons notre profonde opposition aux opérations de ratissage menées par la police grecque, telles que celle effectuée dans la nuit du 5 au 6 Mars pour transférer des toxicomanes dans les installations de la police à Amygdaleza. Selon les autorités, cette opération, qui impliquait la participation des autorités de santé publique (Ministère de la santé, Centre National des opérations Sanitaires et le Centre National pour le contrôle des maladies et la prévention) visait à contrôler le trafic de drogue dans le centre d'Athènes avec "l'action médicale humanitaire" et à fournir des services médicaux et "enregistrer" les données des personnes détenues (hommes et femmes, d'origine grecque et non grecque). 

«La santé publique ne peut être promue par la police et les services médicaux», explique Willem DeJonge, directeur général de la section grecque de MSF, ajoutant: "La santé publique peut être efficacement protégée et promue tant que les populations les plus dans le besoin ont un accès satisfaisant aux services de santé et à l'efficacité des programmes de santé publique.é" 

La modification du décret présidentiel 114/2010 - inclus dans la loi régissant les "Communications électroniques , les règlements des Transports et des Travaux publics et autres décrets " introduit le 9 Avril 2012 - prévoit des "examens de santé obligatoires pour les personnes qui souffrent de maladies transmissibles ou appartiennent à des groupes vulnérables aux maladies transmissibles, et leur détention dans des structures de santé, au motif que ces personnes sont un danger pour la santé publique". Selon ce même projet de loi "le facteur de risque est défini comme étant les personnes qui souffrent de maladies transmissibles ou appartiennent à des groupes de population vulnérables aux maladies transmissibles, principalement en raison de leur pays d'origine ou par l'utilisation de substances illicites par voie intraveineuse, ou le fait qu'ils sont des travailleurs du sexe..., ou que leurs conditions de vie ne respectent pas les règles d'hygiène de base ".

Chez MSF, nous affirmons que la santé publique est une question de responsabilité de l'Etat. Les individus prennent un risque, plutôt qu'être un facteur de risque, en l'absence de politiques publiques globales de santé publique et d'interventions qui sont mises en œuvre de manière adéquate. MSF appelle les autorités compétentes à changer la loi et les règlements sanitaires et à sauvegarder le libre accès aux soins de santé pour tous les groupes de population vulnérables. Ceci ne peut être réalisé que par des services médicaux planifiées et cohérents et en dehors de la sphère d'action de la police.

Selon des sources de la police, 132 toxicomanes ont été arrêtés et transférés dans le camp d'Amygdaleza, au nord d'Athènes, lors d'une opération qui a eu lieu la semaine dernière. Sans aucune assistance juridique, sans même être l'objet d'une quelconque accusation,  les toxicomanes sont arrêtés et transférés dans un camp dont les conditions de détention ont été déclarées choquantes par un haut responsable de l'ONU. Un certain nombres des toxicomanes auraient été libérés depuis, mais sans aucune aide pour rentrer chez eux.

Comme l'opération baptisée de manière cynique "Xenios Zeus" (Zeus l'hospitalier), qui procède à des rafles de migrants et à leurs expulsions, l'Etat grec utilise désormais une méthode semblable pour les toxicomanes, en ignorant les droits de l'homme : des méthodes qui en font penser à d'autres, d'un temps historique pas si lointain, mais bien sombre.

Alors que le parti du premier ministre poursuit son virage vers l'extrême et à l'heure ou on apprend qu'un conseiller du gouvernement sur les questions de citoyenneté et d’immigration, Yiannis Kotoulas, est un historien révisionniste qui considère le nazisme comme "une grande révolution", il devient légitime de se demander sur quelles bases idéologiques la politique d'Antonis Samaras prend ses racines.