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Grèce : la justice blanchit douze prostituées du "crime" de séropositivité

14 mars 2013

Justice droits des femmes Grèce SIDA Stigmatisation

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Elles avaient été affichées dans tous les médias grecs. Détenues pendant plusieurs mois, humiliées et stigmatisées, les prostituées incriminées pour séropositivité ont toutes été blanchies de l'accusation de "tentatives de lésions corporelles graves". Si la justice grecque a tranché en leur faveur, les médias, contrairement à l'année dernière, n'ont pas jugé de bon de couvrir l'évènement.

Le tribunal d'Athènes a donc blanchi lundi douze femmes de l'accusation de "tentatives de lésions corporelles graves", dans la logique de la relaxe qui avait déjà été prononcée fin janvier pour les mêmes charges contre certaines de leurs compagnes, a précisé la même source. Ces décisions ont fait l'objet d'une couverture médiatique à minima, alors que l'incrimination de ces jeunes femmes, mise en scène à l'époque par les ministres socialistes de la Santé et de la Police, avait fait la une des médias, nombreux à s'indigner des risques encourus par les clients. (AFP)

Si la prostitution est légale en Grèce, elle doit s'exercer dans le cadre de maisons closes au fonctionnement théoriquement réglementé. Mais le phénomène a échappé à tout contrôle ces dernières années, sur fond d'incurie des autorités face à la traite sexuelle et à la toxicomanie, tandis que les cas de SIDA augmentent en flèche en l'absence notamment de toute campagne de prévention. (AFP)

Un documentaire sur ces évènements sera mis en ligne ce printemps. Son tournage vient de se terminer en Grèce. Le documentaire est soutenu par Unite et Union Solidarity International et est réalisé par une équipe de journalistes bénévoles de Radiobubble.gr  dans le cadre d'une tentative continue de rapporter les nouvelles indépendantes de la Grèce pour un public international.

Les femmes séropositives devant le palais de justice d'Athènes, où elles ont été conduites à la vue des équipes de télévision début mai 2012. Les charges de crime et de prostitution ont depuis été abandonnées ou réduites pour la plupart d'entre elles.

Les femmes séropositives devant le palais de justice d'Athènes, où elles ont été conduites à la vue des équipes de télévision début mai 2012. Les charges de crime et de prostitution ont depuis été abandonnées ou réduites pour la plupart d'entre elles.

Pour en savoir plus, vous pouvez relire l'article de Zoe Mavroudi traduit par OkeaNews sur ce sujet. Extrait :

"C'était tragique", a déclaré Ourania Georgiou, médecin qui traite les patients séropositifs à l'hôpital général Evangelismos d'Athènes. Georgiou a dit qu'elle a commencé à appeler les chaînes de télévision dès qu'elle a vu les clichés anthropométriques des femmes diffusés aux informations en mai dernier, exigeant qu'ils cessent leur diffusion. "Vous n'avez aucune idée de ce que c'est, de faire votre travail pendant des années et des années et tout voir détruit par un reportage télévisé en une fraction de seconde. Il faudra du temps pour rétablir la confiance avec nos patients."

Les séropositifs grecs ont senti "la terre se dérober sous leurs pieds", a déclaré Anna Kavouri, directeur des services sociaux à Kentro Zois, une ONG qui soutient les personnes séropositives. "C'était la chose la plus choquante que nous ayons vu en 20 ans d'existence de notre organisation. Le SIDA a soudainement été considéré comme un fléau dont le gouvernement pourrait nous sortir" dit-elle. "Nous avons dit que nous aussi étions séropositifs, qu'ils viennent nous arrêter", avait déclaré Kavouri, rappelant le jour où les protestations ont eu lieu à l'extérieur du palais de justice où les femmes avaient été amenées au juge devant les équipes de télévision.

Les travailleurs sociaux qui aident les toxicomanes ont fait face à des défis similaires depuis que l'affaire a éclaté. Eleni Marini, un travailleur communautaire pour la réhabilitation des toxicomanes du réseau KETHEA, est à la tête d'une équipe qui travaille quotidiennement dans les rues d'Athènes et a été en contact avec de nombreuses femmes depuis leur sortie de prison. "La confiance a été perdue", dit-elle. "Il n'a pas été facile de poursuivre notre relation avec eux, même si nous étions près d'eux dès les premiers instants".