5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

L’Eldorado, non merci ! [Dernières Nouvelles d'Alsace / A.K. ]

5 mars 2013

Environnement Chalcidique Eldorado Gold Grèce Skouries

857 mots   677       Comments

Les mines d'or de Skouries continuent à être l'objet de vifs débats au sein de la population de Chalcidique. Aujourd'hui encore, 13 jeunes, dont deux n'étant pas majeurs, a été invités à se rendre à la police dans le cadre de l'enquête sur la destructions de matériels à la mine d'or.  Tests ADN sans acte d'accusation, détentions pour participation à des manifestations, ou scandale et corruption (lire ou relire l'enquête d'Unfollow sur ce sujet) : cette mine d'or révèle bien un Etat au bord de la rupture. 

DNA

Angélique Kourounis, journaliste présente à Skouries pendant la dernière manifestation, revient pour les Dernières Nouvelle d'Alsace (version papier du jour) sur les évènements.

Un grand merci à eux pour permettre à OkeaNews de le partager ici. 

 


La région de la Chalcidique, dans le nord-est de la Grèce, se mobilise contre un projet d’exploitation demines d’or par le géant canadien Eldorado Gold. Les risques pour l’environnement sont énormes. Une affaire qui concentre tous les maux du pays.

«Je continue ! Demain je serai à la manifestation. » Meni Kibiloglou, 33 ans, sort fatiguée mais triomphante du commissariat de Poligyro. Les 14 heures d’interrogatoire continu et humiliant par la police antiterroriste n’ont pas eu raison de sa détermination. Elle a été interpellée à 6 heures du matin lorsqu’elle ouvrait son magasin, une croissanterie d’Ouranoupoli, au pied du mont Athos. Peu après c’est son mari qui était arrêté et interrogé pendant 12 heures.

Leur maison a été perquisitionnée devant leurs enfants terrorisés. Leur crime ? Avoir participé aux manifestations quasi quotidiennes contre l’exploitation des mines d’or de Skouries par la firme canadienne Eldorado Gold. « Je me bats pour ma terre, ma santé, mes enfants. Il n’y aura plus d’eau, on ne pourra plus vivre ici », lance Meni.

L’autorisation de forage en Thrace a aussi été donnée 

Si c‘est l’unité antiterroriste qui mène les interrogatoires, c’est que le 17 février un commando d’une cinquantaine d’activistes a attaqué au cocktail Molotov les installations d’Eldorado Gold. Plusieurs camions, foreuses, voitures ont été détruits ; un vigile sous le choc a été hospitalisé quelques heures. Le lendemain à Toronto, les actions d’Eldorado Gold chutaient de 5 % ! Du coup, alors que les unités spéciales prenaient place dans les villages de la région, le Premier ministre grec est monté au créneau pour assurer « que cet investissement se ferait à n’importe quel coût ». Antonis Samaras a même annoncé que d’ici dix jours « Eldorado Gold pourra forer en Thrace », région voisine de la Chalcidique au sous-sol tout aussi riche et convoité par les Canadiens.

Les manifestations contre les mines - ici à Megali Panagia - sont quasi quotidiennes. DNA - A.K.

Les manifestations contre les mines - ici à Megali Panagia - sont quasi quotidiennes. DNA - A.K.

Depuis, plus de 90 personnes ont été amenées au poste, dont des lycéens. Selon leurs témoignages, la police a prélevé de l’ADN sur au moins 50 personnes tout en prenant soin de faire signer des fausses déclarations de consentement. Si l’écrasante majorité des habitants de la Chalcidique, troisième destination touristique du pays, et depuis peu de la Thrace est sur le pied de guerre, c’est que l’exploitation de ces mines signe pour eux l’arrêt de mort de la région. Tolys Papageorgiou, opposant de la première heure (il fit capoter une première tentative des Canadiens au début des années 2000 puis fut condamné à 5 ans de prison), insiste : « 3 100 tonnes de poussière par heure seront libérées à plus de 700
mètres d’altitude, de la poussière chargée de plomb, d’arsenic, de cuivre, de cadmium et d’autres métaux lourds. Et en dessous il y a tous nos villages ! »

texte DNA / AK

texte DNA / AK

Parmi les scandales environnementaux en Grèce, celui-ci concentre toute la corruption dont l’administration est capable. C’est l’ancien ministre des Finances Georges Papacostantinou, muté à l’Environnement, qui a signé l’autorisation d’exploitation en 2012. En 2003, Ellinikos Xrisos, filiale d’Eldorado Gold, avait acheté ces mines via un tour de passepasse juridique dénoncé par l’Union européenne pour 11 millions d’euros, alors que la valeur du sous-sol est estimée à 22 milliards d’euros.

L’Etat doit toucher une amende dont il ne veut pas

Pour concurrence déloyale, la Commission européenne a infligé une amende de 17 millions d’euros, devenus 20 avec les intérêts, à Ellinikos Xrisos. Une amende que la filiale doit verser à l’Etat. Mais Georges Papaconstantinou s’est empressé d’en demander l’annulation auprès de la Commission car cela mettrait en question toute l’opération.

Dans la région, la situation est très tendue. D’un côté ceux qui espèrent trouver un travail via Eldorado Gold qui emploie 1 200 personnes et promet 5 000 emplois supplémentaires. De l’autre ceux qui veulent sauver leur terre et parlent d’une perte de 15 000 emplois dans le tourisme et l’agriculture.

ANGÉLIQUE KOUROUNIS