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François Hollande à Athènes : les affaires sont les affaires

20 février 2013

Billet d'Humeur Politique France François Hollande Grèce

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HollandeSamarasLe président français était à Athènes hier, en "ami", pour montrer sa "solidarité" devant les efforts fournis par la population et le gouvernement. Jugeant que le retour à la croissance était la solution pour la Grèce, il a indiqué que "le maintien de la Grèce dans la zone euro est un acquis". Vaste blague démontée dans le dernier billet de Jacques Sapir.

Il serait possible d'écrire plusieurs pages sur la venue du président, comme l'a d'ailleurs fait mediapart hier dans son article "A Athènes, Hollande devient champion des privatisations". Tout y est.

On pourrait rappeler qu'avec la grève des journalistes en Grèce, il n'y eu aucun commentaire sur les images de François Hollande arrivant à l'Aéroport. La vidéo de son arrivée a d'ailleurs tourné en boucle et les téléspectateurs ont donc eu l'occasion de voir l’atterrissage et la sortie du président français de son avion plus de 80 fois. Il semble aussi que la population grecque, à raison, n'était pas particulièrement excitée par cette visite. Il faut dire, dans un pays où les derniers chiffres du chômage montrent une hécatombe, dans un pays gouverné d'une main de fer par le premier ministre A. Samaras, le nouvel ami de F. hollande, la priorité est ailleurs.

Rappelons que F. Hollande avait conseillé à la population grecque à voter pour les partis pro-euro, c'est à dire ceux là même, pour les médias, la Nouvelle Démocratie et le PASOK, qui sont en grande partie à l'origine de tout ce que l'on peut reprocher à la société grecque. Inutile de rappeler ici que le Syriza souhaitait également rester dans la zone euro.  F. Hollande a donc apporté son soutien au premier ministre, qui, rappelons le, avait indiqué pendant la campagne électorale que "les immigrés sont les tyrans de la société grecque".

F. Hollande a donc apporté son soutien à un gouvernement qui torture ses détenus, procède à des raid dans des espaces autogérés, stigmatise les toxicomanes et les séropositifs et ferme les yeux sur les actions des néonazis : hier, le procès d'un des députés de l'Aube Dorée qui avait participé à la destruction des stands de vendeurs étrangers sur deux marchés devait commencer. Son avocat n'ayant "pas pu venir", le procès a été ajourné et reporté au mois d'octobre prochain. Classique en Grèce : E. Kasidiaris, qui avait frappé deux femmes politiques de gauche en direct à la télévision grecque en est au 4ème report d'un procès pour violence avec arme blanche. Autre exemple, le procès pour contrebande et contrefaçon de la société Aegean Oil a lui aussi été reporté dernièrement pour la 5ème fois, tandis que que son patron aurait menacé de mort un journaliste d'Unfollow. L'avocat du patron d'Aegean Oil, dans cette affaire de menaces de mort, n'est autre qu'un ami de longue date et conseiller officieux du nouvel ami de F. Hollande, le premier ministre A. Samaras. Cet avocat, M. Kranidiotis, est également un commentateur fréquent sur ​​les affaires publiques, et ses articles dans des journaux de droite et des sites web populistes sont connus pour leur nationalisme et leur xénophobie. Il est allé jusqu'à suggérer dans un article que l'armée doit intervenir pour maintenir «l'ordre» en Grèce.

F. Hollande aurait du lire le dernier classement 2013 de RSF et la chute vertigineuse de la Grèce concernant la liberté de la presse, ou le dernier rapport de l'ONU qui pointe du doigt les conditions de détentions dans le pays, ou encore l'alerte du conseil de l'Europe qui précise que "les attaques racistes sont une menace réelle pour la démocratie" ou enfin la dernière intervention de l'historien Mark Mazower qui "alerte la Grèce sur le danger sous estimé de l'Aube Dorée".

F. Hollande aurait pu lire le rapport édifiant d'Amnesty International sur les violences policières, contrairement au ministre grec de l'ordre public N. Dendias, le chef de la toute puissante police répressive grecque. DOit-on également rappeler à F. Hollande que la police nationale d'Athènes serait noyautée par l'Aube Dorée ?

Mais comme pour l'Elysée, la valeur commune entre la France et la Grèce, c'est la démocratie :

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Que la crise de la zone euro est terminée :

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Il faut juste rappeler le "soutien" et la "confiance" de la France envers la Grèce, utiliser le mot magique "croissance" :

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Insister encore sur le fait que la situation va se stabiliser (OkeaNews d'or de la mauvaise foi) :

 

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Promouvoir la présence des PME françaises en Grèce (Total, Suez etc ?) :

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Et se préparer pour les soldes grecques (tweet validé "Tweet du jour" par okeanews) :

 

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Sans compter l'aide que la France proposerait si des réserves de pétrole et de gaz étaient confirmées en mer Égée. Ou la location de quelques frégates pour "un bon prix" et éventuellement quelques avions. La Grèce reste toujours un très bon client pour l'armement français.

En 2012, plus de 5000 manifestations et mouvements de protestation ont eu lieu à travers le pays. Cela fait une moyenne de 14 par jour. Une nouvelle grève générale commence (à suivre en live-tweet sur Okeanews ici).

Mais pour la France, les affaires sont les affaires.