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Grèce et mine d'or : le ton monte encore à Skouries

18 février 2013

Environnement Politique Eldorado Gold Grèce Mine d'Or Skouries tensions

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skouries_390_1802Dans la nuit de samedi à dimanche, dans le nord de la Grèce, une cinquantaine d'individus cagoulés ont attaqué et endommagé des installations du groupe minier canadien Eldorado Gold  (voir vidéo en fin d'article).  Un groupe de 40 à 50 hommes a jeté des cocktails molotov et mis le feu à des équipements d'Hellenic Gold, filiale grecque d'Eldorado Gold, dans la région de Chalcidique, endommageant notamment des containers et des camions, a précisé la police.

Ils ont pu pénétrer sur le site après avoir neutralisé et ligoté les deux gardiens. L’opération était coordonnée et aurait duré une quinzaine de minute, selon la police. Les assaillants ont aspergé d’essence et mis le feu à plusieurs véhicules et des containers, avant de prendre la fuite, coupant des arbres sur leur passage pour entraver l’accès du site aux pompiers.

Les dégâts :

Rapidement avertie par l’un des deux gardiens, la police a procédé consécutivement à une trentaine d’interpellations "préventives" -et hasardeuses- dans la région (selon plusieurs témoins, des supporter du projet de la mine d'or auraient également été détenus). Toutes les personnes ont finalement été relâchées. Dimanche soir, un homme de 54 ans, L. Toskas, membre du comité local du parti Syriza et participant aux mouvements de protestation contre les mines, a été arrêté et accusé "d'instigation morale", suite à des plaintes de trois employés de la compagnie de sécurité. D'autres actes d'accusation mentionnent la "participation à des manifestations contre les activités minières".

Cette attaque intervient dans un climat tendu dans la région. Depuis deux ans, les habitants de Chalcidique se sont en effet organisés et protestent régulièrement contre les nuisances écologiques liées aux projets de développement des activités d’orpaillage dans la péninsule (voir ici ou ). Un nouveau rassemblement est justement prévu pour le dimanche 24 février.

 

Si l’opération de Skouriès a été condamnée par les partis politiques de la coalition gouvernementale et par l’opposition, elle s’inscrit dans un petit jeu qui consiste, pour le gouvernement, à rendre les partis de la gauche parlementaire (Syriza, Parti communiste) systématiquement responsables des phénomènes de violence en marge des mouvements de protestations, et pour l’opposition, de dénoncer l’œuvre "d’agents provocateurs" contribuant à saper la contestation. Ce qui est certain, c’est que ce type de commando, quelle qu'en soit sa nature, profite au gouvernement, qui l’instrumentalise pour dé-crédibiliser l’opposition et criminaliser la mobilisation sociale, dans le cadre de la "stratégie de la tension" à l’œuvre dans le pays depuis plusieurs mois. Celle-ci consiste, pour un gouvernement de tutelle, à miser sur le tout-répressif pour masquer son absence de souveraineté.

Caractéristique de ce phénomène, la tendance des grands médias, dans leurs réactions à l’attaque de Skouriès, à passer sous silence la forte mobilisation de la société civile contre les projets de l’orpailleur canadien Eldorado Gold (détenteur à 95 % du consortium Hellenic Gold), et l’ampleur des destructions environnementales annoncées. Avec un chômage qui dépasse les 30 pour cent, ce raid criminel est présenté comme une atteinte à la création d’emplois dans la région et aux "investissements étrangers". Le ministre de l'ordre public Nikos Dendias en déplacement en Chalcidique a d'ailleurs déclaré au poste de police local : "La Grèce est un Etat européen de la loi et de l'ordre.  Nous avons le devoir de protéger les investissements étrangers qui ont lieu dans le pays. Les investissements sont le seul moyen que nous avons pour faire face à l'énorme problème du chômage."

Pour rappeler le contexte peu consultatif dans lequel a été décidé l’extraction aurifère en Chalcidique, nous vous présentons ici la traduction partielle de l’enquête intitulée "Le silence n’est pas d’or", parue en décembre 2012 dans le journal Efimerida ton Syndakton. Le journaliste et documentariste Giorgos Avgeropoulos a mené une enquête comparative entre les grands projets d’orpaillage en Grèce et en Roumanie. Comparant ces deux pays géographiquement proches et aux situations économiques similaires, il constate l’absence de toute consultation populaire en Grèce, par rapport à la Roumanie, et relève également le manque de contrôle de l’Etat. Voilà les conclusions auxquelles il parvient dans son enquête, et les questions qu’il soulève :

"L’Etat grec, qui valse au rythme des mémorandums, est pressé. Avec comme seul critère la nécessité de ‘créer des emplois’ ou ‘d’attirer des investissements étrangers’, il agit à la hâte et dans l’approximation, gagnant peu, sur une question en outre aussi importante, qui concerne l’environnement d’une région aux richesses naturelles inestimables. Et comme les habitants estiment qu’abattre les forêts primaires sera irrémédiable, et que toute décision prise aujourd’hui influera directement sur les prochaines générations, ils protestent.

Mais au lieu de trouver un Etat flexible, prêt à les entendre, celui-ci leur envoie la police anti-émeutes pour réprimer leur voix. La Grèce est le seul pays d’Europe où se déroule une telle chose. On ne trouve pas de cas analogue, depuis que la Grèce est devenue membre de la famille européenne, où un projet d’exploitation minière est imposé ainsi, dans la violence, par un Etat européen à son peuple.

[…]

J’ai demandé à Giorgos Papakonstantinou, l’ancien ministre de l’Environnement qui, à l’époque, avait apposé sa signature au projet, quel était au juste le gain de l’Etat. (Je rappelle que la licence d’exploitation a été cédée en 2003 pour 11 millions d’euros, rien de plus. Pas un cent de royalties ne sera perçu à l’avenir).  Il m’a répondu exactement : "L’Etat y gagne car il perçoit des impôts, l’Etat y gagne car plus de 1.000 personnes sont embauchées, lesquelles reçoivent un salaire, et donc paient des impôts. […] "

Les questions auxquelles la société grecque est appelée à répondre sont les suivantes : accepte-t-elle que l’on coupe des milliers d’hectares de forêts primaires contre la promesse de 5.000 embauches pour une durée de 27 ans ? Accepte-t-elle de prendre le risque de nuisances écologiques et d’accidents ? Accepte-t-elle d’extraire de l’or qui partira à l’étranger, sans apporter le moindre gain à la région au niveau des droits d’exploitation, en dehors des recettes engrangées par la fiscalité appliquée à l’entreprise et à ses employés ? Et plus important encore, accepte-t-elle un développement économique de cette nature ? Ces questions de base doivent constituer le cœur d’une consultation publique - consultation qui aurait normalement déjà dû avoir lieu. De telle sorte que tous les Grecs soient informés de ce que l’on projette de faire dans cette partie de leur pays."

Lien vers l’article original : Η σιωπή δεν είναι χρυσός

 

Par AR et Okeanos

Mise à jour du 19 février : 3 nouvelles détentions ont eu lieu hier après midi à Skouries. Les trois personnes ont été relâchées à 1h ce matin.


La vidéo (caméra de surveillance) :