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L'historien Mark Mazower avertit la Grèce du danger sous-estimé de l'Aube Dorée

13 février 2013

Les indispensables Politique Aube Dorée Grèce nazisme

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mazowerMark Mazower jouit d'une réputation internationale à la fois comme écrivain de livres très importants sur l'histoire moderne de l'Europe, en particulier dans les Balkans et en tant que professeur à l'Université Columbia à New York (titulaire du siège histoire Ira D.Wallach), où il est également administrateur du Heyman Center for the Humanities. Sa bibliographie comprend par exemple "la Grèce d'Hitler" ainsi que le "continent noir"," L'Empire d'Hitler ", "La Grèce et la crise économique des années trente". Professeur à l'université Columbia de New York, il a également publié des articles pour le Financial Times, The Guardian et The Independant.

S'exprimant mardi à Athènes lors d'une conférence sur les extrêmes politiques de la Grèce au Collège Americain de Grèce (American College of Greece), Mazower n'a pas hésité à faire le parallèle entre l'extrême droite grecque et le national-socialisme allemand, le parti nazi des années 1930.

Lors d'une interview pour ekathimerini publié avant son intervention de mardi, Mark Mazower explique :

Est-ce que le débat sur ​​la "montée des extrêmes", ici en Grèce, est une discussion sur la montée de l'extrême droite ou de la montée de l'extrême droite et de l'extrême gauche? Décrire l'extrême gauche en tant que politique de l'extrême semble irriter beaucoup de Grecs.

La nouvelle et très inquiétante caractéristique de la scène en Grèce est évidemment la montée de l'extrême droite. Son émergence nous oblige à affronter le problème de la violence car la violence est sa carte de visite, son modus operandi et - je pense, par exemple à l'incident Kasidiaris l'année dernière à l'antenne [lorsque le porte-parole de l'Aube Dorée a agressé deux femmes politiques à la télévision en direct, voir ici] - a contribué à sa croissance.

Que des actes de violence si manifestes et publics aient pu accroître la popularité d'un mouvement est profondément troublant pour tous ceux qui ont cru que les souvenirs combinés de la vie lors de la violente guerre civile, puis lors de la dictature, avaient conduit les Grecs, plus que la plupart des autres, à une recherche de stabilité et de démocratie et avaient montré la valeur d'une certaine forme de civilité dans leur vie publique.

Je ne pense pas que la montée de l'Aube Dorée ait quelque chose à voir avec l'extrême gauche. Les causes sont ailleurs, surtout dans la dé-légitimation extrême de la classe politique dans son ensemble du fait de la crise et de la conséquence du discrédit sur ​​les réalisations du changement de régime post-junte. Nous pourrions avoir une longue discussion pour savoir si cette classe politique aurait pu faire plus, en dépit de la crise, pour rétablir sa réputation dans l'estime populaire : je pense personnellement qu'ils[les politiciens] auraient pu faire plus, et peuvent encore.

Mais précisément parce que nous sommes dans une phase nouvelle et plus violente de la vie publique, je pense qu'il est difficile de traiter des jets de cocktails Molotov sur la police, les attaques sur les maisons des gens, les bureaux ou les commerces, avec le genre de tolérance presque bénigne qui était commune dans le passé. La même chose s'applique à la rhétorique politique. Pour la gauche, il y a une ou deux questions sérieuses pour y faire face. Lorsque vous utilisez une rhétorique de la violence - de renverser l'Etat, d'une nouvelle insurrection, de frapper des collaborateurs - qui est tiré d'une époque antérieure, un temps de véritables révolutions et de guerres réelles - voulez-vous dire ce que vous dites ? Voulez-vous la guerre? Et, si oui, êtes-vous sûr que vous pouvez la gagner ? Si non, alors - et nous voici dans le vif du sujet - comment voulez-vous parler et penser de manière plus productive sur les possibilités d'une transformation réelle et radicale du capitalisme que la crise actuelle des institutions et des idées appellent ? À mon avis, rêvant de jouer à nouveau un rôle héroïque, et cette fois victorieuse (1917 ou 1944), n'est pas la réponse et nous devons consigner les dates de l'histoire et ne pas continuer à les utiliser comme guides pour l'action.

Ce débat est associée à un débat plus large et plus internationale quant à savoir si le fascisme et le communisme sont en fait similaires - les deux faces d'une même médaille. La plupart des gens en Grèce trouve cela très difficile à accepter. Quelle est votre opinion?

La théorie du totalitarisme s'est développée en Occident pendant la guerre froide et reposait sur ​​une équation du nazisme et du stalinisme. À mon avis, il était et est toujours une construction idéologique qui cache plus qu'elle ne révèle. Le Troisième Reich et l'URSS avaientt quelques similitudes, mais de nombreuses différences, plus profonde, je pense, que les similitudes. Pour revenir à la situation actuelle en Grèce, on ne peut pas parler de ce sujet particulier sans être conscient que le stress récent du gouvernement actuel en matière de droit et de d'ordre cherche avec insistance à affirmer ce genre de points communs. Il s'agit d'une stratégie électorale ici, bien sûr: la Nouvelle Démocratie [la droite grecque] a évidemment besoin de quelque chose pour stimuler son attrait à un moment où il met en œuvre le programme d'austérité, et il faut quelque chose en particulier qui lui permettra de gagner au détriment des autres partis de droite et mettra l'opposition de gauche dans une position désavantageuse. Deux choses sont négligées dans une telle stratégie : le vrai problème de la violence policière, en particulier dans les grands centres urbains, et le fait que de nombreux soi-disant "anarchistes" de gauche ne font qu'occuper des bâtiments vides - ce qui peut constituer un crime contre la propriété, mais n'est pas un acte de violence - ou s'engagent dans des protestations légitimes. Je dis tout cela tout en insistant en même temps sur la responsabilité propre de la gauche d'avoir toléré un certain discours qui légitime l'anarchie.

Les extrêmes sont étroitement associées à l'usage de la violence. En Grèce, il y a eu un débat houleux sur cette question : d'une part, il y a ceux qui prétendent que la violence est le même mal, peu importe d'où il vient, droite ou à gauche, et, d'autre part, il y a ceux qui soutiennent qu'il y a des types de violence justifiées, au moins dans certains cas - c'est à dire les meurtres commis par l'organisation terrorisme du 17 novembre - qui ne sont pas la même chose que le meurtre d'un immigrant par les néo-nazis. Dans quelle mesure est-ce valable?

Ma réponse est en deux parties : d'abord, un meurtre est un meurtre, et, ensuite, je lutte pour la justice sociale, et le racisme, sous toutes ses formes, est déplorable. Lutter pour la justice sociale et contre le racisme est le défi d'aujourd'hui.

Hier, lors de la conférence, Mark Mazower a avertit la Grèce de ne pas sous-estimer la menace de l'Aube Dorée et n'a pas hésité à faire le parallèle entre le parti grec ultra nationaliste et le national-socialisme allemand des années 30. "Il y a une approche commune", a-t-il dit, des deux partis qui mettent l'accent sur le racisme biologique et les tactiques de rue violentes qui les distingue des autres mouvements nationalistes européens.

Critique envers la gauche grecque "qui n'a jamais fait de pause mentale depuis l'image de la révolution." il a refusé l’assimilation extrême-droite et extrême gauche en précisant que "Certains disent que toutes les formes d'anarchie sont également dangereuses. Je suis en désaccord", puis en ajoutant que "les manifestations et les violations de la loi de la gauche n'ont pas mis en danger la démocratie grecque".

En conclusion, Mark Mazower a indiqué qu' "Au lieu de poursuivre les squats anarchistes à Athènes qui sont d'une importance politique négligeable, la Nouvelle Démocratie devrait plutôt orienter son énergie et son attention sur la plus grande menace, celle de l'Aube Dorée" en se référant aux dernières descentes de police dans plusieurs bâtiments abandonnés à Athènes(voir ici). Malheureusement, l'Etat grec ne semble pas se rendre compte de l'urgence de la situation".

A noter que la conférence en anglais sera ajoutée dès qu'elle sera disponible sur internet.