5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

L'actualité complète de la Grèce pour la semaine du 5 au 9 novembre 2012 [avec rbnews]

11 novembre 2012

Radiobubble News Grèce rbnews

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Retour sur une semaine d'actualité dense, en partenariat avec RadioBubble.

Les faits marquants de la semaine :

La Grèce encore a fait la une des médias internationaux au cours des deux dernières semaines, d'abord en raison de l'arrestation du journaliste Kostas Vaxevanis et d'autres cas de censure des médias, puis en raison du nouveau plan d'austérité familièrement connu comme le 3ème mémorandum  et la discussion sur un retard possible de la nouvelle tranche de sauvetage.

La démocratie en rupture : un nouveau sondage publié par  Public Issue montre la profonde déception de la direction politique ainsi que le fonctionnement des institutions démocratiques. ce sondage est arrivé à la fin de la semaine et mettait en évidence les dysfonctionnements du système politique. Seulement 11% de la population grecque estime que la démocratie fonctionne en Grèce.

Un cas monstrueux d'enlèvement et de torture d'un travailleur immigré par son employeur grec dans l'île de Salamine et les actions  judiciaires et policières qui ont suivi mettent en évidence l'incapacité ou le manque de volonté des institutions de l'Etat pour faire face à de tels cas d'une manière humaine.

Les évènements de la semaine :

Pogroms, violences racistes et fascistes et actions anti-fascistes :

La semaine a commencé avec la poursuite des pogroms fascistes contre les migrants dans le quartier Aghios Panteleimonas d'Athènes, qui a commencé le 31 Octobre, après qu'un coiffeur  grec aurait été poignardé par un immigrés dans son salon de coiffure. Les rapports indiquent que les fascistes se promenaient dans le quartier et chassaient les gens dans les rues, dans un cas au moins, sous la direction des membres de l'Aube Dorée. Cela marque un changement de stratégie dans les attaques racistes/fascistes, car la plupart des cas enregistrés suivaient une stratégie qui consiste à isoler un individu au lieu d'attaquer des groupes. Un journaliste de la télévision SKAI a également été agressé alors qu'il réalisait un reportage sur le pogrom dans la soirée du samedi 03 Novembre.

Le même soir, une manifestation antifasciste dans le quartier de Keiramikos à Athènes, dirigée par des membres de la communauté LGBT qui distribuaient des tracts contre l'homophobie, a été attaquée par 15 individus vêtus de noir qui prétendaient être des membres de la l'Aube Dorée. Un militant antifasciste a dû être transporté à l'hôpital avec une luxation de l'épaule et un autre a reçu un coup de couteau. L'un des militants a déclaré: «Nous ne l'avons peut-être pas choisi, mais l'histoire nous a jeté un gant. Il est temps de le prendre. "

Le dimanche 04 Novembre au matin, un égyptien de 29 ans a été retrouvé battu et enchaîné dans l'île de Salamine près du Pirée. Il avait été enlevé et torturé par son employeur, un boulanger grec, et trois autres hommes depuis le samedi matin, et a réussi à échapper à ses tortionnaires lorsqu'ils ont  quitté l'écurie où il était retenu pendant plusieurs heures. L'auteur et la victime ont été arrêtés, l'auteur  en raison des accusations de torture, et la victime pour ne pas avoir les documents de séjour légal en Grèce.

Le même jour, un article a été publié dans le Herald à propos d'un touriste néo-zélandais qui a déclaré avoir été battu par la police en Crète. C'est le second cas, signalé de violence de la part de la police sur un touriste en Grèce, le précédent étant un touriste sud-coréen qui a deposé une plainte à l'ambassade de Corée. La police a toutefois publié un communiqué de presse indiquant que le Néo-Zélandais n'avaient pas été détenu par la police mais par les autorités portuaires, qui à leur tour ont affirmé que les blessures qu'il avait subies étaient dues à être ne implication dans une bagarre.

Le dimanche soir, un concert a été organisé dans le stade sportif d'Athènes en solidarité avec les 15 antifascistes qui avaient été arrêtés lors d'une manifestation moto / patrouille à Athènes le mois dernier et qui ont affirmé avoir été torturés par la police. Le taux de participation était immense, avec plusieurs milliers de personnes qui n'ont pas réussi à entrer dans le stade qui était plein à ras bord. Le même soir, cependant, la présence d'escouades fascistes a de nouveau été signalée dans le quartier Aghios Panteleimonas d'Athènes. Une nouvelle démonstration de fascistes et une contre-manifestation des anti-fascistes ont eu lieu dans le même quartier, le vendredi, tandis qu'une attaque par l'AUbe dorée sur la jeunesse du parti communiste a été signalée près de Thessalonique, le mercredi. Le leader du parti communiste va intenter  un procès contre les membres de l'Aube Dorée.

Grèves et manifestations :

Le lundi 05 Novembre, les grèves ont commencé pour certains groupes professionnels dans la préparation de la grève générale de deux jours le 06 et 07 Novembre. Il s'agit notamment du métro d'Athènes et le tram, le personnel de l'hôpital public, la Public Power Corporation et des avocats, ainsi que des journalistes qui sont allés en grève contre les modifications proposées à la caisse de sécurité sociale. Ils ont manifesté à Athènes et Thessalonique. Par ailleurs, l'Union des travailleurs de l'administration locale s'est engagée dans une action collective par l'occupation des mairies et des installations municipales et des bâtiments à travers le pays. 14 professions différentes ont été rapportées le jour suivant en milieu de matinée par des membres de la communauté Radiobubble. Ce total est susceptible d'être plus élevé.

Pendant ce temps, le texte du troisième mémorandum a été finalisé et devait être soumis au Parlement. Cela fut retardé par le ministre de la Justice Roupakiotis, qui ne voulait pas signer le document puisqu'il était profondément en désaccord avec certaines des mesures d'austérité proposées. Il a finalement été convaincu de le signer par le chef de son parti, la Gauche démocratique, à l'issue d'une réunion qui a duré plusieurs heures. Les quelques centaines de pages de l'acte constitutif et ses annexes ont finalement été soumis au Parlement et distribué aux députés lundi soir, ce qui a donné environ 48h aux députés  pour le lire avant le vote du mercredi.

La grève générale décrétée par les syndicats et les partis de l'opposition contre le nouveau plan d'austérité a débuté le mardi 06 Novembre avec des manifestations dans tout le pays. Au cours de la grève de deux jours, la communauté Radiobubble a indentifié des manifestations à Athènes, Thessalonique, Mytilène, Komotini, Patras, Héraklion, Chania, Rethymno, Giannena, Volos, Agrinio, Larissa, Kalamata, Preveza, Corfou et Ptolemaida ainsi que les professions de bâtiments publics tels que l'administration fiscale Héraklion, la préfecture de la Crète, la compagnie des eaux de Thessalonique, le Ministère de la Réforme Administrative, le palais de justice de Samos et plus encore.

Une manifestation relativement faible à Athènes s'est rassemblée devant le parlement et s'est dispersée dans le calme après quelques heures, provoquant la déception des dirigeants syndicaux, il a toutefois été noté que tous les transports publics ainsi que les chauffeurs de taxi ont participé à la grève, ce qui a empêché les gens d'atteindre le lieu de la manifestation . Pendant ce temps, le troisième mémorandum a été discuté et approuvé dans les commissions parlementaires des affaires économiques et sociales.

En raison du fait que ce projet de loi a été présenté comme un seul article afin d'empêcher les députés de voter contre des éléments individuels, les membres juniors de la coalition du parti de la gauche démocratique ont pris la décision de voter "présent" sur le mémorandum mais se sont engagés à voter en faveur du  budget 2013 qui sera porté à un vote au Parlement le dimanche (11 novembre). La position de la gauche démocratique, combinée avec plusieurs voix rebelles de la Nouvelle Démocratie et du PASOK ont conduit à des spéculations quant à savoir si le mémorandum allait passer, sur la taille de la majorité gouvernementale et le risque d'un remaniement du gouvernement.

Le coup d'Etat parlementaire

La grève générale s'est poursuivie le mercredi 07 tandis que le troisième mémorandum était discuté lors de la session plénière du Parlement. La journée a commencé avec les députés de l'opposition de SYRIZA et les Grecs indépendants qui ont déposé une motion de rejet déclarant inconstitutionnels le mémorandum et la procédure d'urgence  qui ne permet que 10 heures de débat.

La situation a rapidement évolué pour devenir un cirque(voir ici). Le Président du Parlement, M. Meimarakis a tout d'abord demandé à ceux qui étaient présents dans le parlement à moitié vide se lever s'ils appuyaient la motion d'inconstitutionnalité, et a décidé que ceux qui s'opposaient à elle étaient plus nombreux. SYRIZA a contesté cette décision et a demandé un vote par appel nominal. Une pause d'une demi-heure a été étendu à plus d'une heure et 15 minutes pour permettre aux partis de la coalition du gouvernement de rassembler leurs députés qui étaient absents de la chambre.

Une fois le parlement rempli,  SYRIZA a contesté la procédure suivie par le Président, en lui rappelant que les règles parlementaires permettent une pause de 10 minutes maximum avant un vote par appel nominal. En outre, SYRIZA a souligné que les photographies du vote a montré une nette majorité de ceux en faveur de l'inconstitutionnalité, et a refusé de participer à l'appel indiquant que le vote avait déjà eu lieu, appelant cette  procédure un coup d'Etat.

Après des querelles juridiques et beaucoup de désaccords, SYRIZA a quitté le parlement et un vote par appel nominal a eu lieu :  147 députés ont considéré la procédure constitutionnelle et 47 inconstitutionnelle. Quelques minutes après le vote par appel nominal, il a été annoncé que la Cour suprême a jugé «toutes les mesures difficiles» de la politique d'austérité inconstitutionnelles. Même si cela n'a pas empêché le débat parlementaire de se poursuivre, il est susceptible de constituer une base de recours juridiques au mémorandum à l'avenir.

La manifestation du 7 novembre

Une grande manifestation s'est déroulée devant le parlement alors que les discussions se poursuivaient dans le parlemnt. Des dizaines de milliers de manifestants étaient rassemblés sur la place Syntagma et dans les rues et avenues avoisinantes, tandis que d'autres manifestations ont eu lieu dans d'autres villes du pays. Le groupe parlementaire SYRIZA a quitté le parlement et a déployé une grande banderole disant "vous détruisez le pays, partez maintenant", avant de rejoindre la manifestation. Les manifestants sont resté aussi longtemps qu'ils le pouvaient sur la place, sous une pluie torrentielle, avant le début des affrontements, des manifestants jetant des cocktails Molotov et des fusées éclairantes sur la police et la police répondant par l'usage intensif de  gaz lacrymogènes. Les canons à eau ont été utilisés pour la première fois pour disperser les manifestants. Le centre d'Athènes s'était vidé des manifestants en milieu de soirée, 103 manifestants ont été arrêtés, 5 détenus et 2 ont dû être transférés à l'hôpital.

Le vote du Mémorandum 3

Le cirque des travaux parlementaires a repris pendant la soirée où le ministre des Finances Stournaras a mis en lumière une note manuscrite modifiant les termes du plan d'austérité affectant les salaires et le statut du personnel du parlement. Les employés du parlement ont immédiatement décidé de faire grève, ce qui signifie que la session devait se poursuivre sans eux. Là encore, tous les partis de l'opposition ont contesté la légalité de la procédure, mais en vain. Le vote par appel nominal sur le mémorandum a finalement eu lieu aux alentours de minuit. Le résultat : 153 OUI, 128 NON et 18 'PRESENTS'.

6 députés du PASOK et un député de la Nouvelle Démocratie qui ont voté contre la ligne de leurs partis respectifs ont été immédiatement radiés de leurs partie. Il est également intéressant de noter que deux députés ont voté contre la ligne de leur parti Gauche Démocratique.

Le gouvernement de coalition, qui avait commencé avec une majorité de 179 députés après les élections, n'a pu rassembler une mince majorité de 153 voix pour le 3ème mémorandum.

La nouvelle composition du parlement

Jeudi 08 Novembre,  une nouvelle défection était à noter du côté du PASOK, celle du député Mimis Androulakis, qui a annoncé qu'il devenait indépendant. Cela laisse la composition du parlement comme suit: 126 députés pour la Nouvelle Démocratie, 71 pour SYRIZA, 26 pour le PASOK, 20 pour les Grecs Indépendants, 18 pour l'Aube Dorée, 16 pour la Gauche Démocratique, 12 pour le KKE et 11 sans étiquette. Le leader de la Gauche Démocratiques, Fotis Kouvelis, a demandé la démission de deux députés de son parti qui ont voté contre la ligne du parti, ce qu'ils ont refusé.

L'érosion rapide de la majorité gouvernementale a conduit à plus de spéculation en ce qui concerne la possibilité d'un remaniement du gouvernement et même à une perspective d'un effondrement dans les prochains mois.

Les premiers effets du Mémorandum 3 et la poursuite des grèves

L'encre était à peine sèche sur le 3ème mémorandum que 75 employés de la municipalité d'Athènes non diplômés de l'enseignement supérieur ont été informés qu'ils étaient licenciés.

Il a également été rapporté qu'un homme de 60 ans s'est suicidé quand il a découvert que sa pension d'invalidité serait suspendue.

Les actions de grève et de protestation se sont poursuivies avec le syndicat de la Public Power Corporation  qui a occupé les bureaux principaux pour protester contre les hausses prévues du coût de l'électricité. Le métro d'Athènes et les taxis n'ont pas fonctionné par pour le 3ème jour consécutif et les syndicats de journalistes ont annoncé des arrêts de travail sur les questions relatives au changement de leur caisse de sécurité sociale et des conventions collectives ainsi que des cas de censure.

Policiers infiltrés parmi les manifestants : la controverse entre Syriza et le ministre de l'Ordre Public Nikos Dendias

La controverse entre SYRIZA et ministre de l'Ordre public, Nikos Dendias a atteint un nouveau niveau cette semaine après que les députés du  SYRIZA sont descendus dans les rues d'Athènes le mardi matin pour enquêter sur des policiers en civil se faisant passer pour des manifestants. Le site affilié SYRIZA left.gr  a publié un rapport, ainsi que des photos et des vidéos qui montrent que des policiers en civil se font passer pour ces manifestants qui sont souvent responsables d'un grand nombre de détentions préventives avant les manifestations.

En outre, certains des policiers en civil étaient équipés de capuches, ce qui signifie qu'ils peuvent être des agents provocateurs. Nikos Dendias dans un communiqué de presse a décrit les pratiques SYRIZA comme illégal et fasciste, concluant que «le rouleau descente antidémocratique SYRIZA continue".

Il convient toutefois de noter que, par sa déclaration, le ministre reconnaît implicitement la présence de policiers en civil dans les manifestations. Le bureau de presse SYRIZA a répondu que le ministre de l'Ordre public se préoccupe davantage de diffamer le SYRIZA que de garantir le droit du public de participer en toute sécurité à des manifestations.

Le parquet d'Athènes a ordonné jeudi une enquête contre le site left.gr pour examiner si la publication des photos de policiers en civil viole les lois sur la protection des données personnelles. C'est le même procureur qui a demandé l'arrestation de l'administrateur web de la page Facebook satirique Geon Pastitsios et du journaliste  Kostas Vaxevanis.

Un sondage qui en dit long

La publication du sondage politique jeudi soir a clairement montré la déception des citoyens envers les dirigeants politiques du pays et  le fonctionnement des institutions démocratiques.

Seulement 11% des personnes sondées ont indiqué qu'ils étaient satisfaits de la façon dont les institutions démocratiques fonctionnent en Grèce tandis que 81% ont indiqué qu'ils n'étaient pas satisfaits et 8% qu'ils croyaient que la démocratie était déjà abolie. Le sondage a en outre souligné la déception avec les partis politiques même si le fait que 26% des personnes sondées ont répondu spontanément que les partis politiques et les politiciens sont le principal problème du pays.

Mémorandum signé mais un plan de sauvetage pas encore assuré

L'élément principal du vendredi 09 Novembre a été le débat quant à savoir si la Grèce recevrait la tranche de 31?5 milliards d'euro du plan de sauvetage  en temps voulu. Le gouvernement a répété que le 3ème mémorandum devrait être voté avant le 07 Novembre et le budget 2013 le 11 Novembre pour que les ministres des Finances de la zone euro puissent prendre la décision de libérer la tranche lors de la réunion du le lundi 12 Novembre, en faisant ncore valoir que les caisses de l'Etat seraient vides avant le 16 Novembre.

Le vendredi Cependant les Grecs ont été soumis à une série de déclarations et de contre-déclarations des responsables grecs et européens concernant la tranche d'aide, avec des rumeurs sur le fait que cette tranche pourrait ne pas être versée avant des semaines, voire plusieurs mois. Les décaissement de la tranche d'aide n'est toujours pas connue.

Retour sur l'enquête de Walid, l’égyptien torturé par son patron

L'enquête sur le cas du travailleur migrant égyptien qui avait été kidnappé et torturé par son employeur a continué tout au long de la semaine, avec  la libération du tortionnaire sous des conditions restrictives le jeudi. La victime a témoigné à la cour du Pirée le lundi, tandis que les migrants égyptiens et d'autres ont manifesté devant l'ambassade d'Egypte le vendredi.

Il est apparu que la victime de l'enlèvement et de la torture n'avait pas été arrêté que pour son manque de papiers de séjour légal en Grèce, mais s'est également vu refuser l'accès à une grande partie des soins indispensables et pourraient être menacés d'expulsion. Cela est toutefois devenu une pratique courante par la police grecque, tel que cela a été rapporté par les groupes des droits de l'homme, d'arrêter et de déporter les victimes de violences racistes pour cause d'absence de  titre de séjour.

L'actualité à venir:

Dimanche 11 novembre :  vote du budget 2013 et manifestation à 17h à Athènes, Thessalonique et Heraklion
Mercredi  14 novembre : grèce paneuropéenne contre l'austérité
Samedi 17 Novembre : anniversaire du début de la révolte des étudiants contre la junte

Texte (anglais): @IrateGreek

Traduction et titrage : @Okeanews


L'émission de RadioBubbleInternational (par @IrateGreek) de la semaine en audio (langue anglaise) :

Rbnews international 20121110 by Irategreek on Mixcloud