5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Grèce : le coup d'Etat parlementaire dont personne ne parle

10 novembre 2012

Politique Grèce parlement

624 mots   361       Comments

Mercredi avait lieu le vote du nouveau paquet de mesures d'austérité. Les médias ont beaucoup parlé de 'mesures votées de justesse', 'dans un climat difficile', avec des 'manifestations émaillées de violences'.

Parlement grec en 2009 (source WikiPédia)

Parlement grec en 2009 (source WikiPédia)

Pour ceux qui suivent vraiment l'actualité grecque heure par heure, la journée fut un peu ... différente (tout est encore là). Mercredi, au parlement, chacun aurait pu assister a ce qu'on peut appeler un coup d'Etat parlementaire. Rembobinons les évènements et tentons de bien cerner le problème.

En début de journée, les députés du Syriza et  des Gres Indépendants proposent une motion contre le nouveau texte du mémorandum. Syriza et les Grecs Indépendants avaient une objection sur la compatibilité du projet avec la Constitution. Selon les rapporteurs des deux partis, les paragraphes concernant les coupes des salaires et des pensions étaient anticonstitutionnels, ainsi que la procédure d'urgence par laquelle le projet a été déposé au Parlement, puisque celle ci ne laisse que 10 heures de discussions, alors que plusieurs membres du Parlement n'avaient reçu le texte que le matin même.

Il faut noter que le parlement était à moitié vide à cet instant précis.

Le Président du Parlement, M. Evangelos Meimarakis, a demandé aux députés présents à ce moment là de se lever pour indiquer s'ils étaient d'accord avec l'objection. Selon son jugement, ceux qui se sont levés étaient moins nombreux et  il a donc rejeté l'objection. Les députés de Syriza et des Grecs Indépendants ont fortement insisté disant que l'objection avait été approuvée et ils ont demandé un vote nominatif, ce qui a été accepté par le Président.

Accepté, mais pas de vote nominatif immédiat puisque le président du parlement a arrêté la procédure pour 30 minutes, "en accord avec le règlement", comme il l'a mentionné. Sauf que le règlement du parlement ne permet -normalement-  que 10 minutes d'interruption.

Au moins 1h15  plus tard, la session a recommencé avec le vote nominatif en point principal. Le parlement à moitié vide s'était entre temps rempli des députés de la majorité. La pause a donc sans doute permis au parlement de rassembler le maximum de force en présence pour pouvoir voter contre la requête de l'opposition.

Le vote nominatif a évidemment confirmé que le  mémorandum était jugé compatible avec la Constitution, avec 170 voix pour et 47 contre. Les députés de Syriza avaient décidé de  quitter le parlement avant le vote. Sans aucun doute pour avoir un éventuel recours par la suite.

Il est à noter que la Cour Suprême a jugé les coupes sur les salaires des juges comme contraires à la constitution, les salaire des juges étant indexés sur ceux des députés qui eux, n'ont pas bougé. Une autre cour s'est également prononcée contre les coupes additionnelles sur les pensions.

En bref, tout va bien, la Grèce sous troïka continue de piétiner sa constitution et personne ne semble réagir.


En conclusion, petit fait divers d'hier lors des discussions sur le budget 2013. Kyriakos Mitsotakis, député de la Nouvelle Démocratie, frère de Dora Bakoyannis et fils de l'ancien premier ministre Konstantinos Mitsotakis (lui même fils et petit fils de parlementaires, oui on finit par s'y perdre un peu), était présent au parlement et semblait fortement concerné par les discussions puisqu'il a tweeté ceci :

 

Il faudrait dire aux hommes et femmes politiques grecs que twitter ne dit pas toujours quand il envoit des tweet quand on joue à des jeux depuis son smartphone.

Désespérant.