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Grèce : fascisme et stupidité sur une chaîne de TV

25 octobre 2012

Polémique Aube Dorée Fascisme Grèce Skai

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Ces dernières 24h ont montré ce qui se fait de pire à la télévision grecque. Deux évènements ont eut lieu coup sur coup sur la chaîne de télévision  Skaï, une des chaînes les plus regardées en Grèce : le patron du parti néonazi qui renverse les rôles et prend le contrôle de l'émission face à un journaliste débordé et une "blague" de très mauvais goût ce matin qui remet en scène l'agression dont L. Kanelli a été victime en direct à la télévision en juin dernier.

Hier d'abord, N. Michaloliakos, le leader du parti néonazi de l'Aube Dorée était invité sur Skaï pour une émission d'une heure environ (sans compter les pauses publicitaires), en deuxième partie de soirée. D'après KTG, ce moment n'a jamais été vu depuis les 20 dernières années et l'arrivée des chaînes privées en Grèce.

Le journaliste face au leader du parti néonazi

Le journaliste face au leader du parti néonazi

Les rôles se sont inversés dès le début de l'émission, alors que le journaliste tentait de poser des questions sur l'approche du parti de l'aube dorée concernant le nazisme, Hitler etc. Le leader de l'aube dorée a renvoyé le jeune journaliste dans ses cordes en posant des questions troublantes sur les journalistes de haut vol et le patron de la chaîne. Le journaliste s'est ensuite reposé sur son oreillette qui lui diffusait les réponses que le directeur de l'émission soufflait avec un retard de plusieurs minutes.

Michaloliakos à également rappelé au journaliste qu'il avait été entendu de ne pas diffuser de vidéos concernant le parti. Chose étrange puisque la diffusion de ces vidéos pourrait aider dans la compréhension des faits qui montrent bien l'idéologie et les actions violentes du "parti".

Sur twitter, les commentaires ont -bien entendus- été nombreux :

"Vous ne pouvez pas défendre les intérêts de Skaï quand d'autres défendent le fascisme"

"Avec des entretiens de ce type, les journalistes vont faire arriver l'Aube Dore en 2ème position"

"Cette interview devrait être montrée dans les écoles de journalisme comme l'exemple à ne pas suivre"

"J'espère que beaucoup dorment déjà, car cela se passe sur Skaï et ce n'est pas une blague"

"Les bons journalistes sont sans emploi de nos jours".

"#FasciSkai"

On peut déjà se poser la question du choix du journaliste. Pourquoi Skaï laisse un jeune journaliste (de mode) en entretien avec un néonazi réputé pour son agressivité (au moins verbale) ? Pourquoi ne pas avoir proposé un ténor de la chaîne ? Le journaliste ayant demandé au leader de l'aube dorée, en fin d'entretien, quelque chose du style "Les questions vous allaient", on pourrait presque en arriver à se poser des questions...

Ce matin, c'est encore sur Skaï que le scandale est arrivé. Cette fois, l'invité était L. Kanelli, du KKE, qui, rappelez-vous, avait été frappée par E. Kasidiaris, le néonazi de l'aube dorée (encore...) toujours en liberté, en direct à la TV entre les deux élections au mois de juin.

Pendant la coupure pub, L. Kanelli quitte le plateau et au moment d'ouvrir la porte pour sortir, elle se retrouve nez à nez avec deux gants de boxes. Le clown de service qui est sensé faire une blague est habillé d'un drapeau grec.  Un cameraman film la "farce" qui est sensée représenter le "moment comique de la victime de l'aube dorée".

Le clown était supposé remettre en scène l'évènement qui a fait le tour des télévisions dans le monde entier. Sauf que L. Kanelli, en état de choc, a refusé de revenir sur le plateau, ce qui a rallongé la coupure pub (12 minutes). Le présentateur de l'émission, après la coupure, a présenté ses excuses.

De retour sur le plateau, L. Kanelli est tombée en larmes et a condamné tout acte de violence, même prenant la forme d'une farce. Le présentateur a crut bon de rajouter :

-"Regardez le d'une manière différente : ils sont des hommes, chérie".

La stupidité ne semble parfois pas avoir de limite : un soir, une chaîne propose un entretien qui laisse le champ libre au leader d'un parti néonazi (de manière volontaire ou non), et le lendemain matin, la même chaîne fait une "blague" sur un acte de violence d'un néonazi qui n'a toujours pas été condamné, en utilisant la même victime, qui, de toute évidence, n'est pas encore remise du choc subi en direct il y a quelques mois.

A l'heure où, en Grèce, en un an, on observe une hausse spectaculaire des agressions xénophobes et aucune arrestation, certaines chaînes de télévision semblent poursuivre la course à l’Audimat sans trop se préoccuper des dérives éventuelles que cette course pourrait provoquer. Sans aller jusqu'à dire que la chaîne fait le jeu du groupuscule néonazi, on peut quand même se poser certaines questions.

Et ensuite, d'aucun s'étonnera que l'Aube Dorée montera encore dans les prochains sondages ?


Concernant l'Aube Dorée, la lecture de cet article d'Amélie Poinssot pour Mediapart est indispensable (accès payant) : Grèce: pourquoi les néonazis ont pu progresser