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Le "coup d'Etat qui n'a pas eu lieu" en novembre 2011 : la nouvelle arnaque de 'To Vima'

1 octobre 2012

Billet d'Humeur Polémique Enfumage Grèce

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Depuis plus de 2 ans que la troïka s'est invitée dans les débats politiques en Grèce, il n'y a pas une semaine de calme dans les médias grecs. La thérapie de choc tourne à plein régime. La dernière en date ? To Vima, encore, revient sur le "coup d'Etat qui n'a pas eu lieu en novembre 2011". Retour sur une arnaque.

En novembre 2011, en pleine tempête suite à l'annonce de référendum par Georges Papandréou, des rumeurs d'un coup d'Etat évité s'invitent dans les débats. La cause ? Le limogeage de tous l'Etat Major des armées du pays. A l'époque pourtant, le débat tourne court puisque le remplacement semblait être prévu de longue date.

Le 1er novembre 2011, le  ministre de la Défense Panos Beglitis du gouvernement Papandreou remplace Ioannis Yangos (état-major général), Fragkoulis Fragkos (forces terrestres), Vasilis Klokoza (Air Force) et Dimitris Eleysiniotis (Marine) et les envoie en retraite anticipée. 

Hier, dimanche 30 septembre 2012, To Vima titre dans sa Une "Le coup d'Etat qui n'est pas arrivé". La photo de la Une :

La "Une" de To Vima

Le coup d'Etat qui n'a pas eu lieu: Le mystère de la retraite anticipée des généraux il y a un an. Les contacts entre les officiers de l'armée et des politiciens. Le rôle des forces terrestres de  Frangoulis Frangos. Ce que l'Intelligence Service service grec a dit à M. Papandréou et l'exercice militaire à Kilkis.

Plusieurs pages sont consacrées à une analyse des faits dans le quotidien grec. Et l'analyse de To Vima vaut son pesant de cacahuètes.

Selon To Vima, la décision de changer le commandement militaire des forces armées grecques a été décidé par les dirigeants politiques en raison des craintes d'un coup d'Etat. Une mention spéciale est attribuée à l'ancien chef des forces terrestres et ex ministre de la défense Frangoulis Frangos.

Quelques faits principaux selon To Vima (la liste complète chez KTG) :

  • Les relations entre le ministre de la défense Beglitis et Frangos étaient tendus. Beglitis était sceptique sur Frangos et le considérait comme particulièrement actif, alors qu'il concentrait de plus en plus de pouvoir entre ses mains. Il avait des contacts avec les organisations religieuses.
  • Frangos n'aurait pas informé Beglitis au sujet de l'exercice militaire à Kilkis, où les soldats ont été formés pour lutter contre les manifestants.
  • Les hommes politiques hués lors de la fête nationale du 28 Octobre 2011 serait une mise en scène de l'extrême droite, des officiers de l'armée à la retraite et des membres fondamentalistes religieux.

Les deux  premiers point concernent le limogeage des chefs des armées, dont Frangoulis Frangos. Etrange d'utiliser cet argument puisque Frangos a servi de ministre de la défense dans le gouvernement intérimaire entre les deux élections (période 17 mai-16 Juin 2012), tandis que Eleysiniotis (Marine) est vice-ministre de la Défense dans le gouvernement Samaras, approuvé par le PASOK.

L'info sent déjà le souffre.

Mais la plus belle concerne bien sûr cette information concernant la fête nationale du 28 octobre 2011. Cette fête est "le jour du non" en Grèce : le jour ou la Grèce a dit "NON" à Mussolini. Selon To vima, l'accueil réservé aux hommes politiques lors de la fête nationale aurait été orchestré par "l'extrême droite, des officiers de l'armée à la retraite et des membres fondamentalistes religieux".

Clap clap. Merci à To Vima de ré-écrire l'histoire.

Le 28 octobre 2011, c'est TOUTE la Grèce qui a dit "Non" au "OUI" du gouvernement pour de nouvelles mesures d'austérité. Dans toutes les villes, villages et îles, la population s'est retournée contre ses hommes politiques pour exprimer sa colère. Et OkeaNews avait d'ailleurs écrit un papier le jour même.

Nous sommes aujourd'hui le 1er octobre 2012. Le jour du "non" est dans 27 jours. L'article de To Vima veut-il stigmatiser la majorité de grecs qui était sorti dans la rue pour dire NON l'année dernière ? Peu de chance que la population se laisse berner. D'autant que le souvenir de la fête nationale -sans la nation- du 25 mars dernier reste dans les mémoires.

Ce n'est pas la première fois -euphémisme- que des légendes apparaissent dans les gros titres grecs. Ce n'est sans aucun doute pas la dernière. Cette nouvelle arnaque montre encore une fois que le journalisme en Grèce a ses limites dans certains quotidiens.

La question est de savoir si toutes ces annonces ne seraient pas un manière de détourner l'attention de la population. Certains pensent que le scandale des 10 milliards d'euro d'argent public détourné et la liste des 36 politiciens grecs suspectés d'enrichissement illégal ne seraient qu'un écran de fumée, une manière de dire : "Regardez notre lutte contre la corruption" (et oubliez ce qui vous attend - l'austérité encore et encore).

A suivre....