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Laurie Penny : ce n’est pas de la rhétorique d'établir un parallèle avec le nazisme

21 septembre 2012

Les indispensables Société Aube Dorée Fascisme Grèce nazisme

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Des vrais fascistes en vrais t-shirts noirs brandissent des swastikas et assassinent des minorités ethniques à Athènes

Cet article est une traduction en français de solidarity-greece d'un article paru au journal britannique "The Independent" le 20 août dernier. Le texte original en anglais est disponible ici et une traduction en NL ici.

« Après les immigrés, vous êtes les prochains ». C'est le slogan écrit sur des tracts apparus fin août dans le quartier gay d'Athènes. Pendant que la violence contre les immigrés monte en Grèce, les supporteurs du parti de l’extrême droite « Aube Dorée » ont commencé à lancé des attaques haineuses contre les homosexuels et les handicapés. Ces fascistes marchent en t-shirts noirs à Athènes, en terrorisant les  minorités ethniques et sexuelles, en brandissant des insignes qui ressemblant à des swastikas, et en déclarant leur mépris à l’égard des procédures politiques. Et pourtant, en Europe, ils sont toujours traités comme un simple symptôme de la crise économique grecque.

Auparavant, les voyous de l’extrême droite ne sortaient que la nuit pour attaquer les immigrés. Maintenant, ils font ça à la lumière du jour, sans avoir peur des conséquences, puisqu'il n'y en a pratiquement pas. Pendant ces dernières semaines, le nombre et la gravité des attaques ont augmenté –le 12 août, un Iraquien de 19 ans a été poignardé à mort par un groupe de motards, à quelques quartiers du Parlement grec - et si les immigrés portent plainte devant la police, ils risquent de se faire arrêter.

Non seulement les crimes contre les immigrés en Grèce ne sont pas considérés prioritaires, mais surtout, une grande partie des supporteurs de l’Aube Dorée sont des policiers. Les sondages faits à la sortie des urnes en mai 2012 ont montré que dans certains quartiers urbains, presque 50% de la police grecque a voté pour ce groupe raciste, qui a obtenu 7% des voix aux élections de juin.

Les agressions au couteau, les tabassages et les attaques en moto font tellement partie de la routine quotidienne, que dans plusieurs quartiers de la capitale grecque les immigrés ont peur de sortir tout seul. Etant donné que la Grèce abrite une grande population d'immigrés -80% des réfugiés vers l’UE arrivent par les ports grecs-, les familles arrivées dans le pays en quête de sécurité ont maintenant peur pour leurs enfants. Un rapport récent de Human Rights Watch, « Hate on the Streets », a montré que les autorités nationales –ainsi que l’UE  et la communauté internationale en général- ont pratiquement fermé les yeux devant la violence xénophobe en Grèce.

Fermer les yeux, c'est déjà assez mal. Mais en plus, le ministre de l ’ordre public, Nikos Dendias, s’est maintenant engagé à réprimer plus sévèrement l’immigration, qu’il a décrit comme « une invasion » et « une bombe dans le fondement de la société ». Egalement très révélateur, il a décrit la présence des étrangers en Grèce comme une menace plus importante que la crise économique – un message qu’il aurait surement gravé sur les murs d’Athènes, s’il avait pu.

Attiser le racisme est devenu une stratégie pour détourner l’attention d’une nation déçue du gouvernement et de la crise de la dette publique. Comme plusieurs gouvernements du centre-droite, la coalition de la Nouvelle Démocratie imite le langage de la droite extrême, en cédant au lieu d'apaiser la xénophobie publique. Avec le soutien de Dendias, la police rassemble les immigrés, en arrêtant et déportant des milliers lors d'opérations policières à Athènes et dans d'autres villes à proximité, dans le cadre d’un projet, ironiquement appelé « Xenios Zeus », le Dieu Grec de l’hospitalité.

La montée de la popularité et de la confiance de l’Aube Dorée n'est pas venue de nulle part. Le parti a été actif pendant des décennies, mais il y a quatre ans, avant la première vague de mesures d'austérité en Grèce, il n’était pas pris au sérieux. Cet été, entrés dans le Parlement, les membres de l’Aube Dorée montent des super-marchés « exclusifs pour les Grecs » et distribuent des paquets de nourriture aux chômeurs à Syntagma - mais seulement aux « vrais Grecs ».

La gauche n’a pas besoin de démontrer la corrélation historique entre l’austérité économique imposée et la montée du fascisme : l’Aube Dorée rend ce lien explicite, en le célébrant. Mais juste vouloir capitaliser sur la colère publique, ne rendra jamais, dans aucune nation, la voix du peuple à des voyous racistes .

Comme avec beaucoup de groupes fascistes, l’Aube Dorée prétend représenter la classe ouvrière marginalisée. Comme les groupes d’extrême droite en Europe –dont la English Defence League et le British Freedom Party britanniques-, l’Aube Dorée se présente comme l’ennemi d’un système démocratique en faillite, en exploitant la colère populaire pour ses propres intentions contre la mauvaise gestion faite par l’économie néolibérale.

Pourtant, malgré qu’elle prétende se poser contre l’austérité, elle n’aucun projet économique : ses tactiques sont purement violentes, racistes au point de vomir, et sèment la discorde . Et les gouvernements de la Grèce et de l'Europe ont l’air de tolérer ceci, comme s’il était le coût social d’un consensus d’austérité en cours.

L’UE a été établie à la suite de la IIe Guerre Mondiale, afin d’assurer l’unité socio-économique dans un continent déchiré par le fascisme. Dans la Grèce d’aujourd’hui, l’Aube Dorée est traitée comme un parti politique sérieux, malgré le fait que ses membres nient le processus démocratique et malgré leur tendance à agresser leurs rivaux politiques dans les studios de télé.

Des années après la montée du parti Nazi au pouvoir en Allemagne en 1933, après que le Reichstag ait brûlé et que la violence antisémite soit devenue la politique officielle de l'Etat, les gouvernements européens ont continué de se soucier plus de la perspective d'une Allemagne socialiste que d'une Allemagne fasciste. Presque jusqu’à la IIe Guerre Mondiale, la plupart des dirigeants politiques du monde considéraient plus important que l’Allemagne paie ses dettes. Établir des parallèles historiques avec le nazisme est une technique rhétorique usée, que les commentateurs de gauche et de droite ont dévalorisé, en lançant la comparaison dans des discussions sur l'étiquetage des aliments et le contrôle hyper-enthousiaste de la circulation. Mais, dans ce cas, ce n’est pas de la simple rhétorique.

De vrais fascistes en vrais  t-shirts noirs marchent actuellement à Athènes, des swastikas et torches en flammes à la main, en mutilant et tuant des minorités ethniques, et les gouvernements étrangers apparaissent effroyablement détendus à cet égard, pourvu que les Grecs continuent à payer leurs dettes à l’élite européenne.

Quand les leçons de l’histoire sont enseignées machinalement, c’est facile de les rater au moment où elles sont le plus nécessaires. Cette fois-ci, l’Europe doit se rappeler que le prix de favoriser le fascisme est de loin plus cruel et plus grand, que toute dette nationale.

Traduction : Initiative de solidarité avec la Grèce qui résiste