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L'OkeaNews nouveau est arrivé ! (et petite rencontre crétoise)

24 août 2012

Alternatives Billet d'Humeur Grèce OkeaNews

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Fin des vacances en Crète. Courtes. Relaxantes. L'occasion de prendre du recul sur l'actualité. De revenir avec plus de forces.

Ce séjour en Crète m'a permis de constater que le tourisme de masse fonctionne encore assez bien. Au moins dans cette partie de la Grèce et dans d'autres îles très prisées comme Santorini. Un tourisme qui fait vivre encore pas mal de monde. Mais qui enrichit surtout les grands propriétaires des hôtels qui pourrissent une côte pourtant unique. Bref. J'ai donc passé 2 semaines à tenter d'éviter ce tourisme là pour trouver des petits coins perdus, des petits restos typiques, des plages vides. Pas simple, surtout sur la côte nord de l'île.

Et je suis tombé sur Kyriako.

Magie du hasard ou signe du destin, Kyriako est l'ami français d'un de mes amis grec. Et Kyriako a grandi en France, dans ce patelin de 40 habitants d'où je suis originaire. Il aura fallut attendre pas mal d'années pour que l'on se rencontre. En Grèce ! Il faut dire, ce baroudeur n'a pas attendu sa crise de la trentaine pour décider de vivre une vie différente. A 16 ans, il sort du système et part s'installer en Crète. Il travaillera dans les champs. Il est curieux. Il veut apprendre. Et le village qu'il a choisit le choisira aussi et l'acceptera comme l'un des siens.

L'Inde, l’Amérique du sud et les Etats-Unis : Kyriako a beaucoup voyagé, fait beaucoup de rencontres. Toujours curieux d'apprendre et de s'intégrer dans une nouvelle communauté. Mais c'est la Grèce et son petit village crétois qui sont restés dans son coeur durant ses années de baroud. "Une manière de vivre unique, un accueil unique, un sentiment de liberté unique et une gentilesse que l'on ne trouve nulle part ailleurs".  Il y revient donc il y a quelques années et s'installe à Xania (La Canée). De retour dans son petit village pour annoncer qu'il est revenu en Crète, ses amis lui imposent d'habiter dans le village et lui prêtent une petite maison : "Kyriako, si tu viens t'installer en Crète, tu dois vivre avec nous!". Ses amis sont sa deuxième famille. Une famille qui accueille et accepte l'autre. Un village / une famille grecque. La Grèce quoi.

La vue de chez Kyriako

Kyriako. C'est le nom que son village lui a donné. Pour lui, la crise n'a pas vraiment changé sa vie. Certes, il est payé beaucoup moins désormais mais il n'a jamais été de ceux qui ont beaucoup de besoins. A bientôt 60 ans, cela fait longtemps qu'il ne regarde plus la télévision. Cela fait longtemps qu'il vit le jour présent.  Il se lève avec le soleil, se couche avec les fêtes des villages l'été et avec sa montagne enneigée l'hiver. Son coin de paradis lui suffit, bien qu'il s'autorise des retours en France et en Inde pour revoir ses autres familles. Il aide dans les champs, dans le village. L'échange et la solidarité sont le fonctionnement de base de cette petite région. De petits boulots en petits services, il a de quoi vivre, avec son jardin bio. D'ailleurs il me dira que la crise a quand même eu un effet positif ici : les agriculteurs n'ont pas eu les moyens d'acheter de pesticides cette année, alors ils cultivent sans et s'échangent des graines anciennes plus résistantes. Comme cette variété de tomates disparue qui revient depuis quelques années : la seule qui permet de conserver des tomates tout l'hiver en arrachant le pied plein de ses fruits et en le mettant tête en bas.

Cette vie de bohème bien loin d'Athènes me rend un peu jaloux. L'effort est certain pour pouvoir survivre. Le rythme est dur. Le travail aussi. Mais c'est le prix de cette liberté : travailler la terre et revenir à l'essentiel : son entourage. Mais quid de la santé ? Pour Kyriako, il n'y a pas vraiment de débat : "Tu sais, il y a une majorité de personnes dans ce monde qui ne savent pas ce qu'est une assurance santé. Quand ils tombent malade, si ils ne peuvent pas se soigner, ils meurent. Cela fait partie de la vie. Tout le problème de nos sociétés modernes, c'est de nous faire peur. La peur de la perte d'un travail. La peur de la maladie. Alors on alimente ce système pour se sentir plus serein. On s'assure. On se sécurise. Mais on ne vit plus."

Ouaip. Tout le problème est bien là. Comment vivre, quelle direction prendre ? Qu'est-ce que la sécurité ? Pourquoi travailler pour l'après si c'est pour oublier de vivre l'instant présent ? Se sécuriser dans l'espoir de vivre vieux vaut-il mieux que mourir plus jeune avec une vie pleine ? Je repense au "Carpe Diem" du "cercle des poètes disparus". Je repense aussi à "Into The Wild"...

Depuis le château de Rethymnon

Mais je dois laisser Kyriako, Rethymnon et la Crète car Athènes m'appelle de nouveau. OkeaNews aussi. Mais l'envie de poser une bâche sur une plage désertée et laisser dériver mes idées est bien présent.

Athènes n'a pas changé. Sauf sa température et cette sensation de vide : les vacances sont encore là, peu de magasins sont ouverts, les rues sont désertées. La canicule est partie pendant mes vacances crétoises et m'a même offert un peu de pluie le jour de mon arrivée. Mais cela fait 2 semaines maintenant, et les 40°c annoncés pour demain se sont déjà fait sentir aujourd'hui .

Les nouvelles, elles, sont toujours les mêmes. Nouveau mordorandum en prévision, nouvelles attaques de l'aube dorée envers les migrants, nouvelles pressions de l'Allemagne sur la Grèce : le rythme de l'information des médias grecs n'a pas changé. Continu, anxiogène, chiffré, listé. La vente de ports et marina semble être devenue une priorité. La troïka ne lâchera rien. Les îles "inhabitées" commencent à être évoquées aussi pour partir à la vente. Et si les nouvelles mesures sont appliquées, le retour de vacances s'annonce dur. L'hiver prochain plus dur encore. Il y a comme un vent de canicule sociale qui souffle encore. Vent de l'espérance ou vent de révolution. Vent  de désespérance ou vent contraire. Vend tes bijoux de familles ou ton âme. Mais le vent parfois, impose des retours de flammes. Parfois violents. Ou un reboot.

Alors pour être prêt pour cette rentrée, je me suis concentré sur le reboot ... du site OkeaNews. Mon cahier de vacances à moi. Beaucoup de travail, dans l'idée de proposer une meilleure lisibilité de l'ensemble du contenu du site. De rendre l'ensemble plus équilibré et aussi proposer un contenu moins éphémère. La base pour la suite est là. Reste à savoir combien de temps je pourrai tenir à ce rythme, moralement et financièrement.

Quelque part en Crète

OkeaNews est prêt. Mes tweets sentent la rentrée. Le mordorandum est loin d'être terminé. Et il ne faut pas se fier à un soleil qui se couche, il finit toujours par se lever le matin suivant.

Okeanos