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"Les chiens ont plus de chance que nous à Patras"

4 juillet 2012

Société Témoignages Enfer Grec Grèce Immigration Patras ProAsyl réfugiés violences

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 Des témoignages, nombreux, montrent à quel point la situation des réfugiés en Grèce est dramatique (le mot est faible).

Ces témoignages sont issus d’une étude complète et alarmante de ProAsyl sur la situation des réfugiés à . Merci à Antoine pour la traduction.

Aujourd’hui 8ème témoignage, de M., du Maroc, dans un entretien réalisé le 3 avril 2012 à .

Et rappelez-vous cet article OkeaNews sur « Patras, les oubliés de l’Europe » ainsi que ce petit documentaire indépendant : « Hellas Hell« .

La lecture du dernier rapport d'Amnesty International et de la conférence de presse du 3 juillet à Athènes éclaire aussi la situation sur les violences policières.


« Je crois que les chiens ont plus de chance que nous ici à Patras. J’ai été tabassé et j’ai vu d’autres personnes être tabassées par la police et les ‘commandos’1. Pouvez-vous me dire pourquoi ils nous traitent comme-ça ? J’ai toujours peur. J’ai peur de me réveiller. J’ai peur d’aller aux poubelles chercher de la nourriture. J’ai peur d’aller en ville. »

Incident n°1 :

« La pire chose qui me soit arrivé, c’était il y a sept mois. Les ‘commandos’ m'ont vu à l'intérieur du nouveau port. Ils m'ont poursuivi et j'ai couru comme si j'étais un chat. Quand ils m'ont attrapé et arrêté, ils m'ont immobilisé et emmené dans un coin où personne ne pouvait nous voir. C’est déjà arrivé à tout le monde ici. Deux 'commandos' ont commencé à me frapper. L'un d'entre eux avait la tête rasée. Ils m'ont frappé sur tout le corps avec des bâtons, même à la tête et au visage. Je suis tombé mais ils ont continué à me tabasser. Ils m'ont cassé des dents. Ça fait plusieurs mois que cela s’est produit, mais j'ai toujours des cicatrices et d'autres blessures. »

Il nous montre des marques de coups sur son œil gauche et la joue gauche, sur la tête et sur son pied droit. Son coude semble luxé, comme s'il avait été cassé et s’était ressoudé de lui-même.

« J'avais très peur, j'ai cru qu'ils allaient me tuer. Je me sentais impuissant. Je ne pouvais rien faire et je n'avais personne à qui appeler à l’aide. Je crois qu'ils nous tabassent parce qu'ils veulent nous terrifier au point de nous dissuader de remettre les pieds dans le port. Quand ils ont arrêté de me frapper, ils m'ont laissé par terre, en sang. J'avais tellement mal que je ne pouvais même pas me mettre debout. Quand j'y suis finalement arrivé, un touriste m'a vu dans cet état et m'a donné un peu d'argent. Je suis allé à l'hôpital. Au début ils ne voulaient pas me soigner. Je suis mis à crier et finalement un docteur est venu m'examiner. Je n'ai jamais pu retourner à l'hôpital. Mon bras était cassé et l’os s'est reformé tout seul, de travers. »

1 - Dans la plupart des cas, les responsables désignés des violences sont les agents de la Force d’intervention spéciale des garde-côtes grecs (KEA). Migrants et réfugiés les désignent par le terme ‘commandos’. Une de leurs tâches est de détecter les migrants « illégaux » qui tentent de quitter la Grèce sans papiers.