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"Il pointait son pistolet sur moi et il l’a chargé"

24 juin 2012

Société Témoignages Enfer Grec Grèce Immigration Patras ProAsyl réfugiés violences

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Des témoignages, nombreux, montrent à quel point la situation des réfugiés en Grèce est dramatique (le mot est faible).

Ces témoignages sont issus d’une étude complète et alarmante de ProAsyl sur la situation des réfugiés à Patras. Merci à Antoine pour la traduction.

Aujourd’hui sixième témoignage, de R., du Maroc, dans un entretien réalisé le 3 avril 2012 à Patras.

Et rappelez-vous cet article OkeaNews sur "Patras, les oubliés de l'Europe" ainsi que ce petit documentaire indépendant : "Hellas Hell".


Incident n°1 :

« C’était il y a une vingtaine de jours, vers 17h environ. J’essayais d’entrer dans le port. Je me cachais derrière un camion. Deux ‘commandos’1 m’ont trouvé. Un des deux a pointé son pistolet sur moi et m’a demandé de sortir et de m’asseoir. J’ai suivi ses ordres. J’étais tout seul. Alors que j’étais assis par terre, il m’a demandé d’enlever mes chaussures et de lui donner mon téléphone portable. J’ai fait tout ce qu’il m’a dit de faire. Puis il a commencé à me frapper alors que j’étais en position assise. Il m’insultait. Il m’a relevé et m’a crié ‘Mesa !’ (dedans !). J’avais peur mais je sentais que je n’avais pas d’autre choix que de sauter à l’eau. Je suis sorti seulement quand on m’a demandé de sortir. Il se tenait à environ trois mètres de moi. Il pointait son pistolet sur moi et il l’a chargé. J’ai entendu le son. J’étais terrifié. J’ai cru qu’il allait me tuer. Puis j’ai compris que je devais partir. J’ai commencé à courir, trempé et pieds nus. »

Incident n°2 :

« Il y a une semaine, les ‘commandos’ m’ont attrapé encore une fois dans le port. Ils m’ont immobilisé avec des menottes et m’ont frappé avec un bâton sur tout le corps. Je ne voulais pas aller à l’hôpital, j’avais peur. »

A ce moment-là, R. nous montre sa main droite où sont encore visibles les traces des menottes. Il n’arrive pas à bouger son autre main, couverte de bandages.

 1 - Dans la plupart des cas, les responsables désignés des violences sont les agents de la Force d’intervention spéciale des garde-côtes grecs (KEA). Migrants et réfugiés les désignent par le terme ‘commandos’. Une de leurs tâches est de détecter les migrants « illégaux » qui tentent de quitter la Grèce sans papiers.


La campagne d'Amnesty International : "When you don't exist" - "Quand vous n'existez pas"