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"Je suis revenu [d'Athènes] à Patras à pied."

23 juin 2012

Société Témoignages Enfer Grec Grèce Immigration Patras ProAsyl réfugiés violences

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Des témoignages, nombreux, montrent à quel point la situation des réfugiés en Grèce est dramatique (le mot est faible).

Ces témoignages sont issus d’une étude complète et alarmante de ProAsyl sur la situation des réfugiés à Patras. Merci à Antoine pour la traduction.

Aujourd’hui cinquième témoignage, de M.M., du Maroc, dans un entretien réalisé le 3 avril 2012 à Patras.

Et rappelez-vous cet article OkeaNews sur « Patras, les oubliés de l’Europe » ainsi que ce petit documentaire indépendant : « Hellas Hell« .


« Ca fait six mois que je suis ici Patras. Où qu’on aille, on risque de se faire attaquer par la police. Ils m’ont tabassé tellement de fois dans les rues. Parfois, les ‘commandos’ couvrent leur visage avec un masque intégral pour qu’on ne puisse pas les reconnaître. Dans le port, ils nous frappent toujours dans un endroit caché, pas devant d’autres personnes (les touristes par exemple). Ils nous donnent des coups de poing, des coups de pied, nous frappent avec des bâtons et même avec des sortes de cannes spéciales, qui ressemblent à des clubs de golf. »

Incident n°1 :

« Ils m’ont demandé d’où j’étais. Je leur ai répondu. Ils m’ont insulté (‘malakas’ etc.) et puis ils m’ont frappé, donné des coups de pied et des coups de bâton pendant près de cinq minutes - sans aucune raison. En général, il n’y a aucun motif raisonnable expliquant les violences à Patras. C’est une tactique de la police. Nous avons tous peur d’être attaqués à tout moment. Ce qui détermine s’ils vont vous frapper, et s’ils vont vous frapper beaucoup ou un peu moins, c’est seulement la chance ou votre niveau de grec. Ils m’ont transféré vers un poste de police d’Athènes et ils m’ont relâché. Je suis revenu à Patras, en faisant tout le chemin [215 km] à pied. »

Incident n°2 :

« C’était il y a deux mois, un dimanche. J’étais allé au nouveau port avec deux amis. On était assis sur des rochers, au bord de la mer. C’était la nuit. On était juste assis là. Quelqu’un a dû nous voir. Deux ‘commandos’1 sont arrivés avec les chiens. Ils nous ont dit ‘Mesa !’ (dedans !). Ils voulaient qu’on saute à l’eau. Il faisait froid. J’ai essayé de le dire en anglais que je ne parlais pas grec et que je ne pouvais pas sauter dans l’eau. Elle était trop froide. Ils ont avancé, menaçant de lâcher les chiens. On a eu peur et on a sauté à l’eau. Elle était gelée. Quand ils nous ont laissé sortir de l’eau, ils nous ont frappés. Je ne sais pas combien de temps on était resté l’eau. J’avais très peur. »

Incident n°3 :

« C’est arrivé il y a un mois. Il pleuvait et il faisait très froid. Il était environ six heures du matin. J’étais caché dans un camion pour essayer de quitter la Grèce. Je suis resté à l’intérieur pendant des heures. Le bateau est arrivé, je pouvais l’entendre. Finalement, les ‘commandos’ nous ont trouvés. On était quatre cachés dans le camion. Ils nous ont forcés à enlever nos chaussures et ils ne nous les ont jamais rendues. Un des ‘commandos’ a montré la mer. Il nous a dit d’y sauter. Je leur ai dit que j’étais malade. Ils m’ont frappé à la poitrine, plusieurs fois. Alors un des ‘commandos’ a commencé à faire des cercles autour de nous avec sa moto en nous forçant vers la sortie du port. On essayait de se protéger des passages de la moto et des coups du ‘commando’. »

Incident n°4 :

« J’ai vu deux fois les agents responsables de la sécurité du bateau utiliser des tasers contre les migrants. C’est une sorte de petite canne noire avec des petits éléments qui envoient de l’électricité. J’ai vu un agent de sécurité sortir un migrant du bateau, lui envoyer une décharge de taser et le laisser allongé par terre. »

1 - Dans la plupart des cas, les responsables désignés des violences sont les agents de la Force d’intervention spéciale des garde-côtes grecs (KEA). Migrants et réfugiés les désignent par le terme ‘commandos’. Une de leurs tâches est de détecter les migrants « illégaux » qui tentent de quitter la Grèce sans papiers.


La campagne d'Amnesty International : "When you don't exist" - "Quand vous n'existez pas"