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"Nous venons d'un pays en guerre, pour trouver la paix, et nous nous retrouvons en pleine violence"

21 juin 2012

Société Témoignages Enfer Grec Grèce Immigration Patras ProAsyl réfugiés

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Des témoignages, nombreux, montrent à quel point la situation des réfugiés en Grèce est dramatique (le mot est faible).

Ces témoignages sont issus d’une étude complète et alarmante de ProAsyl sur la situation des réfugiés à . Merci à Antoine pour la traduction.

Aujourd’hui quatrième témoignage, de A.M., d’Afghanistan, dans un entretien réalisé le 3 avril 2012 à Patras.

Et rappelez-vous cet article OkeaNews sur "Patras, les oubliés de l'Europe" ainsi que ce petit documentaire indépendant : "Hellas Hell".


« Je suis arrivé en Grèce en août 2011 et suis venu à Patras il y a un mois et demi. Je n'ai pas fait de demande d'asile. Patras est un endroit très difficile. Nous trouvons notre nourriture dans les poubelles. Les policiers nous traitent mal, ils sont très violents. Ils ne devraient pas nous frapper, c'est interdit par la loi européenne. Nous venons d'un pays en guerre, pour trouver la paix, et nous nous retrouvons en pleine violence. »

Incident n° 1 :

« C’était il y a une vingtaine de jours, à environ 23 h. Je suis allé au port tout seul. Deux ‘commandos’1 m'ont remarqué. Ils sont venus et m'ont demandé de m'asseoir et de vider mes poches. Ils ont pris mon téléphone portable et ma carte Sim et les ont cassés. Ils m'ont obligé à enlever mes chaussures, et ils les ont jetées dans une poubelle. Les deux ont commencé à me frapper avec leur matraque sur le dos, sur les genoux et les chevilles. Ils me criaient 'malaka !'. C'est la seule chose que j'ai pu comprendre. Il n'y avait personne autour. Ils m'ont amené à côté d'un bâtiment où étaient garées des voitures particulières. Après m'avoir tabassé pendant plus de 20 minutes, ils m'ont dit ‘fyge malaka !' [dégage connard]. Je suis parti pieds nus. Quand je suis sorti du port, des amis à moi sont venus m'aider. Ils m'ont porté sur leur dos et m'ont ramené à l'usine2. Le lendemain, un journaliste m'a amené des médicaments pour la douleur. J'étais nouveau à Patras, je ne savais pas où trouver un médecin. Je n'ai pas pu marcher pendant une semaine. Je ressens encore la douleur. Les commandos ont essayé de me frapper à la tête. J'ai mis les mains sur la tête pour essayer de la protéger. C'est pour ça j'ai été autant blessé aux bras et aux mains. »

Incident n° 2 :

 « C'était en avril, vers les 10h. J'étais dans le port avec trois autres amis. J’étais caché sous un camion et me suis endormi. Les ‘commandos’ sont venus. Mes amis ont réussi à s'enfuir. Quand je me suis réveillé, il était déjà trop tard. Deux ‘commandos’ sont venus avec un chien. Je me suis réveillé quand le chien m'a mordu l’épaule. Ses dents ont traversé le vêtement et m'ont légèrement blessé. La morsure était visible car le chien me tenait fort. Ma veste était déchirée. Quand ils ont retiré le chien, ils m'ont sorti de dessous le camion et m'ont menotté fermement les mains à l'avant, avec des menottes en plastique. J’ai encore mal aux poignets. Il y avait aussi quelqu’un d’autre habillé en civil. C’était peut-être un employé de la sécurité ou le chauffeur du camion. Ils m’ont obligé à m’asseoir. Un des ‘commandos’ m’a pris par les vêtements et m’a relevé en criant ‘pano, pano’ (debout, debout !). Il m’a emmené dans un coin retiré, où personne ne pouvait me voir, et il m’a donné de violents coups de pied dans les jambes. Après dix minutes, il m’a violemment frappé au visage et m’a laissé partir."

1 - Dans la plupart des cas, les responsables désignés des violences sont les agents de la Force d’intervention spéciale des garde-côtes grecs (KEA). Migrants et réfugiés les désignent par le terme ‘commandos’. Une de leurs tâches est de détecter les migrants « illégaux » qui tentent de quitter la Grèce sans papiers.

2 - Usine désaffectée Peiraïki Patraki, où se réfugient et vivent les migrants, en attendant d’essayer de traverser.


La campagne d'Amnesty International : "When you don't exist" - "Quand vous n'existez pas"