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"Ils ont lâché les chiens derrière eux", A. du Maroc, témoignage (3) sur l' "Enfer Grec" à Patras

20 juin 2012

Société Témoignages Enfer Grec Grèce Immigration Patras ProAsyl réfugiés

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Des témoignages, nombreux, montrent à quel point la situation des réfugiés en Grèce est dramatique (le mot est faible), notamment à Patras.

OkeaNews a donc décidé de publier un témoignage de réfugiés par jour. Ces témoignages sont issus d'une étude complète et alarmante de ProAsyl sur la situation des réfugiés à Patras. Merci à Antoine pour la traduction.

Troisième témoignage, de A. du Maroc, dans un entretien réalisé le 3 avril 2012 à Patras.


« Ca fait quelques mois maintenant que je suis ici à Patras. Il y a un ordre de déportation contre moi. Nous n’avons pas seulement peur de la police et des commandos, mais aussi des fascistes. Il y a certains groupes de Grecs qui attendent juste qu’un d’entre-nous se retrouve tout seul pour pouvoir l’attaquer.

Incident n°1 :

« En mars 2012, deux ‘commandos’ m’ont arrêté dans le vieux port près des agences de vente de tickets. Il y avait beaucoup de monde autour pendant l’arrestation. Ils m’ont menotté et ont commencé à me donner des coups de pied. Ils m’ont ensuite amené devant un tribunal où ils m’ont accusé de vol. J’ai passé 20 jours dans le ‘container de détention’1, dans le vieux port, et sept jours au poste de police de Lappa. Ils ne m’ont donné ni nourriture ni couverture. J’ai ensuite été transféré au commissariat de police de Pyrgos. On était 20 personnes dans une seule cellule. Nous ne pouvions pas sortir. J’ai fait une grève de la faim pendant trois jours pour demander ma libération. »

 Incident n°2 :

« Aujourd’hui, des policiers et des policiers en civil sont entrés en motos dans la vieille usine où je me réfugie. Ils ont lancé des grenades lacrymogènes dans certaines pièces pour forcer les gens à sortir. Ils nous jetaient des grenades lacrymogènes à travers les trous dans le mur. »

 Incident n°3 :

Un jour, j’ai vu les ‘commandos’2 frapper deux amis à moi à l’intérieur du nouveau port. Au début, les agents les ont forcés à se jeter dans l’eau. Quand ils sont sortis de l’eau, j’ai vu les agents les frapper avec des matraques. Ils les ont aussi aspergés de gaz lacrymogène dans les yeux. Après, ils les ont laissés partir et ils ont lâchés les chiens derrière eux pour qu’ils les mordent. Mes amis ont couru pour se sauver. On pouvait entendre leurs cris alors qu’ils se faisaient tabasser.

Incident n° 4 :

« La pire chose que j’ai vue, c’est ce qui est arrivé à un ami à moi. Ils lui ont tellement frappé sur la jambe qu’il hurlait et demandait un docteur. Ils lui ont cassé la jambe. »

1- Container dont les garde-côtes se servent dans le port emprisonner les migrants. Pratique condamnée après les plaintes d’organisations de défense de droits de l’homme, les témoignages semblent indiquer que ce container est encore utilisé de cette façon.

2 - Dans la plupart des cas, les responsables désignés des violences sont les agents de la Force d’intervention spéciale des garde-côtes grecs (KEA). Migrants et réfugiés les désignent par le terme ‘commandos’. Une de leurs tâches est de détecter les migrants « illégaux » qui tentent de quitter la Grèce sans papiers.


La campagne d'Amnesty International : "When you don't exist" - "Quand vous n'existez pas"