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ET LA GRÈCE RESTA DANS (LA ZONE) EURO [@rrêt sur Images]

18 juin 2012

Invités Arrêt sur Images Grèce

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Nouveau billet d'Anne Sophie Jacques pour @rrêt sur Images concernant la Grèce : la journée d'élections d'hier avec Okeanews ! L'article est disponible par ici (abonnez-vous 🙂 !)


L’orage n’a pas éclaté. Deux heures à peine après la fermeture des bureaux de vote, la victoire de la Nouvelle démocratie était acquise. Le coude à coude avec Syriza s’est distendu. Le tonnerre n’a pas même pas grondé. Reste la perspective de continuer à respirer cet air délétère, dans ce désert d’austérité. Mais pour l’heure, la presse grecque, soulagée, se réjouit.

C’était serré. Nouvelle démocratie, le parti traditionnel de droite emmené par Samaras, et Syriza, le parti de la gauche radicale avec à sa tête Tsipras, se plaçaient, selon les premiers sondages sortis des urnes, entre 25 et 30 %. En Grèce, le but du jeu est d’arriver le premier, pour obtenir d’office 50 sièges de plus à l’Assemblée. On pensait que la nuit serait longue, que chaque bulletin pouvait faire pencher la balance. Même pas. Très vite le résultat est plié : à 21 heures on sait que Nouvelle démocratie a gagné. Olivier continue d’espérer. La moitié des bulletins seulement sont dépouillés. J’en viens à regretter notre cérémonial télévisé où à 20 heures, avec des infographies très chiadées, on sait qui a perdu, qui a gagné. Je jette un œil sur les résultats en France. Vague rose. Je revois mon hôtel vide de Filiatra, les restaurants désertés, les mines épuisées. Je repense à Yorgos. Il doit se sentir bien seul.

bulletins

Filiatra justement. Nouvelle démocratie remporte plus de 40% des voix. Il n’y a guère qu’à Athènes et en Crète que Syriza arrive en tête. Yorgos a sûrement passé son dimanche devant la télé à égrainer son komboloï, sorte de chapelet antistress que les Grecs affectionnent. Quand on l’a quitté, en milieu d’après-midi, il espérait toujours. A midi il était sur la grande place du village pour convaincre les derniers sceptiques. Devant le repas préparé par Kostas et Eleftheria, il ne disait rien. Il n’a pas réussi à convaincre sa femme d’aller voter. Certes, elle veut le changement mais elle s’est fait la promesse de ne plus jamais voter. Désabusée. Elle n’y croit plus. Y a-t-elle cru un jour ? Longtemps Kalliopi refusait elle aussi de voter. Le vote par défaut, ce n’était pas son genre. Elle voulait voter pour et pas contre un projet. Mais les temps ont changé. Elle sait aujourd'hui la nécessité de reprendre en main le destin politique de son pays.

bureau de vote

Avant de repartir pour Athènes, on suit Kalliopi dans les couloirs de son ancien collège. Sur les tables des écoliers, dix-huit bulletins différents. On s’amuse de voir qu’une équipe de footballeurs a créé son propre parti. Olivier rigole moins: ce sont des voix qui ne servent à rien. Les listes qui n’obtiennent pas 3% des voix ne se seront pas représentées au Parlement. Au total dimanche, 6% des Grecs voteront pour ces micro-partis. Kalliopi demande un justificatif pour son administration : en échange, elle gagne une journée de congé.

athènes autoroute

OUT OF THE BLUE

A une centaine de kilomètres d’Athènes, la route est saturée. Des voitures qui reviennent de la mer ou du bureau de vote ? En découvrant le taux d’abstention lundi (36,53%, encore plus fort qu’aux dernières élections) on aura la réponse. On se fait doubler par une Porsche noire, comme à l’aller. C’est la même, je dis pour rigoler. Il y a qu’une seule Porsche noire en Grèce c’est bien connu. Ma blague tombe à plat. La radio ne nous apprend rien, il est encore trop tôt. Comme Yorgos, nous restons silencieux. On finit par mettre de la musique grecque. Je regarde le ciel par la vitre entrouverte. Je guette toujours l’orage.

A Athènes, les rues sont tranquilles. La majorité des voitures sont jaunes, couleur des taxis. Cinq euros pour rejoindre le centre, au moins c’est bon marché. Sur la place de la bibliothèque, un podium attend Tsipras. Quelques caméras, et la police à chaque coin de rue. Des policiers en bleu, en noir, en blanc, en kaki. On rejoint Bubble radio, un café repaire de gauchistes. Ce soir le patron ne diffuse aucun son, aucun reportage. Ordinateur branchés, ipad, iphone, tous semblent connectés sur twitter. Je ne sens aucun désir d’échange, comme si on s’accrochait au réseau dans l’espoir d’un changement de tendance qu’on sentirait les premiers. Twitter ? Une bouée. J’interroge Olivier : il n’y a donc pas de manifestation, de rassemblement, quelque chose d’humain? A priori non. Les résultats donnés au compte-goutte favorisent la dilution. Même à Syntagma, lieu de rassemblement de la Nouvelle démocratie, la place est presque vide. Devant le stand de Samaras, sur les coups de 22 heures, on comptait une cinquantaine de personnes.

Kalliopi me regarde : "on avait le choix entre le vote de la colère et le vote de la peur. C’est le vote de la peur qui l’a emporté". S’ajoute aux résultats le bon score d’Aube dorée, le parti néonazi, qui engrange 7% des voix, comme le 6 mai, malgré les actes de violence quotidiens. Un blanc-seing pour continuer à taper sur les immigrés. Kalliopi ne veut pas déprimer. Sa belle-sœur, la femme de Kostas, nous a rejoints pour la soirée. Elle attend de mettre au monde son deuxième bébé, la future petite sœur de Yorgos. Les deux femmes parlent enfants, seul sujet réjouissant.

La nuit avance et la victoire de Samaras s’impose. Devant la télé on écoute Tsipras annoncer sa défaite, souriant, en compagnie du premier résistant grec de la guerre de 1939, Manolis Glezos. Le discours du leader est convenu: merci d’avoir voté pour Syriza, la lutte continue. Il peut se satisfaire d’être passé de 4% des voix en 2009 à 27% aujourd’hui sans avoir pour autant à gérer la patate chaude. Samaras, lui, annonce une victoire pour l’Europe toute entière. Et, première dans l’histoire politique de la Grèce, il prononce son discours en grec et en anglais. Histoire sûrement de s’adresser aux partenaires européens et à la presse étrangère, laquelle braquait les yeux sur la Grèce, comme le montrait la revue de presse de Mega Tv dimanche midi :

 

 

 

 

ET LA PRESSE GRECQUE, QUE DIT-ELLE CE LUNDI ?

Les titres sont unanimes : la victoire de Nouvelle démocratie est claire, les Grecs ont voté pour une stabilité de l’euro et la renégociation du mémorandum. Le quotidien (un gros titre grec) parle de respiration. Démocratie fait sa Une avec un OUF et, optimiste, estime que Samaras peut s’appuyer sur le score de Tsipras pour renégocier avec l’Union européenne. La Troïka peut revenir et le gouvernement compter sur des politiciens et des technocrates unis pour un même objectif : sortir la Grèce de la crise. La majorité des titres encouragent à la création d’un gouvernement de coalition, "de salut national". Il ne fait guère de doute que Nouvelle démocratie va inviter le Pasok (12% des voix) et la gauche démocratique (6%) à former une majorité à l’Assemblée.

 


Ta nea (Les Nouvelles) - qui a pompé l’infographie du Monde – précise que, dans la nuit, Merkel a appelé Samaras et Vénizélos (leader du Pasok) afin de les presser à former un gouvernement. Pour La presse libre, le soutien d’Obama est une bonne nouvelle. Le président US a déclaré "vouloir donner aux Grecs la perspective d’un avenir meilleur".

Il n’y a que les journaux communistes pour ne pas suivre cette vague optimiste. Risospastis (le révolutionnaire) est convaincu que ce gouvernement ne sortira pas le pays de la crise et que le pire va arriver très vite. Quant à Avriani(le journal de demain), il fait son titre sur la victoire de Tsipras "qui a amené la gauche au plus près du leadership et ce malgré l’orgie du chantage, le terrorisme et la pression que les faucons de la Troïka ont exercé sur la population et malgré également les vuvuzela de la corruption."

Pas d'orage donc, mais comme un cycle infernal : on prend les mêmes et on recommence. 

Les trois premiers épisodes de l’éconaute en reportage sont à lire ici et  et encore .

Retrouvez les résultats des élections sur le site Okeanews