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TINA : le chantage quotidien pour le "bon" vote

5 juin 2012

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Depuis les résultats des dernières élections en Grèce et l'impossibilité de former un gouvernement, TINA revient en force. TINA : "There Is No Alternative" - "Il n'y a pas d'autre alternative".

"Si les grecs votent mal, ils sortiront de la zone euro, et ...".

Retour sur quelques sorties commentées.

Daniel Cohn Bendit dans Le Monde du 12/05/2012 : 

"C'est idiot de menacer les Grecs. On ne peut pas leur dire qu'il n'y a pas d'alternative s'ils ne votent pas bien. Il faut trouver une porte de sortie avec eux, non pas pour qu'ils quittent l'euro, mais pour qu'ils respectent leurs engagements. Nous devrions engager des discussions avec le Pasok et Nouvelle Démocratie et les deux formations dissidentes de ces partis.

L'histoire a montré (qui en doutait ?) que la discussion entre les partis pro-mordorandum et anti-mordorandum ne pouvait avoir lieu. Le fossé entre les partis historiques PASOK et ND et les autres partis est tellement énorme que je doute que Danny n'en ai pas conscience. Sans parler du fait que ces 2 partis -profondément corrompus- sont les principaux initiateurs d'une politique clientéliste refusée par une majorité de grecs.

Celles-ci ont dénoncé le mémorandum signé avec les bailleurs de fonds. Mais avec ces quatre formations, il doit y avoir un moyen de se mettre d'accord sur un agenda plus social, afin d'accompagner la mise en oeuvre du mémorandum, quitte à l'amender un peu. Il faut le faire avant toute nouvelle élection, car sinon rien ne changera avec le seul recours à la méthode Coué."

L'histoire montre que de nouvelles élections auront bien lieu. Pour le plus grand bien de la démocratie en Grèce. J'entends déjà le catastrophisme de certains si Syriza l'emporte et est en mesure de créer un gouvernement.

"L'espace politique s'est effondré en Grèce. Il s'agit de donner un signal d'espoir. Si on laisse les Grecs se débrouiller seuls, on risque un coup d'Etat militaire. La chute du niveau de vie sera encore plus dramatique. Personne ne sait comment pourra fonctionner ce pays avec de nouvelles drachmes. Par ailleurs, cette hypothèse d'une sortie de la Grèce ne va pas arranger les problèmes de l'Italie ou de l'Espagne. Je ne crois pas qu'une sortie de la Grèce de la zone euro soit possible."

L'espace politique ne s'est pas effondré en Grèce : il se recompose, ce qui est totalement différent. A moins qu'il faille laisser supposer que le PASOK et la ND sont les seules alternatives possibles ? TINA ?

Même réthorique que Pangalos et Venizelos sur ce point, pour résumer : la sortie de la Grèce de la zone euro, c'est des chars dans les rues, une guerre civile, un coup d'Etat militaire, Armageddon et des aliens qui débarquent à l'Acropole. Une sortie de la zone euro ne serait pas simple, mais y rester dans les conditions actuelles n'est qu'un suicide collectif.

Et pour rappel : un coup d"Etat parlementaire a déjà eu lieu avec l'arrivée de L. Papademos au pouvoir fin 2011.

Mais poursuivons.

Laurent Fabius, le 21/05/2012, sur Europe 1

Laurent Fabius, nouveau ministre des Affaires étrangères, a admis lundi sur Europe 1 "une très grande inquiétude sur la situation grecque", alors que le pays s’apprête à voter une deuxième fois en deux mois, et fait face à une poussée des extrêmes. "Nous n’avons pas de leçon à donner, mais la France doit dire les choses à nos amis grecs telles qu’elles se présentent aujourd’hui : s’ils veulent rester dans l’euro, ils ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui de fait les feraient sortir de l’euro", a prévenu Laurent Fabius.

Ouf, seuls 2 partis veulent sortir de l'euro, ca laisse encore de l'espace.

"Il faut respecter le mémorandum (plan de rigueur imposé par l’UE et le FMI, ndlr), mais en même temps donner une perspective de croissance. L’enjeu, c’est que les Grecs restent ou pas dans l’euro", a-t-il rappelé.

Ah. Pardon, j'ai eu un peu trop d'espoir. TINA donc.

Rappelons à M. Fabius que rien n'est prévu pour faire sortir un membre de la zone euro. Par contre, il est tout à fait possible de rester dans la zone et faire défaut. C'est ce qu'avait montré Louka Katseli (ancienne PASOK) en février. Voir ici. Louka Katseli a d'ailleurs annoncé officiellement qu'elle rejoignait les rangs du Syriza pour les prochaines élections. Un signe ?

Poursuivons.

Pierre Moscovici & Olli Rehn, le 4/06/2012 :

La Grèce doit rester dans la zone euro, mais "elle doit faire les choix qui le permettent", a déclaré lundi 4 juin le ministre français des Finances Pierre Moscovici lors d'un point de presse au siège de la Commission européenne à Bruxelles.

TINA.

"Nous n'avons pas de conseils à donner sur le plan électoral, mais dès lors que la Grèce souhaite rester dans la zone euro, il faut que les choix faits le permettent", a-t-il expliqué.

Donc le conseil est déjà donné. Le PASOK et ND seront ravis du soutien. Merci.

TINA ?

"Nous voulons que la Grèce reste dans l'euro", a pour sa part répété le commissaire aux Affaires économiques, le Finlandais Olli Rehn. "La mise en oeuvre des réformes demandées est douloureuse pour les gens", a-t-il reconnu. "Mais le respect des engagements sur des réformes est la meilleure solution", a-t-il conclu.

TINA : "'Ca fait mal, mais c'est pour votre bien"

"Les Européens doivent entendre les difficultés de la Grèce, les comprendre et agir", a abondé Pierre Moscovici.

Mmmmm. Les difficultés de la Grèce sont connues et sont issues des mesures d'austérité.

TINA déguisé ?

"Notre volonté est que la Grèce doit rester dans la zone euro, et nous devons tout faire pour qu'il en aille ainsi", a-t-il insisté. "Mais pour cela, il faut tenir les engagements pris. Il est très important qu'ils soient respectés", a-t-il averti.

TINA. TINA. TINA. TINA.

Standard & Poors, aujourd'hui, "évalue à une sur trois les chances de la Grèce de sortir de l'euro". Une "chance" et pas un risque. La sémantique décidément...

M. Hollande, de son côté, a refusé de rencontrer Alexis Tsipras le 21 mai pour des questions protocolaires, en précisant qu'il le recevrait si A. Tsipras était élu premier ministre. Aucune personnalité du PS n'a souhaité rencontrer le leader de la 2ème force politique grecque. Par contre, le nouveau Président français a reçu M. Venizelos, président du PASOK et ancien ministre, le 22 mai 2012. Pas de problème protocolaire pour M. Venizelos. Pas de problème pour soutenir le PASOK, un parti, avec ND, qui a usé et abusé de ses pouvoirs -et de la corruption- pour ses propres intérêts. Un parti qui, via G. Papandréou, a ouvertement menti à ses citoyens lors des élections de 2009 avec les promesses de "l'argent, il y en a" (expression utilisée d'ailleurs par tous les détracteurs de Tsipras qui l'accusent de ce même populisme, nous y reviendrons).

Le changement, c'est donc pas maintenant.

En attendant, TINA est en pleine forme. La résurgence des mythes et des préjugés sur la Grèce aussi. Une chaîne US comparait la nuit dernière la Grèce au Porto Rico de l'Europe.

TINA n'est que la partie visible de la panique généralisée : la souris de laboratoire qu'est la Grèce pourrait montrer ses dents et commencer à reprendre son avenir en main. Une chance pour les peuples. Un risque pour ceux qui espéraient pouvoir administrer le même traitement de choc ailleurs.

A. Tspiras a dit avant-hier : "l'espoir est plus puissant que la peur, nous allons donc gagner le 17 Juin". TINA n'a qu'a bien se tenir.

Et si la lumière venait de Tsipras et du Syriza ?

J - 12. Croisons les doigts.