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Alexis Tsipras sur la scène internationale : la presse étrangère présente l'homme, pas le programme

31 mai 2012

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Alexis Tsipras

Cela ne fait que deux semaine qu'Alexis Tsipras est sous les feux de l'actualité internationale, depuis que SYRIZA, sa coalition de gauche radicale, a créé la surprise en arrivant en deuxième position aux élections du 6 mai. Les gros médias européens et américains publient donc une avalanche d'articles sur lui pour tenter de présenter son histoire de façon compréhensible.

Le chef du parti de gauche, âgé de 38 ans, y est présenté comme une star montante et un orateur talentueux, un jeune charmeur qui ne porte jamais de cravate, et refuse l'ultimatum de l'Europe, selon lequel la Grèce ne pourra rester dans la zone euro que si elle accepte l'austérité. En même temps, on critique son programme qualifié d'irréaliste pour sortir la Grèce de la crise, certains titres allant jusqu'à railler les rencontres de Tsipras avec ses alliés politiques de Paris et Berlin en vue de former un front anti-austérité uni.

Il semble y avoir un consensus sur le fait que Tsipras aurait la capacité de faire basculer la crise européenne, à condition de remporter les élections du 17 juin. Mais cette analyse se fonde surtout sur la personnalité de Tsipras, jugé rebelle et charismatique, sur le plaisir qu'il semble prendre à secouer les institutions européennes, et sur le fait qu'il séduit son pays, déçu par les deux anciens grands partis et épuisé par des mois d'austérité, de chômage et de désintégration de la société.

Ce qu'on ne souligne pas assez, c'est l'histoire et le contexte qui ont permis à Tsipras d'émerger sur la scène politique grecque, ainsi que l'influence et la tradition militante de la gauche en Grèce. SYRIZA est loin d'être juste un one-man-show avec un petit génie en vedette. Plusieurs articles étrangers attaquent SYRIZA sur sa structure de coalition de plusieurs petits partis d'extrême gauche, ce qui n'est pas entièrement vrai et donne l'impression que le parti n'est qu'un bricolage de dernière minute, créé dans l'urgence à partir de forces jusque là dispersées. En fait, cela fait presque vingt ans que SYRIZA existe ; il représente le dernier pas, et le plus important, de la vraie gauche parlementaire vers des positions pro-européennes, à la suite de scissions avec le KKE (le parti communiste anti-UE et anti-euro).

Alors peut-être que Tsipras est un fan de Chavez, peut-être qu'il tapisse les murs de son bureau de photos du Che et d'affiches « Révolution », comme tous les journaux étrangers n'ont pas manqué d'en informer leurs lecteurs, mais le plus important, c'est qu'il est à la tête d'un parti pro-UE et pro-euro depuis sa fondation. Et même, SYRIZA ne cesse de répéter que l'Europe a besoin de renforcer son union budgétaire et politique.

De plus, le score élevé de SYRIZA aux élections du 6 mai est l'aboutissement d'une longue période de militantisme organisé contre l'austérité : en plus des grèves, des manifestations et de la désobéissance civile, on a vu apparaître des structures communautaires et des groupes de solidarité qui tentent de mobiliser les citoyens contre la vague ininterrompue de baisse des prestations et de nouvelles taxes touchant les ouvriers. Les journaux étrangers insistent toujours sur les scènes de violence et d'anarchie dans les rues, mais ne mettent pas assez en avant cet aspect-là de la réaction des Grecs à la crise. Ce n'est que dans ce contexte plus large qu'on peut comprendre les prises de position anti-austérité de Tsipras, et voir qu'il ne s'agit pas d'un populiste qui exploiterait juste un mécontentement de masse. Notons aussi que si les chefs de SYRIZA soutiennent le mouvement anti-austérité depuis deux ans, le parti n'a pas été à l'origine des grandes manifestations, même si certains de ses membres, parfois importants, y ont pris part à titre personnel.

Enfin, on a critiqué Tsipras pour avoir tenté de s'allier avec d'autres forces anti-austérité ou anti-libérales en Europe à la suite des élections. On a pu lire qu'il perdait son temps à rencontrer des groupes d'extrême gauche à Paris ou à Berlin. Sous-entendu : les hommes politiques que Tsipras a décidé de rencontrer, comme Jean-Luc Mélenchon pour la France, n'assistent jamais aux sommets européens. Mais on ne peut pas d'un côté reprocher à Tsipras de ne pas rencontrer les décideurs actuels, ceux qui tiennent les rênes de la politique de la zone euro, tout en reconnaissant en même temps, comme bien des journaux étrangers, qu'ils n'ont pas su résoudre la crise des pays périphériques.

Pour l'heure, Tsipras ne propose pas de solution claire à la crise financière, mais il ne faut pas en conclure que ce n'est qu'un opportuniste. Peut-être est-ce plutôt signe que c'est un vrai politique, qui refuse de prescrire un traitement financier sans l'assortir d'une bonne dose de changements politiques radicaux et profonds.

Ci-dessous, un échantillon des articles sur Tsipras :

Le New York Times publie une longue présentation qualifiant Tsipras de « stratège qui joue sur le fil du rasoir, sans jamais perdre son sang froid, à lancer des défis spectaculaires à toute l'Europe, et surtout à Angela Merkel ». L'article cite même une déclaration de Tsipras avouant son goût pour le poker.

« Alors que les dirigeants européens s'affairent à mettre au point des plans d'action en cas de sortie de la Grèce de la zone euro, écrit le New York Times, Tsipras se contente de faire connaître ses positions et de laisser les autres se dépêtrer des conséquences en chaîne désastreuses d'un tel évènement. »

L'article reproche à Tsipras de ne pas avoir de programme clair, en dehors de sa condamnation des deux partis pro-austérité, le PASOK et ND : il se contenterait de « répéter la formule magique qu'il pense capable de consolider son pouvoir en un petit mois, et qui consiste à alerter fermement ses partenaires européens : rejeter la Grèce, ce serait scier la branche sur laquelle nous sommes tous assis. »

Quant à la tournée européenne de Tsipras, le New York Times rapporte dans un autre article qu'à Paris, il n'a pu rencontrer que ses sympathisants d'extrême gauche comme Mélenchon, alors qu'il a été mieux reçu à Berlin.

Dans une interview pour Reuters, Tsipras est décrit comme « un beau gosse juvénile » à la « rhétorique enflammée qui a su séduire la jeunesse grecque désenchantée et inquiéter Bruxelles et Berlin. Tsipras a humilié le parti socialiste et les conservateurs, ajoute Reuters, et a la faveur des jeunes chômeurs qui en veulent aux chefs de partis plus âgés d'avoir sacrifié leur avenir pour protéger les avantages de la vieille génération ».

 L'article décrit le « bureau fatigué » de Tsipras au siège de SYRIZA « dans un quartier un peu louche du centre d'Athènes » et précise qu'un portrait décoloré du Che, derrière son sous-verre fendu, orne un mur.

On apprend que Tsipras a opté pour un « mode de vie détendu », et préfère parcourir Athènes en moto plutôt qu'en limousine comme les autres chefs de partis grecs, et qu'il porte sa chemise « col ouvert plutôt qu'avec un costume-cravate ».

La BBC cite des proches, qui le décrivent comme charismatique, populaire, calme et fervent. L'article retrace le parcours de Tsipras en politique, depuis ses années de militantisme lycéen contre des réformes éducatives impopulaires, son bref passage par les jeunesses communistes, jusqu'à son accession à la tête de SYRIZA en 2008, devenant à 33 ans le plus jeune chef de parti de l'histoire grecque.

Ses adversaires sont aussi cités. « On dit parfois qu'il ne précise pas comment il compte combiner son rejet de l'austérité imposée par l'UE à son soutien à l'euro, et au maintien de la Grèce dans l'UE, écrit la BBC, qui cite aussi un membre du parti libéral Drassi qui traite Tsipras de « populiste », ainsi qu'un universitaire qui rappelle que Tsipras aurait soutenu les manifestants violents, ce que Tsipras a plusieurs fois démenti.

Bloomberg a publié une tribune enflammée contre Tsipras, appelant les électeurs Grecs à ne pas se laisser prendre « aux mensonges dangereux de Tsipras » qui prétend que la Grèce pourrait rester dans la zone euro sans remplir ses « engagements » envers les dirigeants européens. Il s'agit là des termes du memorandum signé par les grands partis pro-austérité, qui a placé le budget du pays sous le contrôle de l'UE et du FMI et lancé des mesures d'austérité et de privatisations pour plusieurs années.

Quant à l'homme Tsipras, il est qualifié de « dangereux : sans pitié ou alors cynique » dans sa façon de faire peser la Grèce dans les négociations européennes. Bloomberg traite aussi Tsipras d'« ancien second couteau extrémiste » désormais « prêt à jouer l'avenir de la Grèce et de tout un continent » en répétant que la Grèce ne peut pas honorer les termes du memorandum. Revoir l'austérité, « pourquoi pas ? Sauf que ce qui se discute en Europe n'a rien à voir avec ce qu'il vend aux électeurs grecs, » fait remarquer l'article. Si les Grecs croient ce que Tsipras leur dit, « et qu'il attire assez d'électeurs le 17 juin pour mettre ses menaces à exécution, alors son pays, l'Europe et l'économie mondiale en subiront les conséquences pendant des années ».

L'auteur de cet article conjure les hommes politiques européens « de tous bords » de bien marquer les différences entre leurs critiques de l'austérité et celles faites par SYRIZA. « Ils faut qu'ils disent haut et fort qu'ils veulent aider la Grèce, mais qu'ils ne pourront pas le faire, et que la Grèce ne pourra pas rester dans la zone euro si ses dirigeants renient les engagements pris par le pays. »

Le Telegraph anglais écrit que Tsipras a beau être « un critique populaire du status quo et un communiquant de talent, on ne sait pas vraiment ce qu'il compte faire ».

 « Il a réussi à exploiter un profond sentiment d'indignation, et depuis deux ans, il n'a pas de mots assez durs au Parlement pour critiquer l'austérité exigée par les institutions et les créanciers étrangers ». Et l'article ajoute : « Il accuse le gouvernement de se voiler la face, de s'obstiner par idéologie à appliquer une austérité qui ne marche pas et qui a déjà exacerbé la crise en supprimant des milliers d'emplois. »

Le Telegraph précise que les positions radicalement anti-austérité de Tsipras « ne l'ont pas rendu populaire en Allemagne, le grand argentier de l'Europe » et fait référence à la plainte de Tsipras contre le journal allemand Bild pour un million d'euros en mars dernier pour l'avoir traité de « demi criminel »qui « soutient ouvertement des anarchistes violents ».

Tsipras a accordé une interview exclusive au Guardian anglais où il déclare que « la Grèce court le risque d'une crise humanitaire ». Selon un autre article du Guardian, un portrait, « avec sa beauté, ses cheveux d'un noir d'ébène et sa tendance aux tirades enflammées, Tsipras fait plus penser à un jeune premier (comme le voient beaucoup de Grecs) qu'à un sauveur, comme beaucoup d'autres le voient ».

L'article cite le président du Parlement européen, Martin Schulz (qui a rencontré Tsipras avant son interview pour le Guardian) : le chef de SYRIZA ne serait « pas aussi dangereux qu'il en a l'air à la télé, mais c'est vrai qu'il a des opinions dangereuses ».

Le Guardian a sorti un troisième article sur Tsipras, à propos de son voyage en France et en Allemagne. Selon son auteur, Ian Traynor, « Tsipras tient peut-être l'avenir de l'Europe entre ses mains ». Il conclut que si sa tournée européenne peut paraître « habile pour sa campagne, il ne rencontre pas les bons interlocuteurs ».

Le journal allemand Der Spiegel reproche à Tsipras de ne pas offrir d'alternative à l'austérité. « Selon lui, les Européens bluffent : ils continueront à aider la Grèce même si elle arrête de leur rembourser ses dettes. Il dit : Élisez-moi et tous vos malheurs prendront fin. » Selon le Spiegel, Tsipras a déclaré que Merkel traitait la Grèce comme un « protectorat ». Le Spiegel ajoute qu'il n'y a « pas besoin d'être un génie de la démagogie pour flatter l'énorme mécontentement de la population, ce que Tsipras est en train de faire ».

 En France, le Figaro, de droite, estime que Tsipras est « l'incarnation d'une renaissance de la gauche ».

 « Après avoir transformé la campagne des législatives en référendum sur l'austérité, Alexis Tsipras continue à agiter, l'épée à la main, les sujets sociaux les plus sensibles pour les Grecs, épuisés par deux ans d'austérité, » ajoute l'article.

Le Figaro insiste aussi sur un membre historique de SYRIZA, le résistant anti-nazi Manolis Glezos, une « personnalité emblématique » à qui, comme le souligne l'article, le Général de Gaulle avait attribué le titre de « premier résistant d'Europe ». L'article cite l'inquiétude de militants de SYRIZA qui redoutent que Tsipras s'écarte de la ligne philosophique claire de Glezos et ne devienne « comme Andreas Papandreou », fondateur du PASOK qui, dans sa jeunesse, occupait la place de Tsipras au centre gauche de l'échiquier politique.

Traduction : Florence Arié /okeanews