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Retour sur la politique du FMI au Niger

28 mai 2012

Economie Polémique Politique Christine Lagarde FMI Grèce

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Un enfant sous alimenté au Niger - 2005

Les dernières phrases scandaleuses de Christine Lagarde dans le Guardian ont été très mal reçues en Grèce et un peu partout dans le monde.

Lors de l'interview, interrogée sur le fait de savoir si elle était à même d’imaginer ces mères incapables d’obtenir l’accès aux sages-femmes ou ces patients incapables d’obtenir des médicaments indispensables à leur survie, Lagarde a répondu qu’elle « pensait plus aux petits enfants d’un village au Niger qui reçoivent deux heures de cours par jour, qui se partagent une chaise à trois et qui sont heureux d’aller à école. Je pense à eux tout le temps. Parce que je pense qu’ils ont plus besoin d’aide que les gens d’Athènes. »

Petit retour sur la situation du Niger en 2005 :

En 2005, une crise alimentaire a frappé le Niger. Sur une population de 12 millions d'habitants, 3,6 millions souffraient de la faim et 800.000 enfants ont fait face à la famine. Mais les militants au Niger affirment que la famine n'a pas été causée par la sécheresse :

- «Il s'agit d'une famine structurelle. Une famine permanente," dit le journaliste Moussa Tchangari. "Elle a été causée par 20 ans de programmes d'ajustement structurel".

J'invite Christine Lagarde à consulter les données récentes de Médecins Sans Frontières concernant le Niger :

"2010 aura été une année très difficile pour le pays d'un point de vue alimentaire et nutritionnel. Une mauvaise pluviométrie avait donné lieu à des récoltes insuffisantes en 2009, et ceci sur fond d'augmentation graduelle des prix de la nourriture au cours des dernières années. En avril 2010, environ la moitié de la population du pays se trouvait en situation d'insécurité alimentaire modérée ou sévère selon une enquête réalisée par les autorités nigériennes."

(...)

"L'ensemble des sections MSF a participé en 2010 à la réponse sans précédent mise en place par le gouvernement de transition et les acteurs de l'aide pour faire face à la crise nutritionnelle. MSF a soigné environ 150 000 des 300 000 enfants sévèrement malnutris qui ont pu être pris en charge dans le pays (soit 4 fois plus qu'en 2005). Des distributions préventives d'aliments spécifiquement destinés à la jeune enfance ont également été organisées par MSF à destination environ 150 000 enfants, sur les 675 000 enfants qui en ont été bénéficiaires au total dans le pays.

Dans le district de Madarounfa, au sud de Maradi, les équipes MSF et FORSANI (Forum Santé Niger)interviennent depuis 2008 dans 3 centres de santé et dans l'hôpital de district, pour des activités de prise en charge de la malnutrition et des principales pathologies pédiatriques.

Dans cette région - où en juillet dernier on estimait à 4% le taux de malnutrition sévère des enfants de moins de 5 ans - MSF et FORSANI ont pu soigner environ 15 000 enfants atteints de cette pathologie, dont environ 3 500 en hospitalisation. 26 000 consultations pédiatriques ont également été effectuées, dont 15 000 liées au paludisme.

Entre juillet et décembre 2010, MSF et FORSANI sont aussi venues en appui aux autorités sanitaires dans la ville de Maradi, en soutenant trois centres ambulatoires et le service de pédiatrie de l'hôpital de la ville. Plus de 6 500 cas de malnutrition et presque 3 000 cas de paludisme ont pu être soignés."

Pour rappel, cette émission de TV5Monde de novembre 2011 dans laquelle Jean Ziegler, sociologue, altermondialiste et ancien rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, est intervenu concernant la faim dans le monde :

A lire chez lapresse.ca :

"Mais Jean Ziegler ne fait pas que cracher son indignation au lance-flammes. Son livre est rempli d'exemples de mesures absurdes qui ont rendu les pays du Sud encore plus vulnérables et dépendants.

Et ces histoires sont plus convaincantes que ses salves d'épithètes.

Prenez le Niger qui, pour pouvoir rééchelonner sa dette, a dû accepter d'abolir son Office national vétérinaire, ce qui a ouvert le marché nigérien aux vaccins et médicaments vendus, beaucoup plus cher, par les multinationales. Incapables de les acheter, les éleveurs ont vu dépérir leurs troupeaux. Le FMI a aussi obligé le Niger à liquider ses réserves alimentaires. Depuis, le rythme des famines s'accélère.

Ou le Guatemala, où l'émissaire de l'ONU a gagné la confiance d'une communauté de Mayas, étranglés par des programmes agricoles qui concentrent la terre entre les mains d'une poignée de propriétaires. De retour à New York, le rapporteur spécial a recommandé une réforme agraire au Guatemala. On lui a ri au nez.

Les racines de la faim sont structurelles, la terre a suffisamment de ressources pour nourrir 12 milliards d'êtres humains, les enfants qui meurent sont les victimes de décisions meurtrières, dénonce inlassablement Jean Ziegler. Il se dit convaincu que les prochaines générations regarderont la nôtre comme nous, nous regardons celles qui toléraient l'esclavage."

La situation de la Grèce n'est pas celle du Niger ou du Guatemala, c'est une certitude. Mais les larmes de crocodile de Madame Lagarde concernant les enfants du Niger ne doivent pas faire oublier les résultats des politiques néolibérales du FMI (présent au Niger depuis 1996, voir sur le site du FMI) dans la plupart des pays dans lequel le fond est engagé. Les réformes structurelles demandées par le FMI obtiennent souvent (toujours ?) le même résultat : augmentation de la pauvreté dans le meilleur des cas, famine et retour à un régime militaire dans le pire. Tout cela pour le bien de certaines ... multinationales.

Il semble d'ailleurs que les pays qui ont décidé de sortir du giron du FMI s'en sortent plutôt bien. Coïncidence ?