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Lagarde chez The Guardian, la pression par le mythe du FMI

27 mai 2012

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L'article du Guardian de vendredi dernier fait jaser en Grèce (et ailleurs), et pour cause : Christine Lagarde (ce n'est pas nouveau), fait encore une de ces sorties emplies d'une "délicatesse" certaine.

Je reprends donc le billet de mon ami Olivier Berruyer pour partager les propos de celle qui dirige une organisation sensée "protéger les faibles des forts". Cet article de plus, casse le mythe de ces grecs "qui ne paieraient pas d’impôts".

Sur twitter, un hashtag est utilisé pour commenter ces évènements : #lagarde_guardian. Et ce hashtag est très actif ! Etonnant ?


Lagarde aux Grecs : « C’est l’heure de rembourser : n’attendez aucune sympathie de notre part » + Légende fiscale

Signalé par Okéanos, traduit par Christophe pour le blog www.les-crises.fr, cet édifiant article du Guardian de vendredi dernier.

Prologue

Avant de vous proposer l’article, je vous rappelle ces quelques fortes visions de Christine Lagarde {alias “Madâme 400 Md€ de dette française”, qui sait ici vraiment parler aux peuples…}, tirées de ce billet (oui, je sais, je suis cruel, mais comme on espère être sortis de l’abîme par les irresponsables nous y ayant conduit…) :

17 août 2007, dans « Le Parisien »
« Ce n’est pas un krach [...] Nous assistons aujourd’hui à un ajustement [...] une correction financière, certes brutale mais prévisible. »

5 novembre 2007 sur « Europe 1 »
« La crise de l’immobilier et la crise financière ne semblent pas avoir d’effet sur l’économie réelle américaine. Il n’y a pas de raisons de penser qu’on aura un effet sur l’économie réelle française. »

10 février 2008, au G7 au Japon
« Nous ne prévoyons pas de récession dans le cas de l’Europe. »

15 mai 2008 sur « Europe 1 »
« Vous accueillez ce matin un ministre de l’Economie qui se réjouit et qui jubile, pour tout dire. Je suis surtout très contente pour notre pays {en raison de la révision à la hausse de la croissance pour 2007} [...] En revanche, les prévisions européennes des déficits de la France sont outrageusement pessimistes.»

16 septembre 2008, conférence de presse
« [La crise aura] des effets sur l’emploi et sur le chômage [pour l’heure] ni avérés ni chiffrables. »

10 mai 2010 sur « Europe 1 »
« Nous avons décidé d’envoyer un signal extrêmement fort aux marchés pour protéger l’euro. Je suis convaincue que le mécanisme va fonctionner. »

25 juin 2010
« La notation de la France est triple A stable, il y a d’autres triples A qui sont moins stables, je regarde de l’autre côté de la Manche par exemple. Elle n’est pas menaçée. »

8 juillet 2010, rencontres économiques d’Aix-en-Provence
« À la question « Est-ce qu’on est ou non sorti de la crise ? », j’ai répondu en anglais au Forum de Saint-Pétersbourg « We are in the middle of the beginning of the end » ; et je pense qu’on en est probablement là.

9 juillet 2010
« Je suis convaincue que la France va conserver sa note AAA. »

19 décembre 2010, dans « De Tijd »
« Une restructuration de dette n’est pas à l’ordre du jour au sein de la zone euro »

25 janvier 2011, au Forum de Davos
« L’euro a franchi le cap, et la zone euro a désormais le pire de la crise de la dettederrière elle. »

13 février 2011, dans « Der Spiegle »
«Vous faites fausse route. Tant que je serai dans ce poste, la France n’abandonnera pas ce statut. [le triple A] »

13 mai 2011
« Tous les clignotants sont au vert. »

4 juin 2011, dans « Télérama 
« Protéger les faibles contre les forts, c’est l’essence du libéralisme. »

L’article du Guardian, « C’est l’heure de rembourser : n’attendez aucune sympathie de notre part »

« Prenez vos responsabilités et n’essayez plus d’éviter de payer vos impôts » a averti la patronne du FMI. 

dessin humour cartoon

(sous la photo : « le FMI n’a aucune intention d’adoucir les termes du programme d’austérité imposé à la Grèce », dit Christine Lagarde).

Le Fonds Monétaire International a fait monter la pression sur la Grèce frappée par la crise après que son Directeur général, Christine Lagarde, a déclaré avoir plus de sympathie pour les enfants privés d’une scolarisation décente en Afrique sub-saharienne que pour la majorité de ceux confrontés à la pauvreté à Athènes.

Dans une interview sans compromis accordée au Guardian, Lagarde insiste sur le fait que le moment du remboursement est arrivé pour la Grèce et fait clairement comprendre que le FMI n’a aucune intention d’adoucir les termes du programme d’austérité imposé à la Grèce.

Faisant montre de la plus grande franchise depuis le début de la crise il y a deux ans et demi, elle déclare que c’est aux parents grecs à prendre leurs responsabilités si leurs enfants sont affectés par les coupes budgétaires. « Les parents doivent payer leurs impôts », rappelle-t-elle.

La Grèce, qui a vu son économie se contracter d’un cinquième depuis le début de la récession, a dû tailler dans les salaires, les pensions et les dépenses publiques en échange d’une aide financière du FMI, de l’Union Européenne et de la Banque Centrale Européenne.

Interrogée sur le fait de savoir si elle était à même d’imaginer ces mères incapables d’obtenir l’accès aux sages-femmes ou ces patients incapables d’obtenir des médicaments indispensables à leur survie, Lagarde a répondu qu’elle « pensait plus aux petits enfants d’un village au Niger qui reçoivent deux heures de cours par jour, qui se partagent une chaise à trois et qui sont heureux d’aller à école. Je pense à eux tout le temps. Parce que je pense qu’ils ont plus besoin d’aide que les gens d’Athènes. »

Lagarde, qui prédit que la crise de la dette doit encore suivre son cours, ajoute : «  Vous savez quoi ? Puisqu’il s’agit d’Athènes, je pense aussi à tous ces gens qui essaient d’échapper à l’impôt tout le temps. A tous ces gens en Grèce qui essaient d’échapper aux taxes. » Elle dit qu’elle pense « à égalité » aux Grecs privés de services publics et à ceux qui ne paient pas leurs impôts.

« Je pense qu’ils devraient se venir en aide mutuellement. » Quand on lui demande comment, elle répond : « en payant tous leurs impôts ».

Quand on lui demande si elle dit, en substance, aux Grecs et à d’autres en Europe qu’ils ont passé du bon temps et que désormais, c’est le moment de payer la facture, elle répond : « oui, c’est cela. »

L’intervention de Lagarde a lieu après que le gouvernement grec provisoire s’est réuni pour discuter d’une chute drastique des recettes fiscales – en baisse d’un tiers sur un an. D’après les termes du bailout, Athènes s’était engagée à améliorer le faible niveau de perception des impôts dans le but de réduire son déficit budgétaire, et la remarque de Lagarde témoigne de l’impatience grandissante de la communauté internationale. Il est ainsi fait état de rapports en Allemagne et en France concernant la préparation à une possible sortie de la Grèce de la monnaie unique après ses élections du 17 juin.

Le vice premier ministre belge, Didier Reynders, a déclaré que ce serait une “grave erreur professionnelle” si les banques centrales et les sociétés ne se préparaient pas une sortie.

L’Euro a fait l’objet d’une attaque en règle sur le marché des changes, chutant même sous la barre des 1,25 € pour 1 $ à un moment vendredi, alors que le gouvernement espagnol était en pourparlers à propos de l’injection de 19 milliards € dans Bankia, l’une des plus grandes banques du pays, et que le gouvernement de la région autonome de Catalogne a officiellement demandé l’aide de Madrid pour faire face à ses dettes.

Des signes de divergences sont apparus entre l’Allemagne et la France quant à l’émission ou non d’Eurobonds pour aider les pays en difficulté, comme la Grèce et l’Espagne, qui souffrent des taux d’intérêt élevés frappant leurs dettes.

Jens Weidmann, président de la Bundesbank, a douché les attentes à propos des Eurobonds – qui sont fermement soutenus par le président français, François Hollande – et a réaffirmé que l’aide financière devrait s’arrêter si la Grèce ne parvenait pas à respecter les termes du bailout.

Jürgen Fitschen, co-dirigeant d’une des plus grandes banques allemandes, a décrit la Grèce comme « un pays failli… un Etat corrompu ». Toutefois, à côté de cela, il y a des rumeurs indiquant que la chancelière, Angela Merkel, est en train de déterrer d’anciens plans de modernisation économique utilisés en Allemagne de l’Est après la chute du communisme dans l’espoir que des mesures similaires pourraient être appliquées à la Grèce et à d’autres pays de l’eurozone. Aujourd’hui, le magazine Der Spiegel a mentionné l’existence d’un plan stratégique pour la croissance en six points de la chancelière Merkel, lequel plan est lui-même basé sur le plan est-allemand précité. Il inclut des mesures de type privatisation, flexibilisation du droit du travail et diminution d’impôts.

Les sondages d’opinion en Grèce font état d’une lutte serrée entre les partisans et les opposants aux termes du plan de renflouement de 130 Md€ mais ni l’Allemagne, ni le FMI n’ont démontré aucune volonté de mettre de l’eau dans leur vin.

Dans son interview, Lagarde a affirmé que la Grèce ne bénéficierait pas de plus de faveurs qu’un pays en voie développement et que le FMI n’estime pas dur d’imposer des conditions difficiles à un pays riche.

“Non, ce n’est pas plus difficile. Non. Parce que c’est la mission du Fonds et que c’est mon travail de dire la vérité, peu importe qui est autour de la table. Et je vais vous dire une chose : c’est parfois plus dur de dire à un gouvernement d’un pays à faible niveau de revenu, où les gens vivent avec 3 000 $, 4 000 $ ou 5 000 par habitant par an, d’améliorer vraiment le budget et de réduire le déficit. Parce que je sais ce que çà signifie en termes de programme de sécurité sociale et d’aide aux pauvres. Cela à de bien plus grandes conséquences. »

Épilogue

Pour la monomanie sur les impôts grecs, un mot.

Oui, il y a plus de fraude en Grèce que dans d’autres pays au système fiscal plus fort. Cela signifie que le rendement unitaire est plus faible ; bref, en terme d’image, quand on met la TVA à 20 % en France, on a 100, quand on le met en Grèce, on n’a que 90 (chiffres fictifs). Si c’était juste comme cela, cela serait scandaleux.

MAIS cela ne s’arrête pas là. Car si presque tout le monde” fraude un peu, ce n’est presque plus de la fraude… Je veux dire que bien évidemment, l’État a compensé ! Et dans autre exemple, il met la TVA à 22 % en facial, et il lui rentre bien 100. Bref, la fraude est annulée !

Peu importe le taux facial et le taux de fraude (c’est le problème d’une discussion au sein de la population grecque, les plus honnêtes payant plus), ce qui compte est in fine quel est le rapport de recettes fiscales rapporté au PIB !

Alors, les Grecs “ne paieraient pas d’impôt” ? Regardons :

NB. Comme je l’ai indiqué, le fait que la Sécurité sociale, publique, soit comptée dans les “impôts” doit inciter à la prudence dans l’interprétation. On a bien ici les impôts, et c’est à cause de cela que al France est en tête, et que la Suisse est basse. Mais les Suisses doivent cotiser à des mutuelles privées, et ce prélèvement quasi-obligatoire, fait que l’écart “à service rendu égal” est bien plus faible. Mais cela ne change rien au sujet étudié ici, puisqu’on parle bien de fraude aux impôts…

 

Il est bien évident que ce genre de déclaration FMIesque est de nature à affoler la population grecque, ce qui a quelques effets :

Pour mémoire, une grosse prime en nombre de députés (+ 17 %) est accordé au parti qui arrive premier aux élections.

A contrario, ces tensions ont un effet clair sur la population allemande, de très mauvais augure pour l’avenir (“pays unique qu’y disaient”):


Suite à de nombreuses réactions concernant la "sortie" de C. Largarde, la lecture du dernier article de Jacques Sapir, économiste, est à conseiller : "Grèce : pourquoi Christine Lagarde a tout faux".

Morceaux choisis :

"En effet, contrairement aux idées reçues, et à ce qu’affirment tant les dirigeants allemands que Mme Christine Lagarde, les impôts représentent une part non négligeable de la richesse intérieure grecque. Il est donc parfaitement faux de dire que les Grecs ne payent pas d’impôts, même si on peut supposer que l’assiette fiscale est injuste et mal répartie et que certains contribuables fraudent de manière conséquente.

IMPORTANCE DES PRÉLÈVEMENTS FISCAUX EN GRÈCE
2007 2008 2009 2010 2011
Part des recettes en % du PIB 40,8% 40,7% 38,2% 39,7% 40,9%
Montant brut des recettes en milliards d’Euros 90,91 94,83 88,60 90,25 88,07
Charge des intérêts en milliards d’Euros 11,94 11,92 13,19 15,03
Intérêts en pourcentage du PIB 5,1% 5,1% 5,8% 6,99%
Déficit budgétaire en % du PIB -9,8% -15,6% -10,3% -9,1%
Déficit hors charge des intérêts -4,7% -10,5% -4,5% -2,1%
Source : ELSTAT (Hellenical Statistical Authority), Fiscal data for the years 2008-2011 et Fiscal data for the years 2007-2010, Press release, 23 avril 2012 et 17 octobre 2011, Athènes.
(...)
On voit bien alors que la situation de la Grèce est loin d’être sans issue. Au sein de l’Euro, si la Troïka (et le FMI) acceptait de sacrifier les intérêts de la dette pendant une période de 5 années et se mettait d’accord sur un plan d’investissement à hauteur de 15 milliards d’euros par an, il est parfaitement concevable que la Grèce puisse récupérer de son déficit de compétitivité. Hors de l’Euro, si la Grèce se décide à répudier sa dette, et décide de financer son déficit résiduel (2% du PIB) par des avances de la Banque Centrale, elle ne devrait pas connaître de mouvements inflationnistes excessifs, et la dévaluation de la Drachme est à même de reconstituer la compétitivité externe du pays.
Il convient donc de soutenir ceux qui en Grèce exigent une renégociation du Mémorandum visant à la fois un allègement des charges d’intérêts et des investissements dans l’économie grecque comme préalable à tout nouvel effort. Mais il convient aussi de garder en mémoire qu’une politique de rupture, une répudiation de la dette et une dévaluation de 50%, est parfaitement possible pour la Grèce si les négociations devaient échouer."