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Violences xénophobes contre des réfugiés à Patras

22 mai 2012

Société Aube Dorée Grèce Patras violences

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Photo: AP (issu du site http://www.telegraph.co.uk/ )

Des violences ont eu lieu à Patras, à l'ouest de la Grèce dans le Péloponnèse. 

Il semble que 5 personnes aient été blessés, dont un député néo-nazi de l'Aube dorée, ainsi que 2  policiers. Le journaliste qui a tenté de le protéger aurait lui aussi été blessé.

Plus tôt dans la journée, des membres du parti néo-nazi l'aube dorée sont arrivés à Patras en bus. Patras est une ville ou la présence de réfugiés clandestins est forte, car elle héberge le port grec qui fait la liaison avec l'Italie (liaison Patras - Ancone). Beaucoup se retrouvent coincé à Patras, dans des conditions de vie déplorables, et espèrent pouvoir rejoindre l'Italie.

Il semble que l'Aube dorée avait dans l'idée de demander des comptes, accompagnés de résidents de Patras, suite au meurtre d'un grec de 29 ans qui aurait été attribué à 3 afghans.

Vidéo du début des violences (fin d'après midi) :

Vidéo des débuts des violences :


Πειραικη Πατραικη-Χρυση αυγή από amnesiac_chris

Il semble qu'un membre du parti néo-nazi l'Aube dorée ait tenté de rentrer en bulldozer dans l'usine ou étaient retranchés les immigrés .

 

22 Mai 2012 – 23:00

A 23h, heure grecque, les immigrés s'étaient réfugiés dans le bâtiment (que l'on voit protégé par la police dans la vidéo) et les extrémistes tentaient d'y entrer.

22 Mai 2012 – 23:07

Rapport d'un tweep précisant que le député de l'Aube dorée Kasidiaris serait en train de parler à une télévision locale et aurait appelé l'"armée à prendre des mesures et à tuer les immigrés"

22 Mai 2012 – 23:10

la situation semble ne pas s'arranger du tout. Il semble que des bus de membres de l'Aube dorée continuent à arriver, ainsi que des anarchistes. La situation risque d'être incontrôlable !

22 Mai 2012 – 23:14

Un extrémiste aurait tenté de rentrer dans le bâtiment avec un chariot élévateur. Rumeurs selon laquelle des anarchistes l'en auraient empêché.

22 Mai 2012 – 23:20

IndyMedia Athens appele à une manifestation antifasciste : les anti-fascistes se regroupent vers le centre de Patras.

22 Mai 2012 – 23:45

La police bloque 2 bus de l'Aube dorée. 4 bus seraient déjà arrivés.

Vidéo de l'Aube dorée, plus tôt dans la journée :

 

22 Mai 2012 – 23:55

La route côtière de Patras menant au port est fermée par la police, retour au calme dans le centre-ville, les résidents et les immigrants sont dans le bâtiment de l'Université.

23 Mai 2012 – 00:00

Les membres de Chryssi Avghi se regroupent à côté d'un campus universitaire pour attaquer de nouveau.

23 Mai 2012 – 00:04

La famille de la victime du meurtre s'est opposée aux actions de l'Aube dorée. Le rassemblement d'anarchistes à la cité universitaire est confirmée. Leurs intentions sont inconnues à l'heure actuelle.

11 détentions jusque maintenant à Patras. On rapporte des blessés (nombre encore inconnu).

23 Mai 2012 – 00:10

La police craint des renforts  à venir de l'Aube dorée, la zone est facile d’accès sur plusieurs côtés.

23 Mai 2012 – 00:35

L'Aube dorée semble pour l'instant en retraite, situation calme (temporairement ?)
Il semble que les réfugiés afghans dans l'usine ne nient pas que l'assassin était Afghan, il y aurait même un témoin oculaire. Mais ce témoin aurait déclaré que la personne arrêtée n'est pas l’assassin.

23 Mai 2012 – 01:00

Les anarchistes dans le centre-ville sont calmes. Dans la zone portuaire ils se regroupent et tentent de trouver d'autres entrées à l'usine. 22 détentions. 3 policiers blessés. Nombre de civils blessés inconnu.

23 Mai 2012 – 01:05

Selon des témoins oculaires des affrontements à Patras, les réfugiés afghans eux-mêmes disent que la police a sauvé des vies en intervenant. Un grand nombre de forces de police spéciale, seraient en route (ou déjà arrivées) depuis Athènes.

23 Mai 2012 – 01:10

Selon la police, l'épisode du bulldozer serait faux. Elle indique que 2 bus seraient arrivés à Patras. Un témoin confirme pourtant l'épisode sur twitter : il a vu l'attaque au bulldozer de ses propres yeux alors qu'il sortait des scènes d'affrontements.

Les photos et vidéos des violences : http://www.dete.gr/news.php?article_id=93625

Edit du 23 Mai 2012 – 15:00

Il y aurait eu 5 arrestations, 22 détentions et 8 policiers blessés. La police déclare que la violence principale est venu de 350 militants de l'Aube dorée.

Edit du 23 Mai 2012 – 15:45

Une interview d'une cousine de la victime tuée (29 ans) vient d'être diffusée sur la chaîne Skaï. Cette femme précise qu'au début, ils étaient environs 300 à manifester -pacifiquement (elle a insisté plusieurs fois)- dans le but de montrer le mécontentement de la population face à une situation qui se dégrade de jours en jours à Patras à cause de l'immigration. Elle a rappelé que "chaque foyer est victime de vols". Elle a indiqué que "dès que les membres de l'Aube dorée sont arrivés, les 300 manifestants se sont retrouvés entre eux et la police et étaient tous effrayés". Elle a insisté sur le fait que "les violences ont commencé avec les membres de l'Aube dorée". Elle a également précisé que l'"Etat aurait du prévoir que l'Aube dorée interviendrait et qu'elle tenterait de tirer un avantage de la situation".

90% des migrants arrivent en Europe par la Grèce, et restent bloqués en Grèce, un des pays les plus fragilisés par la crise à l'heure actuelle. La règle européenne veut que chaque clandestin arrêté dans un pays de l'union doit être transféré dans le pays par lequel il est entré. Dublin II impose que chaque Etat se débrouille seul face à l'immigration. On voit bien la limite de ce système qui fait subir à la Grèce, en plus des mordorandum, un double afflux de migrants qui arrivent dans un pays ravagé par la crise.

La population, au départ, a bien tenté d'aider ces réfugiés en distribuant de la nourriture ou des vêtements.  En essayant le "vivre ensemble". Mais dans un pays où l'absence d'emploi fragilise déjà une grande partie de la population grecque, il devient impossible de pouvoir continuer à aider son prochain quand il est déjà difficile de faire vivre sa propre famille.

La solution de l'Europe, pour l'instant, est d'investir dans des camps de rétention en Grèce. Le premier a ouvert très récemment. Solution inhumaine mais qui semble être demandée par de plus en plus de grecs, notamment à Patras, où quelques habitants, qui veulent une solution pacifique, ont indiqué aujourd'hui sur Skaï : "Nous vivions en paix, nous souhaitons pouvoir continuer à vivre en paix. Nous travaillons, mais il n'y a pas de travail pour tout le monde. Il faut qu'ils partent, dans des camps, peu importe, mais cela ne peut plus continuer".

Medecins du monde avait déjà alerté sur cette situation à Patras il y a de nombreux mois. Le problème de l'immigration en Grèce, qui compterait 1 millions de clandestins, est un problème européen et mondial. Et nos institutions devraient trouver des réponses -humaines- rapidement pour éviter de renforcer la montée de la xénophobie que l'on observe partout ou la crise frappe dur. Car n'oublions pas qu'environ 250 millions de migrants potentiels sont prêt à partir de leur pays en guerre, en proie à la famine ou victime de catastrophes naturelles. Et une solution de "vivre ensemble" va devoir être trouvée rapidement.

Car finalement, à quoi sert de sauver les banques si notre planète ne devient qu'une terre de haine et de refus d'accueil de l'autre ?


Pour en savoir plus sur la situation dramatique des migrants à Patras, je vous conseille la lecture de cet article de Nathalie Loubeyre, qui est réalisatrice. Elle a publié cet article le jour de son retour de Patras, où elle tournait un film sur la politique européenne de « maîtrise des flux ».   Extrait :

"Je reviens aujourd’hui de Patras, où je tourne un nouveau film, et ma colère est plus grande encore. Mon sentiment que le pire est à l’œuvre, dans cette Europe qui décline, est décuplé. Car je l’ai revue de près, cette hideuse réalité qui indiffère tellement mes concitoyens, occupés aujourd’hui par la crise, avec son cortège légitime d’angoisses individuelles, d’indignations et de révoltes collectives. Je l’ai vu de nouveau, ce miroir tendu sur ce que nous sommes devenus et qui m’avait tellement ébranlée. J’y ai vu des hommes et des enfants venus d’Afghanistan, du Soudan, d’Érythrée, et d’autres zones de conflits pourtant reconnues, empêchés de faire-valoir leur droit à l’asile. Je les ai vus survivre comme des chiens dans une immense usine désaffectée, dangereuse, envahie d’immondices et de rats."


Dernière mise à jour du 23/05/2012 - 22h00 : les réfugiés afghans de l'usine de Patras ont été transférés à Athènes. Pas d'info sur leur destination réelle à Athènes (camp de détention ?). A suivre donc ...

Dernière mise à jour du 24/05/2012 - 18h00 : Il semble que deux bus de migrants aient été emmenés à Athènes. Tous les autres migrants (ils sont plusieurs centaines) sont toujours dans l'usine désaffectée qu'ils occupent à Patras et qui avait été attaquée par les activistes de l'Aube dorée.