5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Pari gagné sur les obligations grecques pour un “Fond Vautour”

21 mai 2012

Economie crise dette Grèce

941 mots   413       Comments

Je partage cet article trouvé (merci Nihil) sur le blog de Paul Jorion. C'est une traduction faite par un lecteur du blog d'un article du New York Times daté du 15 mai dernier que vous pouvez retrouver ici.

Par LANDON THOMAS Jr.
Le 15 mai 2012

Fonds Vautour 1. Grèce 0.

Lorsque la Grèce a annoncé mardi qu’elle exécuterait le paiement de 436 millions € aux investisseurs qui avaient refusé l’accord historique de restructuration volontaire de la dette du pays en mars, la décision ne suscita aucune surprise. Après tout, avec un gouvernement en pleine débandade et des investisseurs méfiants envers tout ce qui touche à la Grèce, il aurait été malvenu de choisir ce moment précis pour encore empirer les choses en faisant défaut sur le paiement de ces obligations.

Ce qui est nouveau, c’est la destination de la quasi-totalité de cet argent. Presque 90% sont allés directement dans les coffres de Dart Management, un fond d’investissement très discret basé aux îles Caïman, selon des personnes qui ont connaissance de la transaction de manière directe.

Dart est l’un des plus connus de ces fonds vautours, qui ont un historique d’achat d’obligations décotées de pays en quasi faillite – et s’ils ne sont pas payés, ils attaquent les gouvernements en justice pour récupérer l’argent. Dart et un autre gros fond vautour, Elliot & Associés, a perfectionné cette stratégie durant les différentes crises de la dette en Amérique Latine ces dernières années.

En accumulant la plus grande partie de ces obligations à des prix que les traders estiment à 60 ou 70 centimes pour chaque dollar, Dart est positionné pour faire un profit faramineux, ayant reçu 100 centimes pour chaque dollar – une issue qui aura plus que probablement un goût amer pour les banques grecques et autres institutions locales qui ont été forcées d’accepter des pertes de 75% sur les obligations grecques qu’elles détenaient.

Ce gros pari gagnant de Dart pourrait laisser présager d’attaques plus agressives par les fonds vautour, si la Grèce est forcée de restructurer sa dette une seconde fois.

Lynn Smith, porte-parole de Dart, a déclaré que la société de faisait aucun commentaire sur ses spéculations sur le marché.

Le pactole de Dart pourrait bien être un encouragement pour d’autres investisseurs qui avaient refusé l’accord de restructuration de la dette, actuellement en possession d’environ 6 milliards € en obligation grecques. Un autre paiement sera dû en septembre, pour un montant inférieur.

Mardi, les fonctionnaires grecs insistaient sur le fait que leur raison d’exécuter le paiement était largement liée au fait que la Grèce se trouvait sans gouvernement. Mais il y avait également, de manière évidente, la peur que Dart, ou d’autres créanciers détenant ces mêmes obligations, puissent immédiatement intenter un procès à la Grèce – une action qui pourrait potentiellement paralyser les fonds de sauvetage sur lesquels le pays compte pour rester dans la course.

« Ils nous ont coincés au moment où nous étions les plus vulnérables, » explique Gika Hardouvelis, un conseiller économique senior du premier ministre Lucas Papademos, qui était impliqué dans le processus de prise de décision [sur ce dossier]. « Mais cela ne présage en rien des futures décisions en cette matière. »

La Grèce doit tenir de nouvelles élections le mois prochain. Et sous un nouveau gouvernement, en particulier un qui pourrait bien inclure le gauchiste chouchou des électeurs, Alexis Tsipras, l’attitude envers ces investisseurs qui n’avaient pas accepté l’accord de restructuration de la dette pourrait bien se durcir. Sans parler du fait que la Grèce pourrait faire défaut à un niveau plus important si l’Europe finit par couper l’apport de fonds.

En effet, des inquiétudes grandissent à propos de paiements à venir que la Grèce est obligée de faire sur les 50 milliards € environ de ses obligations détenues par la Banque Centrale Européenne.

Le 18 mai, par exemple, le pays doit faire un paiement de ce type, pour une valeur d’environ 3,3 milliards €. Pour l’instant, les fonds de sauvetage sont calibrés pour couvrir ce genre d’obligation. Mais si ces fonds venaient à être coupés, la Grèce ne pourrait plus assurer de futurs paiements d’obligations.

D’ores et déjà, la décision de payer Dart et les autres réfractaires est attaquée en Grèce, et pas seulement pas les politiciens de gauche, mais aussi par les experts des marchés qui prédisent que cela va rendre fous de rage les milliers de petits investisseurs grecs qui ont accepté la restructuration sur leurs propres obligations gouvernementales.

« Je pense que c’était une énorme erreur de payer ces gens, » dit Jason Manopoulos, investisseur pour un hedge fund grec et auteur d’un livre sur la charge de la dette grecque. « Ca ne fera que donner plus de munitions à la gauche pour attaquer les partis pro-européens. »

Le fondateur de Dart est Kenneth Dart, héritier d’une affaire de gobelets en styro-mousse valant plusieurs milliards de dollars, et exilé fiscal américain qui vit aux îles Caïman. Le fond Dart investit dans les dettes souveraines depuis les années 1980. Dart, avec Elliot & Associés, est également occupé à poursuivre l’Argentine en justice, qui a fait défaut sur sa dette en 2002. Les fonds réclament jusqu’à 2 milliards de dollars de la part du pays via des cours de justice américaines.