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Pourquoi l'Europe a besoin de la Grèce [The Guardian - traduction]

12 mai 2012

Economie Politique Société Europe Grèce The Guardian traduction

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Comme d'habitude, The Guardian a la meilleure analyse de la situation grecque (et Européenne). Grâce à Florence Arié que je remercie au passage, je vous propose la traduction de l'article de , professeur d'économie d'origine grecque basé à l'Université de Londres.


Costas Lapavitsas

Costas Lapavitsas

Le grand gagnant des élections grecques est Syriza, une coalition de mouvements de gauche active depuis plusieurs années. Le parti fasciste Aube Dorée a aussi gagné en puissance, mais cette percée, toute frappante qu'elle soit, n'est pas l'essentiel dans cette élection, pas plus qu'elle ne constitue déjà de menace pour la société grecque. C'est Syriza qui a l'initiative politique. S'il arrive à éviter les faux pas, ce parti pourrait aider à résoudre la crise de la dette et renforcer le mouvement anti-austérité dans toute l'Europe.

 Les deux partis de gouvernement traditionnels (le Pasok et Nouvelle Démocratie) se sont pris une pâtée parce que c'est eux qui ont fini par mettre le pays dans cet état en 40 ans, et qui ont mis en oeuvre les clauses du plan de sauvetage. L'électorat vient clairement de faire savoir ce dont il ne veut pas : de la politique à l'ancienne, et ce soi-disant sauvetage de la Troïka.

Cela fait deux ans qu'un défilé d'hommes politiques médiocres prétendent négocier avec cette Troïka tout en désignant leur propre pays comme « corrompu ». Ils ont reçu le soutien d'experts terrifiés à l'idée de déplaire aux créanciers de la Grèce. Certains de ces politiques et de ces experts avaient participé à l'entrée désastreuse de la Grèce dans l'union monétaire. Résultat : deux plans de sauvetage en mai 2010 et en mars 2012, modèles de mauvaise économie et de brutalité sociale. Fin 2012, grâce à l'austérité, on en sera à une contraction de 20% de l'économie nationale, à 25% de chômage, à une véritable crise humanitaire dans les centres urbains, et à une dette publique complètement ingérable. La Grèce est en train de mourir sur pieds. Pendant ce temps, la vieille classe politique continue à jacasser sur sa participation au « jeu » européen, et à réfléchir à des réformes structurelles censées mener à une future croissance.

Syriza a fait éclater un coup de tonnerre en dénonçant le sauvetage de mars. Il appelle à un moratoire sur le paiement de la dette, à un audit de cette dette par une commission internationale, carrément à son annulation partielle, à une redistribution des richesses en profondeur, à des nationalisations de banques, et à une nouvelle politique industrielle pour relancer la production. C'est exactement ce qu'il faut faire. Mais pour cela, il faut d'abord rejeter le dernier plan de sauvetage, et interrompre le paiement de la dette.

Selon Syriza, on peut y arriver tout en restant dans la zone euro. En évitant de prôner une sortie de la zone euro, il s'est attiré le soutien de ceux qu'inquiètent les conséquences d'une telle sortie, et qui pensent que l'euro fait partie intégrante de l'identité européenne de la Grèce. Pour ma part, je pense, comme d'autres économistes, que la Grèce ne pourra pas rester dans la zone euro si elle se lance dans ces mesures. Je pense même que la sortie serait bénéfique pour l'économie à moyen terme, et que c'est ce qui arrivera probablement. Si Syriza veut vraiment contribuer à résoudre la crise, il doit se préparer à cette éventualité.

 Cependant, l'urgence c'est de desserrer l'étau de la dette et de l'austérité. Tant que Syriza se fixe ce but, et que le peuple lui accorde le bénéfice du doute sur l'euro, il peut jouer un rôle positif. Au minimum, il offre une chance à la Grèce d'éviter un désastre complet, qui lui, risquerait de mener à une montée du fascisme.

Les négociations en cours ont peu de chances d'aboutir à la formation d'un gouvernement, surtout si c'est pour continuer à appliquer le plan de sauvetage. Il va sûrement y avoir très bientôt de nouvelles élections, et Syriza a de bonnes chances de vraiment les gagner et de former un gouvernement de coalition avec toutes les forces anti-plan de sauvetage. Mais alors, Syriza doit prendre conscience de ses limites, et vraiment construire le front politique large dont la Grèce a besoin.

 En toutes circonstances, il importe de rechercher l'unité, et d'éviter les rodomontades et la traditionnelle division en groupuscules de la gauche grecque. Syriza a besoin du soutien de toute la gauche s'il veut rassembler assez de forces pour faire face à la tempête qui approche. Il faut aussi qu'il séduise davantage d'experts d'expérience issus de l'ensemble de la société, car il lui en faudra pour grossir ses rangs.

Enfin, si Syriza se retrouve à la tête d'un gouvernement, il aura des soutiens dans toute l'Europe dans sa lutte contre la catastrophe infligée à la Grèce par la crise de la zone euro. La première grande bataille contre l'austérité est sur le point de se livrer en Grèce, et tous les peuples d'Europe ont intérêt à ce qu'on la gagne.


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