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[Live!] Vers de nouvelles élections en Grèce

11 mai 2012

Live ! Politique Société élections Grèce

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Alexis Tsipras

Tsipras a rendu son mandat exploratoire et c'était au tour de Venizelos (PASOK) hier de tenter de former un gouvernement. Kouvelis, après avoir accepté de rejoindre la coalition, a précisé qu'il n'accepterait que si le Syriza participe.

Je partage les derniers évènements d'hier que Mehdi Zaaf a diffusé sur son blog Mediapart :

Kouvelis et son parti, la gauche démocratique (DimAr, utilisons ce sigle pour ne pas nous perdre) ont semble t-il effectué un virage en laissant ouverte la possibilité d'une coopération avec les deux grands partis ND et PASOK. Pour autant, alors qu'il l'avait sous-entendu dans son discours après la rencontre, il a immédiatement précisé aux TV, ainsi que sur Twitter qu'il ne participerait pas à un gouvernement seulement composé de ND et PASOK.

D'après diverses sources, le PASOK et DimAr ont précisé qu'ils considéraient la participation de SyRizA dans le gouvernement comme condition sine qua non à la formation de ce gouvernement.

Ce qu'on peut voir à travers cela, c'est certainement une volonté de destabiliser SyRizA en le plaçant dans une position d'opposition. Pour autant cela apparait quelque peu maladroit. Kouvelis avait en effet déclaré il y a 2 jours qu'il souhaitait, avec Tsipras, une alliance de la gauche, et avait surtout précisé qu'il refusait toute coopération avec les 2 grands partis.

Il est indéniable que c'est SyRizA qui va sortir vainqueur de tout ce jeu politique.

Je partage cette analyse. Les derniers sondages montrent, de plus, que Syriza, en cas de nouvelles élections, serait de loin en tête avec une progression de 10% en moins de 5 jours.

Ce matin, Samaras (Nouvelle Démocratie) a parlé devant ses députés :

- "Nous ne devons pas avoir de nouvelles élections" ;

Non, ce ne serait pas une bonne idée pour Samaras qui perdrait ses 50 sièges de bonus, dans le cas ou Syriza se transforme en parti officiel (car c'est déjà une coalition).

- "Nous souhaitons la meilleure solution mais nous sommes prêts à toute éventualité" ;

- "Il ne faut pas confondre le populisme du PASOK de celui [pire] de Syriza" ;

Samaras accuse le Syriza d'utiliser la même méthode que le PASOK à l'époque des élections de 2009 : "De l'argent, il y en a" avait dit Papandréou avant d'appeler le FMI à la rescousse. Cela semble être la stratégie d'attaque de ND : occulter les propositions de Tsipras en laissant entendre que Syriza souhaite la sortie de la zone euro sans le dire. Pour les partis pro-mémorandum, refuser l'austérité, c'est sortir de la zone euro et de l'Europe. Le spectre de cette sortie de la Grèce revient d'ailleurs encore en force, alors que la crise semblait être derrière nous pour beaucoup d'"experts".

Samaras a précisé ce matin : "Ils sont en train de tenter de former un front de gauche, mais ils devront se heurter au front des grecs européens" :  la sémantique est importante ici, car c'est un signal lancé aux grecs qui sont contre la sortie de l'Europe (la majorité, donc). Mais il semble peu probable que les grecs se laissent abuser par le jeu de ping pong du Leader de la Nouvelle Démocratie.

Ce matin, Venizelos et Samaras se sont rencontrés. La réunion a duré une demi-heure, les dirigeants se sont quittés sans faire des déclaration.

Venizelos devrait rencontrer Tsipras ce soir vers 19h. Celui si serait attendu aujourd'hui en France pour rencontrer Jean Luc Mélanchon.

Dans le cas ou Venizelos ne réussi pas à former un gouvernement et selon la constitution grecque, le président devra réunir les leaders des partis présents au parlement dans le but de former un gouvernement temporaire, même si celui ne sert qu'à orienter le pays vers de nouvelles élections.

Hier, un député de l'Aube dorée a dit à la télévision grecque : "Hitler n'a jamais été jugé par l'histoire". Cet article de to vima montre qu'un policier sur deux a voté pour l'aube dorée.

Et sur cette photo, on peut voir un sigle sur le casque du policier, sous le logo  :

Le président, ancien résistant, invitera-t-il le président de ce parti ?

En parallèle, en Europe, les commentaires sont nombreux. Le ministre des finances allemand a indiqué que l'Europe pouvait s'en sortir sans la Grèce. Un sondage montre que 73% des allemands souhaitent que la Grèce sorte de la zone euro. Barroso a indiqué "J'ai beaucoup de respect pour la démocratie grecque.  Mais je dois aussi respecter les 16 autres parlements qui ont adopté le programme". Daniel Cohn Bendit, hier, a précisé qu'il redoutait un coup d'état en Grèce :

«Il s'agit de donner un signal d'espoir. Si on laisse les Grecs se débrouiller seuls, on risque un coup d'Etat militaire», estime-t-il à propos des menaces d'expulsion de l'euro si les mesures exigées par l'Europe ne sont pas mises en oeuvre. «La chute du niveau de vie sera encore plus dramatique. Personne ne sait comment pourra fonctionner ce pays avec de nouvelles drachmes», déclare-t-il.

Daniel Cohn-Bendit estime qu'il faut trouver «une porte de sortie» en engageant des discussions avec les partis de gauche, y compris les plus radicaux, pour qu'ils respectent leurs engagements et que la Grèce puisse rester dans la zone euro. Un «agenda social» serait mis en oeuvre avant des nouvelles élections, qui sont envisagées en raison du blocage actuel. Il prend en exemple la réunification de l'Allemagne, où l'Ouest a pris en charge les retraites et une bonne partie des prestations sociales de l'est du pays.

La sortie de la Grèce de la zone euro serait dramatique, c'est en fait. Mais devoir rembourser des dettes en partie odieuses et/ou illégales pendant les prochaines décennies ne l'est pas moins. Brader tous ses biens publics en oubliant son peuple non plus. Le syndrome du coup d'Etat est récurrent dès qu'un évènement majeur vient contrarier les plans européens. Néanmoins, même si il n'est pas à exclure, laissons déjà parler la démocratie qui semble en partie être revenue après 2 ans de musellement de la population.

Syriza a choisi la politique la plus sage : celle qui consiste à tenter de combattre le système depuis l'intérieur et de remettre l'humain au centre des débats. Mais l'Europe semble encore une fois refuser d'entendre le message. Pour autant, un sondage montre qu'en connaissant les résultats à l'avance, Syriza aurait terminé premier devant ND avec 23.2% tandis que 62% des 1021 sondés préfèrent un gouvernement de coalition à de nouvelles élections.

Syriza a toutes les cartes en main pour terminer en tête dans le cas de nouvelles élections. Il serait étonnant que Tsipras, déjà surnommé le "Mélanchon grec", rejoigne un gouvernement dans lequel son action serait limitée quand il a cette opportunité de rassembler les forces anti-austérité grecques et européennes, ce qui permettrait de changer l'orientation de la politique européenne.

Extraits de la lettre de Syriza aux dirigeants européens :

« Cette lettre est dans la continuité de celle que je vous ai adressée le 21 février. Le vote du peuple grec dimanche 6 mai, délégitime politiquement le mémorandum de politique économique et financière signé par le précédent gouvernement dirigé par M. Papademos et les responsables des deux partis qui garantissaient la majorité parlementaire de ce gouvernement. Ces parties ont enregistré une perte de 3,5 millions de voix et ne représentent ensemble que 33,5% des suffrages.

Nous vous avions déjà demandé, auparavant, de reconnaître que le mémorandum était déjà délégitimé, au regard de son efficacité économique. Ce n’est pas seulement dû au fait que le mémorandum a échoué à atteindre les objectifs fixés. Mais c’est aussi parce qu’il aéchoué à prendre en compte les déséquilibres structurels de l’économie grecque. Syriza a souligné ces dernières années la faiblesse endogène de l’économie. Tous les gouvernements, en étroite collaboration avec l’Union européenne, ont ignoré nos propositions de réformes.

En raison de la politique imposée par le mémorandum, la Grèce est le seul pays européen en temps de paix, à souffrir en 2012 d’une cinquième année consécutive de profonde récession. De plus, le programme de restructuration de la dette a échoué à assurer une viabilité de long terme de la dette publique, qui ne cesse d’augmenter. L’austérité ne peut en aucun cas être une thérapie pendant une récession. Une inversion immédiate du déclin de notre économie est désormais impérative.

Nous devons de façon urgente assurer une stabilité économique et sociale à notre pays. Pour cette raison, il est de notre devoir de prendre toutes les initiatives politiques possibles pour mettre un terme à l’austérité et à la récession. Au-delà de l’absence de légitimité démocratique, le maintien de ce programme de dévaluation interne conduit l’économie à la catastrophe, sans créer les conditions d’une reprise ultérieure. Une dévaluation interne tend à conduire à une crise humanitaire.

Pour ces raisons, il est de notre devoir de réexaminer l’ensemble de la stratégie existante, celle-ci ne menaçant pas seulement la cohésion sociale et la stabilité en Grèce, mais constituant une source d’instabilité pour l’ensemble de l’Union européenne.

L’avenir commun des peuples européens est sous la menace de ses choix désastreux. Notre conviction profonde est que le problème de cette crise est européen, et donc c’est au niveau européen que la solution doit être trouvée. »

11 Mai 2012 – 15:50

Démarrage d'un mode live, les informations semblent s'accélérer. Comme d'habitude, l'heure est à l'heure grecque, sauf précision.

Rien ne va plus au PASOK : Venizelos semble avoir demandé et obtenu la démission de certains membres de son conseil politique.

Le président Papoulias a demandé à recevoir L. Papademos. L'entretien, prévu à 16h devrait démarrer d'ici quelques minutes. Le président va-t-il lui demander de poursuivre son mandat ?

11 Mai 2012 – 15:55

La TV Net rapporte que Papademos pourrait faire un état de lieux au président sur les questions politiques, économiques et étrangère nécessitant un traitement immédiat.

La bourse d'Athènes à son plus bas niveau depuis 1992. 

Venizelos informera le président Papoulias demain sur la tentative de formation d'un gouvernement.

11 Mai 2012 – 16:20

En marge de ce sujet Bloomberg se fait l'écho que la perte de 2 milliards de dollars de JPMorgan pourrait n'être que la partie visible de l'iceberg.

11 Mai 2012 – 17:20

Venizelos dissout le comité interne du parti. "On repart à 0". Grosse crise interne au PASOK. Sommes nous en train d'assister à la fin du parti historique ?

Venizelos aurait indiqué : "Tout va changer au PASOK, excepté le nom, le logo et l'héritage d'Andréas Papandréou".

11 Mai 2012 – 17:30

Selon plusieurs sources, L. Papademos aurait refusé de rester Premier ministre dans le cas de nouvelles élections. Selon la TV publique, ils ont parlé de politique étrangère et des problèmes financiers.

11 Mai 2012 – 19:15

Dernières tractations en cours pour tenter de former un gouvernement : Venizelos en discussion avec Tsipras.

11 Mai 2012 – 20:00

Fin de la rencontre entre Venizelos et Tsipras. Les médias rapportent un échec dans les discussions. il semble que Venizelos rendra son mandat demain en début d'après-midi.

11 Mai 2012 – 20:12

Tsipras fait une annonce : "Ce n'est pas Syriza qui refuse le plan [de Venizelos]. Ce rejet est venu du peuple dimanche dernier"

"Venizelos insiste pour nous inclure dans un gouvernement pro-austérité. Nous ne pouvons accepter".

"Je veux répondre à Mr Samaras qui nous traite de manière fâcheuse de parti anti-euro : la politique que propose son parti est la même que celle des partis de Merkel et de Sarkozy, ce que nous ne pouvons accepter."

En résumé, Tsipras refuse de servir d'alibi à un gouvernement qui poursuivrait l'austérité.

11 Mai 2012 – 20:25

Tsipras ne lâche rien et montre encore une fois son talent et sa carrure politique. Il semble bien que nous aurons droit à de nouvelles élections !

[En marge : des membres de l'Aube dorée ont fait des contrôles d'identité à des enfants à Salonnique, dans le quartier de Toumba, pour vérifier s'ils étaient grecs.]

11 Mai 2012 – 20:30

Venizelos a fait une déclaration, en direction de Tsipras :
"Une augmentation des votants implique de plus grandes responsabilités."
"Nous avons des sujets communs et nous pouvons créer un gouvernement avec ND et DIMAR"
"J'espère que lorsque nous verrons le président demain nous penseront avec plus de responsabilités"

Edit 12 mai 2012 - 10:30 : vidéo de Athens News sur les déclarations de Vénozelos et de Tsipras :

Sous couvert d'accuser Tsipras de refuser la coalition, ND et le PASOK sont déjà dans la campagne électorale à venir, en n'hésitant pas à le qualifier d'immature ou dans la peur de gouverner. Venizelos à d'ailleurs qualifié Tsipras d'"arrogant".

Finalement, ce qui semblait évident en début de semaine se confirme : aucun gouvernement ne peut voir le jour. Prochaine étape : la rencontre avec le président pour une dernière tentative. Celle ci pourrait réunir ND, le PASOK et DIMAR, avec le risque de ne pas avoir de stabilité gouvernementale puisque l’opposition sera renforcée. Ou bien ... programmer de nouvelles élections.

La suite demain !