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Quoi de neuf en Grèce ?

6 mai 2012

Billet d'Humeur Grèce

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Greek-Passion-WeekRetour en Grèce et premier constat : l'été est déjà arrivé. 30°c à Athènes ces derniers jours (~18°C la nuit). Bonne nouvelle : aucun commerce n'a fermé dans le quartier ces quatres derniers mois. Un nouveau petit magasin a même ouvert. Il propose des produits du terroir grec à prix abordable.

J'ai eu l'occasion de discuter des changements et parler ... politique. Tous les sujets tournent autour des élections. Des élections grecques et françaises.

Car la finale Hollande/Sarkozy est fortement commentée :

"Si Sarkozy passe, la Grèce est morte, avec Hollande, nous avons peut-être encore une chance".

"C'est vraiment dommage que Mélanchon ne soit pas passé, les français n'ont semble-t-il pas compris la gravité de la situation et les profonds changements qui doivent s'opérer. Avec Mélanchon, il aurait été possible de créer un mouvement européen de lutte. Espérons que Hollande passe, il semble avoir détruit Sarkozy pendant le débat. Esperons qu'il ne vous fasse pas le coup de Papandréou".

Des changements s'opèrent :

"Je vote PASOK depuis 30 ans. Cette année, je vote Syriza. Et toute ma famille avec."

Tous les grecs reçoivent des sms. Pas dizaine. Des différents partis et députés : "Voter pour nous, nous vous sauverons". Même type de message laconique de tous les partis en recherche de votes. Car il semble bien que pour la première fois, les choses pourraient changer. L'habituel combat entre le PASOK et Nouvelle Démocratie ne semble pas certain. Syriza semble obtenir de plus en plus de soutien et arriverait 2ème après Nouvelle démocratie. Certains sondages mettent même Syriza en première place. Mauvaise nouvelle, l'aube dorée, ce "parti" néo-nazi monte dans les sondages et entrerait au parlement.

Les meetings se sont accélérés. Avant-hier, place Syntagma, Venizelos tenait son meeting pour le PASOK devant une foule compacte. Avec quelques commentaires :

-"Comment peut-il y avoir autant de monde aux meetings de Nouvelle Démocratie et du PASOK ? Les gens n'ont rien compris ?".

Ce qui semble déjà certain, c'est qu'aucun parti ne sera en mesure de gouverner seul. Il faudra donc un gouvernement de coalition. Si une coalition voit le jour, il semble bien qu'elle ne serait pas apte à prendre des décisions. Et beaucoup disent déjà que de nouvelles élections devront être programmées. Car entre temps, des nouvelles mesures d'austérité devront être votées en juin pour économiser encore quelques milliards supplémentaires sur le dos des citoyens. De nouvelles émeutes sont à prévoir...

Une amie, payée 445€ par mois depuis le mois de mars :

- "Je travaille depuis plus de 10 ans et j'ai toujours payé mes impots, cherché un travail légal et refusé tout travail non assuré. Mon employeur actuel ne peut pas licencier car il reçoit des aides de l'Etat. Alors ils ont réduit mon salaire (de 800€ à 560€ en novembre, puis 445€ depuis mars) et ils m'ont proposé de travailler dans un autre magasin, bien plus loin de chez moi. Une grève, une seule, et je me retrouve à devoir payer 40€ de taxi pour aller travailler. J'ai décidé de démissionner. Leur stratégie est simple : forcer les salariés à démissionner pour continuer à recevoir les aides. Et embaucher au salaire minimum bien sûr. Désormais, je m'en fous. J'ai appris tellement de choses que si je dois travailler au noir, je m'en fiche. L'Etat nous prend tout sans rien nous donner en retour. J'ai trouvé un emploi sur une île pour la saison. 10h par jour sans un seul jour de congé pendant toute la saison [4 mois]. Mais je serai payée 900€/1000€ et je serai logée. Cela me permettra de tenir jusqu'à l'hiver prochain et je verrai ensuite."

Car en Grèce, encore aujourd'hui, les inégalités sont immenses. D'une source qui souhaite garder l'anonymat, j'apprends qu'une personnalité publique très connue en Grèce déclarerait 6000€ de revenus par an. Le reste de son patrimoine est hébergé à Chypre ou dans d'autres paradis fiscaux. Et bien sûr il n'est pas le seul à avoir des très hauts revenus et à déclarer moins que bon nombres de grecs qui payents leurs impôts. Hier, en passant devant le bâtiment principal de la police, pas très loin du stade du Panathinaikos je me suis rendu compte qu'en face se trouve la banque nationale de Chypre. Triste signal...

Une entrepreneuse :

-"J'ai toujours tout déclaré. Toujours. Toutes mes factures. Désormais, je vais passer le cap. Je vais déclarer la moitié. Il y a tellement de taxes et de nouveaux impots. Aucun réel service en retour. Ils annoncent déjà des nouvelles mesures d'austérité en juin. Ils nous prennent déjà tout !".

Les mesures d'austérité ont donc l'effet pervers qui était pourtant prévisible : il force les citoyens honnêtes à trouver des nouvelles solutions pour ... survivre. Avec ou sans l'Etat. Plutôt sans d'ailleurs.

L'autre sujet de discussion concerne le nouveau scandale grec : une prostituée séropositive a été arrêtée et les autorités ont publié sa photo en demandant d'appeller en cas de relation avec elle, pour que ses clients passent un test HIV. 1500 personnes auraient appelé. Si la prostitution est légale en Grèce, elle nécessite une attestation qui garantie l'absence de maladies sexuellement transmissibles. Chaque prostituée doit normalement faire des tests très réguliers. L'Etat est censé faire des contrôles. Ceux ci ont commencé ... il y a quelques jours, après les révélations. Et une quinzaine de prostituées seraient aujourd'hui dans le même cas.

Autre thème des élections : l'immigration. Le premier centre de rétention à ouvert cette semaine. Il semble que le quartier d'Omonia ait été "nettoyé" :

-" Je suis passé récemment vers Omonia. Je n'ai pas vu de migrants ni de toxicomanes. C'était assez surréaliste".

Comme pour les jeux olympiques qui avaient provoqué un rammassage en règle de tous les chiens errants, il semble que la même méthode s'applique désormais pour des ... humains.

Elections et tourisme : il faut montrer patte blanche...