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L'émotion immense de la population en Grèce après le drame

5 avril 2012

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Des personnes se rassemblent encore ce matin autour du lieu du drame d'hier. Preuve que l'émotion est immense en Grèce. Ce n'était pas le premier suicide, mais sans doute celui qui marquera l'opinion public comme le résultat primaire de l'austérité. Car le suicide en Grèce, pays majoritairement orthodoxe, est très mal vu. Beaucoup de suicides avaient d'ailleurs été maquillés pour permettre une inhumation dans les règles de cette croyance.

Mais Dimitris Christoulas en a décidé autrement. Sans doute par désespoir. Sans doute pour faire passer son message. Un message de colère de voir son pays et ses enfants enfermés dans le diktat de la troïka et de ce gouvernement.  Un message de désespoir.

Quand un vieillard s'éteint, c'est une bibliothèque qui brûle. J'ai toujours le souvenir de cette phrase sans m'en rappeler son origine. Un vieil homme qui décide de lui même d'éteindre sa flamme intérieur de cette manière, c'est un drame national. Un drame et la preuve abjecte que cette crise qu'on voudrait mettre sur le dos d'une population n'est pas qu'une question de chiffres et de comptes bancaires. Des vies humaines sont en jeu. Nombreuses. Et à l'heure même où le secours populaire pose ses valises en Grèce pour aider les plus faibles, nous ne pouvons plus nier que le drame qui se joue ne doit plus se borner à la sauvegarde unique des intérêt bancaires des plus favorisés.

Peu importe le prix, il n'est pas tolérable que la population subisse les politiques de leurs gouvernements oligarques et/ou incapables . Il n'est pas acceptable de détruire des acquis sociaux, d'imposer le désespoir comme sentiment de normalité. De ne penser que chiffres quand des vies sont en jeu.

De voir mourir ses pères.

Aujourd'hui encore, la population revient sur les lieux du drame :

Ce matin, place Syntagma

Ce matin, place Syntagma (via @mkhalili)

Ce matin, place Syntagma

Ce matin, place Syntagma (via @mkhalili)

Des messages laissés par des citoyens grecs

Des messages laissés par des citoyens grecs (via @CaptainSands)

En anglais : "Fier combattant Dimitri, les porcs du parlement vont sentir le message de ton sacrifice très bientôt et très très durement. Sois-en sur..."

En grec : "Votre gouvernement pue le sang et les lacrymogènes"

Et ce soir de nouveau, un appel est lancé à la population via les réseaux sociaux pour venir se recueillir et manifester place Syntagma.

Pour terminer, le commentaire de la fille de Dimitris Christoulas :

La note manuscrite de mon père ne laissait aucune place à une mauvaise interprétation. Il a été un militant de gauche tout au long de sa vie, un visionnaire désintéressé.

Cet acte spécifique de sa fin est un acte politique conscient, tout à fait compatible avec ses croyances et les actions du cours de sa vie. (...)

Pour certains, pour "les enfants têtus de la chimère», dans une telle situation, le suicide semble être l'acte évident, non pas comme une escapade, mais comme un cri de réveil.

Pour cette raison, il (le suicide) prend un autre sens, la signification de cette chanson que nous avons chanté la première fois ensemble, lors du concert de notre Mikis (Theodorakis) bien-aimé, en 1975, la chanson que nous chantions toujours à nos propres célébrations et pour notre propre mort ... Allez dormir père et je me dirige vers mes frères et sœurs avec votre voix.

C'est la seule chose dont vous rêviez pour les jeunes et je pense que vous l'avez accompli. Sur le site où vous êtes parti, il y a une note d'un jeune homme: "Le nom du mort aujourd'hui est démocratie ... Mais 11 millions d'entre nous sont encore en vie et notre nom est résistance ".