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Fête nationale à Athènes : sur invitation et sans orange amère

22 mars 2012

Politique Société Athènes Fête nationale Grèce indépendance Syntagma

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Chaque 25 mars, en Grèce, la fête de l'indépendance rassemble toute la population autour des défilés, en souvenir de la guerre d'indépendance contre l'empire ottoman. Des étudiants aux militaires en passant par les invalides et les anciens combattants : tous défilent. En Grèce, on fête le début de la délivrance, pas la fin : le réveil de la résistance est ainsi mis en avant. Lors de la dernière fête nationale, le jour du non, l'orientation prise par les parades n'a pas vraiment rassuré la classe politique ni le président grec sur la confiance de la population envers sa classe dominante. Le président obligé de s'enfuir devant la colère des citoyens, cela reste dans les mémoires, mais peu de médias en ont vraiment parlé, malgré l'impact majeur de ce 28 octobre 2011. Ce jour du non s'est  transformé en jour du non envers cette classe politique si critiquée (à juste titre, d'ailleurs).

Et un nouveau mordorandum est passé par là, puis une nouvelles manifestation monstre dont les médias n'ont rapporté que les images chocs et les incendies, sans prendre vraiment la peine de préciser que plusieurs centaines de milliers de grecs attendaient de pouvoir rejoindre la place Syntagma aux alentours du parlement. C'est vrai que dire que pas loin (plus ?) de  10% de la population manifestait en Grèce n'est plus très vendeur. D'autant qu'il faudrait préciser que la police anti-émeute a encore gazé et maltraité sa population - bien à l'abri des caméras qui, elles, attendaient la "bataille d'Athènes" dans les hauteurs de l'hôtel Grande Bretagne, place Syntagma. La encore, les images sont plus sombres, moins sexy que les flammes, sans doute. Et puis c'est moins instantané que des images de flammes, cela demande un peu de recherche et d'entretiens avec ceux qui étaient dans les manifestations (voir ce témoignage pour Okeanews, ou celui-ci et celui-la (en grec)).

Ce 25 mars 2012, la population grecque risque d'avoir bien du mal pour retrouver son indépendance face à la troïka et à ses sujets biens placés (le nouveau ministre des finances, Mr Philippos Sachnidis, doctorat en économie à Manchester et ancien banquier, est arrivé en même temps que Lucas Papademos). Les jets de yaourt sur les personnages politiques se sont faits plus intenses ces derniers temps. Même E. Venizelos, nouveau chef du PASOK et démissionnaire du ministère des finances, élu dimanche dernier sans concurrence d'ailleurs, s'était retrouvé éclaboussé -mais pas blanchi-  de yaourt par un retraité de 71 ans, pourtant de la même famille politique.  Le yaourt devient une arme aux yeux de certains...

D'ailleurs, les policiers vérifieront dès samedi si les citoyens transportent du matériel suspect, comme des œufs, du yaourt et des tomates . "Apparemment, les manifestants socialement motivés" seront détenus de manière préventive s'ils portent ce genre de «munitions». Casse croûte interdit place Syntagma ce week end. Pas de tzatziki, yaourt oblige. Pas de salade grecque non plus. ? Ni de souvlaki ? Environ 7000 policiers seront déployés à Athènes pour protéger les politiciens qui souhaitent participer à la parade militaire.

KeepTalkingGreece :

"selon les plans de la police grecque, en face de la tribune VIP, en face du monument du soldat inconnu et du parlement grec, seuls les journalistes accrédités seront autorisés à être présents. La place Syntagma sera bouclée et vide de gens. Les spectateurs devront  à se rassembler dans d'autres parties du centre-ville pour assister au défilé!

Les escadrons de la police anti-émeute, armés de gaz lacrymogènes, des matraques et des grenades assourdissantes, seront dans les différents lieux de regroupement pour «lutter» contre tout fauteur de troubles.

(...)

Pour la première fois, les invalides de guerre et les vétérans ne participeront pas aux défilés "afin de protester contre les mesures d'austérité du gouvernement, des mesures qui appauvrissent les gens" a déclaré leur association dans un communiqué.

Beaucoup de grecs savent encore très bien à quoi correspond la "lutte contre les fauteurs de troubles" de la MAT : taper sur tout ce qui bouge sans distinction, hommes, femmes, enfants, vieillards, handicapés. Pas de différence. Juste cette petite vidéo de juin 2011 pour se le rappeler :

Skai aurait indiqué que des plans sont prévus pour évacuer les politiciens en cas de troubles ou d'émeutes. Certaines municipalités ne savent pas encore si elle annuleront les évènements. A Athènes, les munitions sont retirées des étals : tous les orangers autour du parlement ont été allégés de leurs fruits qui, amers, n'ont pas vraiment la saveur permettant de faire un jus bien frais. Mais ces oranges semblent inquiéter les autorités. Les munitions préférées des manifestants seront donc absentes cette année. Leur jus piquant aussi. Signe de l'inquiétude très forte des autorités face à la gronde et au désespoir populaire.

Une fête nationale bien étrange se prépare en Grèce. Étrange et inquiétante. KeepTalkingGreece le précise d'ailleurs : "Une journée nationale de défilés sous la garde de la police anti-émeute? Ces préparatifs ne sont pas ceux  de défilés de commémoration de l'indépendance de la Grèce face à l'occupation turque. Ils me semblent plus être des préparatifs de guerre ...."

Une partie de l'histoire va se poursuivre dimanche. Pour le pire ou pour le meilleur. Et Okeanews sera en mode "live" pour cette occasion :  ici le samedi  et ici le dimanche.