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Μπορούμε (Boroumé) - "Nous Pouvons" : la solidarité en marche en Grèce

15 mars 2012

Alternatives Environnement Société crise Grèce résistance solidarité

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Elles sont désormais estimées à 400 000 personnes, qui, victimes de la crise, vont chaque jour trouver un repas à la soupe populaire, soit 3.6% de la population grecque. Et une nouvelle solidarité a émergée depuis le début de la crise. Une société très fortement repliée sur cette idée de s'occuper d'abord de soi et de son propre avenir est-elle en train de changer ?

Avec la révolution des patates, mouvement très récent et en expansion très rapide dans toute la Grèce (des municipalités s'y mettent désormais), on peut déjà apercevoir une nouvelle forme d'économie : celle qui consiste à supprimer les marges des intermédiaires et des grandes surfaces pour fournir directement la population à prix coûtant.  Une manière équitable de s'en sortir : la population peut retrouver des produits grecs dans leurs assiettes pour un coût modique et les producteurs ne perdent pas leur production que les intermédiaires souhaitent acheter au prix du marché "mondial", moins cher donc que le coût de "fabrication". Et ce mouvement ne semble pas prêt de s'arrêter : on parle désormais d'huile d'olive, de riz, de lentilles. La saison des fruits et légumes va sans-doute suivre le même chemin. Espérons que la population pourra enfin retrouver la savoureuse tomate grecque dans sa salade cette année pour un prix attractif. Les perdants de l'histoire ? Les grossistes et les supermarchés. Peu importe, la situation ne semble pas permettre de trop se préoccuper de leurs situations (et ils sont bien gavés au passage depuis des années). Et au pire, ils seront contraints de baisser leurs prix, ce qui sera positif pour la population.

Carte de la révolution des patates en Grèce, que vous pouvez voir évoluer ici (en plus d'autres actions grecques):

Food Movement

Food Movement - la révolution des patates

Ekathimerini revient sur l'importation des produits en Grèce :

en 2011 la Grèce a importé 5650 tonnes d'oranges (soit une valeur de 3 millions d'euros »), 29 485 tonnes de citrons (19 millions d'euros), 22 704 tonnes de pommes (18 millions de d'euros) et 174 352 tonnes de pommes de terre (77 millions d'euros). En ce qui concerne les importations de viande, le pays a dépensé 382 millions d'euros pour la viande bovine, 354 millions d'euros pour le porc, et 39 millions d'euros pour l'agneau et de chèvre. Et 348 millions d'euros pour les poissons. 

En ce qui concerne la viande et le poisson, de nombreux grossistes les ont étiqueté comme venant de grèce, afin de renforcer leur attrait pour le consommateur, alors qu'ils sont souvent vendus à deux ou même trois fois le prix auquel ils ont été achetés. Une solution facile pour réduire le coût serait de réduire les intermédiaires qui vendent des produits de l'étranger moins chers, mais c'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire. La raison principale est le comportement du consommateur: nous voulons avoir tous les produits toute l'année, indépendamment du fait que c'est la saison ou non.

Un changement de comportement est donc nécessaire. La crise pourrait l'imposer et le rendre plus rapide que dans nos contrées françaises et la percée du mouvement des AMAP. C'est en tout cas un espoir de voir émerger une autre manière de consommer.

Et l'augmentation de la pauvreté a provoqué une autre solidarité. Le mouvement Boroumé ("Nous pouvons"), partie de l'idée simple que le pain jeté en fin de journée par les restaurants pourrait servir aux plus faibles est également en train de faire des émules. Né en mai 2011 et en plein développement, ce mouvement  propose de faire le lien entre les restaurants, boulangeries hôtels et autres enseignes et les associations qui distribuent de la nourriture. L'idée est simple : permettre de redistribuer les invendus gratuitement. Quand on sait qu'une boulangerie peut avoir 30kg d'invendus de pains par jour, le potentiel est énorme ! Pour plus d'info sur Boroumé, je vous conseille la lecture de cet article du Guardian, comme d'habitude à la pointe de l'actualité grecque !

Et cette solidarité naît aussi dans l'éducation, avec Tutorpol qui propose des cours gratuits pris en charge par des bénévoles. Ils sont 500 bénévoles à ce jour et les propositions d'aide affluent. Une autre éducation est-elle en marche ?

Sans compter les monnaies complémentaires qui naissent à droite et à gauche, les échanges de services ou le troc. La vie s'organise. Se ré-organise. S'oriente. Pas forcement dans la meilleure direction pour ce qui concerne la levée d’impôts et de taxes, puisque ces activités ne rapporteront rien à l'Etat. Mais dans un pays dans lequel l'Etat est fortement critiqué, où tous les avantages sociaux sont en perdition, où les aides pour la santé sont en train de s'effondrer, l'action solidaire devient une arme.

Une arme symbolique pour certains.

Une bonne dose d'espoir pour d'autres.

Et je choisis l'espoir !