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Mémorandum, Mordorandum : allocation chômage, prise d'otage et ... scandale européen ?

1 mars 2012

Economie Politique Société BCE chomage Europe FMI Grèce mémorandum Mordorandum retraite scandale UE

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[singlepic id=27 w=320 h=240 float=left]Deuxième effet Mémorandum : après la baisse de 22% des salaires, activée aujourd'hui,  le 12 mars prochain, 290 000 personnes sans emploi -et ayant cotisé- vont voir leur allocation baisser de 22% pour arriver à un montant ridicule de 359€ par mois. Le prix d'un T2 à Athènes. Le gouvernement grec s'empresse donc de montrer patte blanche à la troïka en faisant preuve de "bonne volonté". 359€. Et pour 12 mois maximum, même après des décennies de cotisation et quelque soit le salaire précédent le licenciement. Les milieux et fins de mois étaient déjà difficile, je crains le pire pour ces centaines de milliers de personnes, qui vont venir s'ajouter aux centaines de milliers d'autres qui ne touchent déjà plus les allocations.

En attendant, un chômeur de 52 ans, licencié en septembre et à qui l'entreprise de Komotini doit plusieurs mois de salaire est entré aujourd'hui dans son ancienne usine avec son fusil et a tiré plusieurs fois. Le propriétaire de l'usine, un travailleur d'origine Bulgare et un policier ont été blessés. Un escadron de la police spéciale de Thessalonique s'est rendu à Komotini et un négociateur tente de convaincre l'homme de se rendre. Dans un premier temps l'homme avait également pris en otage certains travailleurs, mais les a libéré un peu plus tard. Il tient actuellement au moins deux otages de la direction de l'usine. [edit du 2/03/2012 : fin de la prise d'otage cette nuit, l'homme s'est rendu, voir ici.]

Le désespoir frappe malheureusement à toutes les portes. J'ai reçu le mail d'une amie la nuit dernière, vers 2 heures du matin, qui n'arrivait plus à dormir depuis qu'elle a appris que son salaire va passer à 445€ par mois  à partir du 1 mars 2012, aujourd'hui donc. Après une première baisse à 560€ il y a 2 mois qui lui avait ôté de l'idée d'une semaine de vacances pour l'année 2011. L'entreprise dans laquelle elle travailler applique la règle de la réduction de 22% du salaire. Sauf que son salaire devient inférieur au salaire minimum pour les jeunes, ... qu'elle a 32 ans et qu'elle travaille -dur- depuis 10 ans. Son mail s'intitulait : "Les rêves ne sont pas autorisés en Grèce". Non, malgré les efforts fournis, après les sacrifices -incroyables- déjà réalisés par la population, il n'est plus possible de rêver en Grèce. Toujours plus d'austérité, moins d'éducation, moins de santé, moins de possibilité de voir un avenir positivement. Moins de vie.

Moins de vie et un nouveau scandale à venir ? Les deux premiers mémorandum violent la loi grecque, de plus en plus d'analystes le démontrent. Mais que dire de cette nouvelle information, qui, si elle s'avère exacte (ce qui ne me surprendrait pas plus que cela) serait la bombe européenne des 3 dernières années :  le gouvernement de Georges Papandréou aurait invité l'Elstat, l'institut statistique grec, à surestimer le déficit 2009 pour mieux faire passer les réformes auprès du peuple grec, voir ici

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Extrait :

(...)

Le procureur d'Athèmes, Grigoris Peponis, a obtenu jeudi de la Vouli, le parlement grec, une commission parlementaire d'enquête concernant le niveau du déficit public hellénique en 2009.

L'affaire a débuté en septembre dernier lorsqu'une employée de l'Elstat, Zoé Gorganta, a révélé que le chiffre du déficit public de 2009 avait été gonflé artificiellement lors de sa révision à la hausse en novembre 2010 de 13,6 % à 15,4 % du PIB. Selon cette employée, qui a été immédiatement licenciée, ces chiffres auraient été aggravés à dessein afin que le déficit grec dépassât celui de l'Irlande, devînt ainsi un record dans la zone euro et pût faciliter dans les esprits grecs l'acceptation des mesures d'austérité douloureuses proposées par le gouvernement.

Responsabilités politiques

Derrière ces accusations se glissent évidemment les figures du premier ministre socialiste de l'époque, Georges Papandréou et de son ministre des Finances d'alors Georges Papakonstantinou. La responsabilité des ministres devra du reste être une des principales questions auxquelles devra répondre la commission d'enquête parlementaire. Mais la question de la responsabilité européenne ne manquerait pas de se poser. L'Elstat a été fondée en août 2010 sur le modèle des autres instituts statistiques européens. Son principal critère a été l'indépendance du pouvoir politique afin que ne se reproduise pas les « trucages » de comptes qui avaient permis entre 2000 et 2004 au pays d'entrer sans difficultés dans la zone euro. Eurostat, du reste, a validé la correction de novembre 2010 sans broncher.

(...)

La commission parlementaire devra donc déterminer s'il y a eu falsification ou s'il s'agit encore d'une « théorie du complot » sans fondement. Il est à souhaiter qu'elle puisse agir en toute indépendance dans un climat politique grec lourd, malgré le gouvernement « d'union nationale » de Lukas Papadémos. Cette affaire a ainsi été l'occasion de plusieurs passes d'armes entre la Nouvelle Démocratie, accusée d'avoir falsifiée les comptes de 2000 à 2004, et le Pasok de Georges Papandréou. Si cependant il s'avère que ces accusations étaient fondées, le rôle de l'Union européenne en Grèce prendrait alors une couleur bien trouble. Et son engagement sur place pour "contrôler" les comptes grecs, décidé mardi dernier, une certaine saveur.

La couleur du rôle de l'Union européenne était déjà loin d'être rose bonbon. Georges Papandréou et Georges Papakonstantinou se sont empressés, à l'époque, de signer le premier mordorandum sans trop se préoccuper de la constitution grecque, pendant que la foule des indignés étaient gazés place du parlement. Personne n'a bronché au parlement européen...

Et si tout cela était le début d'un retour de gifle -bien- mérité, l'espoir d'un scandale de grande ampleur qui pourrait changer bien des choses ? Car beaucoup se posent la question depuis le début sur la manière dont tous ces plans d'austérité ont été mis en place.

Trop rapides, trop "ambitieux", non démocratiques et trop ... calculés ?