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Entretien avec Mikis Theodorakis, Athens News [Traduction]

19 février 2012

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Mikis Theodorakis s'adresse aux manifestant prendant une manifestation contre les nouvelles mesures d'austérité, devant l'Université d'Athènes.
Mikis Theodorakis s'adresse aux manifestants prendant une manifestation contre les nouvelles mesures d'austérité, devant l'Université d'Athènes. REUTERS/John Kolesidis

Traduction d'un entretien entre Mikis Theodorakis et Athens News daté du 19/02/2012 et disponible ici en "vo" :

Athens News : Pourquoi considérez-vous le vote du programme d'austérité comme une trahison ?

Mikis Theodorakis: En 2009, la Grèce était à un niveau de, disons, 100. En deux ans, la troïka, le FMI et notre gouvernement nous a conduit à Ground Zero, ce que le premier ministre [Lucas] Papademos a concédé. Personne ne se demande pourquoi le pays se dirige vers le chaos, même si on nous dit de temps en temps que les Européens nous ont envoyé des dizaines de milliards d'euros ? Où va cet argent ? Il va directement à nos créanciers, tandis que l'état se surcharge avec une nouvelle dette et le paiement des intérêts. C'est comme cela que la dette a augmenté à 160% du PIB, et avec le nouveau paquet de 130 milliards d' euro elle augmente à 180%. Cela est sans précédent, et cela signifie que nous seront pieds et poings liés sur le pieu de la dette et de l'intérêt pour les 150 prochaines années. De quel droit les partis qui représentent une minorité (les sondages donnent le Pasok à 6% et la Nouvelle Démocratie à 20%) décident de l'avenir de la Grèce pour les 100 prochaines années?

Quelles ont été vos pensées quand vous avez entendu le débat parlementaire sur le plan de sauvetage?

Je ne suis pas intéressé par un parlement qui représente une minorité de la nation - ils totalisent moins de 50% de l'électorat combiné. D'un point de vue constitutionnel, les parlement est illégal parce qu'il prépare un coup, tout comme les membres de la junte.

Pensez vous qu'un défaut désordonnée serait mieux pour les classes moyennes et les plus pauvres que le plan de sauvetage?

Comment peut-on parler de défaut de paiement dans le futur quand nous sommes déjà dans un état de faillite absolue - où 423.000 entreprises ont fermé leurs portes et quand le taux de chômage est supérieur à 20%. Ne voyez-vous pas les gens chercher dans les poubelles et dormir sur les trottoirs ? Ceux qui nous ont conduit à la faillite consciemment - la troïka et le gouvernement - clament maintenant qu'ils veulent nous sauver de la faillite. C'est incroyable ! Avec le nouveau protocole, ils ont légitimé le premier (2010), qui n'a pas pourtant pas reçu une majorité des trois cinquièmes [nécessaire pour céder leur souveraineté]. Le professeur de droit Yiorgos Kasimatis a fait valoir que même 300 députés ne peuvent pas négocier notre intégrité nationale (akeraiotita). Tous les actes d'exécution du mémorandum sont donc illégaux. La troïka, le gouvernement et tous les politiciens qui ont pris de telles décisions sont illégitimes. Vous pouvez être sûr qu'un jour, ils seront jugés et punis.

Est-ce que seule l'aile gauche peut renverser le mémorandum?

Non, pas seulement la gauche. Mais le peuple tout entier le peut - de la gauche vers la droite patriotique. La patrie. La Grèce. Unis comme un poing, un jour, nous évinceront les gouvernements indignes, la troïka et le couple Merkel-Sarkozy.

La Grèce est riche. Nos citoyens sont des travailleurs acharnés. De quoi manquons-nous ? Nous manquons essentiellement de l'indépendance nationale. Depuis la fin de la guerre civile, depuis 1950, toutes les grandes questions - la diplomatie, la défense, l'économie et la politique - ont été décidées par les Américains. Quels sont les partis qui ont gouverné la Grèce? Les partis qui ont la bénédiction des États-Unis et ont juré de garder l'aile gauche dans un coin. Pourtant, aujourd'hui, la gauche patriotique commence à se réveiller. Ce sont ces forces qui ont sauvé la Grèce des nazis, qui ont combattu les premiers la junte et finalement rapporté la démocratie. Sur ce point, je suis en mesure de connaître la vérité cachée.

Comme pour les deux partis [de la Nouvelle Démocratie et du PASOK] qui ont gouverné la Grèce, ils nous ont laissé des emprunts excessifs, de la corruption, l'assujettissement au FMI en 2010, et, à partir de là, à la catastrophe. C'est le point de vue des gens, qui punissent de Pasok et [l'ancien premier ministre] George [Papandreou], qui est passé de 44% dans les élections de 2009 à 6% dans les sondages aujourd'hui. Les gens commencent à comprendre, à se réveiller et à protester.

Qui est à blâmer pour la crise - les Grecs, les Allemands avec leur modèle d'austérité ou les marchés tout-puissants?

La seule crise est celle du capitalisme international, qui comprend la mafia internationale et les géants du capital financier - de l'argent virtuel. Le capital financier a apparemment suborné le leadership européen d'aujourd'hui, qui ne se rend pas compte qu'il met un noeud autour de son propre cou. Aujourd'hui, le leadership européen menace et agit comme un prédateur. Demain, ils [l'ensemble de l'Europe] seront les victimes, tout comme nous.

Où est l'orientation politique après l'expulsion de dizaines de députés du PASOK et de la ND?

Après le Pasok de 6% dans les sondages, ND va certainement subir le même déclin[note okeanos : les derniers chiffres le démontrent]. Il peut y avoir de nouveaux partis, mais ce sont les mêmes personnes avec la même mentalité, les gens qui acceptent notre dépendance nationale et la présence d'un gouvernement essentiellement d'origine étrangère. Le système politique actuel est comme un train sur des rails mis en place par des étrangers, qui nous mènent là où ils veulent aller. Quelle différence cela fait-il si les wagons du train sont remplis avec de nouveaux partis? Que se passe-t-il si on change le conducteur-premier ministre ? Le train ne peut aller ni à droite, ni à gauche. Il n'y a pas de volant. La vitesse et les freins sont déterminés par des étrangers. Aujourd'hui, ils nous poussent vers le chaos absolu. La seule solution est de couper les rails et de les remplacer par les nôtres, dans le sens décidé par le peuple grec, si à un moment donné, il a le pouvoir de prendre son destin dans ses propres mains.

Pourquoi n'avez-vous pas été en mesure d'unir les gens dans un front anti-mémorandum? Votre nouvelle organisation Ellada n'est-elle pas conçu pour faire cela?

Manolis Glezos et moi avons appelé le peuple à inonder Athènes en signe de protestation, et ils l'ont fait. Il y avait des centaines de milliers de personnes. Dans la terreur, le pouvoir de l'Etat a pulvérisé des gaz toxiques directement sur nous, pour nous tuer. Glezos s'est évanouit et est tombé. Dans un premier temps, j'ai vu Charon (la mort) de mes propres yeux, car je ne pouvais pas respirer. J'ai récupéré et je suis retourné à mon poste[okeanos : on notera un signe des temps, de résistance en temps de guerre], en face du parlement gardé par la police anti-émeute. J'ai pris un haut-parleur et j'ai dit: «N'ayez pas peur. Nous ne le prendrons pas d’assaut. Nous ferons cela plus tard, quand nous serons prêts. " C'est là qu'ils ont commencé à lancer des milliers de bombes de toutes sortes. L'atmosphère est devenue sombre de bombes fumigènes et d'attaques au gaz. J'ai été sauvé parce que j'avais un masque. Par conséquent, vous pouvez être sûr que La Grèce se porte bien, et qu'elle permettra d'atteindre l'objectif pour lequel elle a été créée.

Est-ce que la destruction d'Athènes était prévu? Y a-t-il un danger d'explosion sociale?

C'était basé sur un plan visant à effrayer les gens. S'il n'y avait pas eu les gaz, la police anti-émeute et ce déchaînement de violence , un million de personnes auraient entouré le parlement. Les personnes en cagoules, main dans la main avec la police anti-émeute, nous battaient. Puis vous avez eu des gangs, des voleurs et des racailles, qui tirent profit du pillage et des incendies. Vous obtenez une situation cauchemardesque, où la vérité - des centaines de milliers de manifestants pacifiques - est cachée sous un nuage de gaz et de fumée. Ce que contenait la colère, le dégoût et la rage est ce qui effraie les pouvoirs en place, qui tentent de le repousser par tous les moyens, principalement par la destruction. Ainsi, la seule partie responsable de l'enfer d'aujourd'hui est le leadership politique. Le gouvernement !