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Témoignage : "Tout le monde s'en fout !"

14 février 2012

Société Témoignages Grèce manifestation répression Syntagma témoignage

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J'ai reçu le témoignage d'une amie présente à la manifestation de dimanche dernier à Athènes. Elle souhaite témoigner, comme beaucoup de grecs et de grecques :

- "Je ne sais pas comment commencer. J'ai choisi d'écrire en grec car c'est plus facile pour moi de m'exprimer sur ce que j'ai ressenti et vu la nuit dernière. Vers 17h15, nous sommes allés  place Syntagma avec mon ami Yannis. Sans aucune raison et sans le moindre épisode d'émeute, la police anti-émeute a lancé par avance des gaz lacrymogènes dans le but d'empêcher un gros rassemblement devant le parlement. Le plan devait être de diviser la foule en plusieurs groupes pour qu'il ne soit pas possible d'atteindre la place.

Nous sommes retournés vers la rue Karagiorgi Servias comme beaucoup d'autres qui étaient à Syntagma. Toutes les rues autour de la place étaient bondées de gens. L'atmosphère était déjà très dure là-bas aussi. La police lançait des gaz sans s'arrêter. L'image d'une vieille dame agenouillée en train de vomir m'a anéantie...

A un moment, pensant qu'ils arrêtaient, nous avons décidé de repartir vers la place, mais soudain, une section de la police anti-émeute est arrivée par une rue adjacente et a simplement provoqué la panique et le chaos. Certaines personnes hurlaient à la foule d'arrêter de courir (c'était vraiment dangereux dans une rue si étroite) mais c'était inutile. Une fois de plus la panique a encore gagné.

Après quelques instants, nous avons réussi à trouver mon amie Vicky presque à la fin de la rue Ermou [La rue commerçante qui va du parlement au quartier Monastiraki], près de Monastiraki. Nous sommes allés tous ensemble vers l'avenue Stadiou. Il y avait beaucoup de manifestants du syndicat PAME qui tentaient, vainement, d'aller vers la place Syntagma. Ils n'ont pas réussi. Plus loin, près de Syntagma et sur la place, les épisodes d'émeutes ont commencé.

Nous avons décidé d'aller vers l'avenue Panepistimiou. Là bas, nous avons vu quelques personnes portant des capuches casser les caméras de surveillance de l'immeuble de l'EUROBANK. Les gens regardaient et applaudissaient. Nous avons décidé de marcher jusqu'à Omonia. C'est depuis Omonia que les manifestants de PAME avaient commencé leur manifestation et ils  étaient de retour.  Vicky leur a demandé pourquoi ils étaient encore là et ils ont répondu qu'ils voulaient faire une manifestation pacifique et qu'ils avaient la responsabilité des personnes qui les suivaient. A un moment, quelques personnes qui portaient des blousons à capuche ont tenté de casser la vitrine de l'EUROBANK de la place Omonia et c'était à deux doigts de devenir très violent entre eux et les membres de PAME.

Les télévisions n'ont pratiquement rien dit. Pendant que j'étais à la manifestation, j'ai entendu que les télévisions parlaient de quelque chose comme 15 000 personnes. Aujourd'hui, j'ai fait l'erreur d'allumer la télévision. Tout le monde parlait des incendies du centre d'Athènes. Rien d'autre. Tout le reste semblait être des détails sans importance.  Je suis exaspérée ! J'ai l'impression que  tout le monde s'en fout !"