5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Mordorandum : vers une Grèce du tiers monde

13 février 2012

Billet d'Humeur Economie Les indispensables Politique Société BCE FMI Grèce Mordorandum répression résistance UE

1056 mots   548       Comments

Athènes, 12 février 2012

Athènes, 12 février 2012 (source The Wall Street Journal)

Le mordorandum est passé. 199 députés ont dit "Nai se ola" - oui pour tout - cette nuit. Les députés des 2 partis majoritaires (PASOK et ND) ayant voté "non" ont été exclus de leurs partis respectifs. Athènes était en feu toute la soirée. Des bâtiments incendiés. Des dizaines de blessés. Des morceaux de marbre jonchent encore les rues ce matin et il semble que l'air soit complètement irrespirable : les odeurs de gaz lacrymogène se mêlent à celles des restes de bâtiments en feu. Bienvenue dans le fabuleux monde du Mordorandum.

Rappel du contenu des mesures :

  1. réduction de 20 à 25% des salaires, en commençant par le salaire minimum (actuellement de 761€ brut / mois, il serait donc autour de 470€ net / mois (pour les jeunes de moins de 25 ans, cela sera 10% de moins, soit autour de 400€ par mois) ) ; 
  2. réduction de 20% des retraites de plus de 1.000 euros par mois ;
  3. réductions de 20 à 30% dans les retraites complémentaires de plus de 150 euros par mois ;
  4. licenciements dans les forces armées, la santé et l’éducation pour les employés sans-statut permanent ;
  5. coupes drastiques dans les salaires élevés de l’état(les hommes et partis politiques aussi ?)abolition du droit des salariés pour un poste permanent et privatisations immédiates ;
  6. ouverture immédiate des professions fermées et des heures de travail ;
  7. mise en place de zones économiques spéciales assorties d’incitations fiscales pour l’investissement et le travail ;
  8. extension de la flexibilité du travail avec les entreprises et les contrats personnels.
  9.  suppression  de 15 000 postes dans la fonctions publiques pour 2012 
  10. la privatisation de six entreprises publiques au premier semestre 2012, à savoir la compagnie des eaux d’Athènes et du Pirée (EYDAP), de Thessalonique (EYATh), la compagnie publique de gaz naturel (DEPA), le gestionnaire du système national de gaz naturel (DESFA), les Pétroles Helléniques (ELPE) et l’organisme de paris sportifs (OPAP) ; 
  11. vente de Hellenic Petroleum au premier semestre 2012 ;
  12. réduction de la masse salariale de 150 000 salariés dans le secteur public entre 2012 et 2015 (l’équivalent, pour un pays comme les états unis, de 5 millions de salariés);
  13. la fermeture de l’Organisme du logement pour les travailleurs (OEK) et du «foyer ouvrier» (OEE) ;
  14.  la suppression de la permanence de l’emploi aux entreprises d’utilité publique ;
  15. la suppression du faible taux de la TVA appliqué  aux îles (pas forcement pour les grands hôtels, nous y reviendrons) ;
  16. la fermeture de 200 bureaux du fisc jusqu’à la fin de l’année ;

Quand on regarde l'ensemble des mesures à venir qui viennent s'ajouter avec celles déjà passées et à leurs conséquences, l'espoir d'un retour à la croissance est réduit à peau de chagrin, malgré l'enveloppe -de prêt -qui ne servirait, si elle est accordée -ce qui n'est pas encore sur-  qu'à rembourser les intérêts des prêts précédents.

Sur Facebook, cette vidéo montre que la population n'a pas le droit de manifester. 

Au moins 45 bâtiments endommagés par des incendies. 67 personnes arrêtées, encore 75 détenues.

Suite aux démissions et aux différents députés écartés de leurs partis pour avoir dit "non", le PASOK possède désormais 130 siège, ND 62, LAOS 16. Les députés indépendants deviennent donc la 2ème force politique du parlement avec 64 sièges. 

D'autres photos et vidéos à venir dans la journée.

 

 

L'humeur des médias grecs (et pas seulement)

L'humeur des médias grecs (et pas seulement)

Une série de photos de la journée d'hier peut être consultée ici.

Quelques photos de la journée d'hier du site newsbomb.gr :

diadilothstravmatias

(newsbomb.gr)

tyrapezakameni

(newsbomb.gr)

(newsbomb.gr)

(newsbomb.gr)

 

(newsbomb.gr)

(newsbomb.gr)

Témoignage d'un homme sur twitter :

- "Je vois mon père dans le désespoir. Il a 72 ans, il a travaillé comme un chien depuis l'âge de 7 ans et maintenant il n'a plus assez d'argent pour payer ses médicaments"

Rapport des évènements d'hier (source prezaTV) : les manifestants, après avoir été dégagés de la place Syntagma, ont reformé les rangs et tenté, pendant plus de 2h, de retourner sur la place. Mais la police anti émeute a provoqué des violences et tout fait pour qu'il soit impossible de poursuivre la manifestation. Vidéo qui montre clairement les agressions de la police motorisée :

Depuis ce matin, le nettoyage et les réparations commencent :

Nettoyage et réparations

Nettoyage et réparations (photo @VeriasA)

Des messages de soutien envers la population grecque affluent de toute part : Argentine, Mexique, Venezuela, France, les grecs de Londres. (source : patata-news)

Les mêmes leaders politiques qui n'ont jamais écouté leurs citoyens ces 2 dernières années appellent désormais au calme !

Vidéo de Mikis Theodorakis, hier, masque à gaz en place, au milieu de la foule. Les manifestants tentent de l'empêcher d'aller vers le parlement, il rétorque : "Laissez moi ! Laissez-moi y aller. Qu'est-ce qu'ils vont faire, ils vont me tuer ?"

J'ai reçu aujourd'hui un message d'une amie présente dans les manifestations d'hier :

-"Ces photos [voir ci-dessous] ont été prises hier par mon amie Viku. Nous étions tous là-bas la nuit dernière. Les chaînes de TV grecques ont dit tellement de mensonges.... Nous avons tant de choses à échanger quand tu reviendras! Merci pour partager ce qui se passe ! ";

[nggallery id=6]

Car comme toujours, les médias grecs, principalement les télévisions, occultent complètement toute vision de masse populaire. Ils ne montrent que les violences, ne parlent pas des violences policières, oublient de montrer les manifestants pacifiques. C'est d'ailleurs pour cette raison, comme pour le cas des révolutions arabes, que les principaux médias d'échanges objectifs restent les réseaux sociaux, seuls à même de diffuser l'information en quasi temps réel et ... sans filtre (de quelque nature qu'il soit d'ailleurs).

Mordorandum, quand tu nous tiens.