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Troïka Versus Grèce : le match vers la catastrophe

7 février 2012

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Les nouvelles mesures font bondir. Les négociations en cours entre la Troïka et le gouvernement grec sont tendues, difficiles. La population, elle, va devoir se serrer la ceinture, encore une fois. Une catastrophe risque d'en chasser une autre.

Retour sur les chiffres et les mesures de l'accord.

To Vima  cite un rapport du bureau de la comptabilité générale de l'État qui précise que les mesures visent à réduire le budget de l'Etat de 2,3 milliards d'euros, de la façon suivante :

  1. 1,07 milliards en moins pour les dépenses de médicaments (une hérésie !!!);
  2. 300 millions en moins pour la défense (un moindre mal -une bonne nouvelle- mais pas à la hauteur des possibilités de réduction du budget de la défense) ;
  3. 400 millions en moins dans les dépenses publiques (je suis assez curieux de savoir ce qu'ils entendent par dépenses publiques);
  4. 200 millions en moins dans les dépenses des institutions étatiques ;
  5. 50 millions en moins dans le paiment des heures supplémentaires des médecins publics (pour info, une infirmière a eut le bonheur de recevoir 2.80€ de salaire pour le mois de janvier, oui : 2.80€, à peine un café à Athènes);
  6. 250 millions de moins dans les frais généraux des ministères (quid du salaire des hommes politiques et des aides -publiques- des partis politiques ?!?) ;
  7. 40 millions de moins pour les familles nombreuses (autant réduire encore les aides octroyées aux plus faibles...);

Voilà pour les premiers chiffres. Ils ne concernent que des coupes dans le budget.

Venons-en aux mesures concrètes qui vont toucher, une fois de plus, ceux qui ont de plus en plus de mal a joindre les 2 bouts (source protothema ) :

  1. réduction de 20 à 25% des salaires, en commençant par le salaire minimum (actuellement de 761€ brut / mois, il serait donc autour de 470€ net / mois (pour les jeunes de moins de 25 ans, cela sera 10% de moins, soit autour de 400€ par mois) )
  2. réduction de 20% des retraites de plus de 1.000 euros par mois ;
  3. réductions de 20 à 30% dans les retraites complémentaires de plus de 150 euros par mois ;
  4. licenciements dans les forces armées, la santé et l'éducation pour les employés sans-statut permanent ;
  5. coupes drastiques dans les salaires élevés de l'état(les hommes et partis politiques aussi ?), abolition du droit des salariés pour un poste permanent et privatisations immédiates ;
  6. ouverture immédiate des professions fermées et des heures de travail ;
  7. mise en place de zones économiques spéciales assorties d'incitations fiscales pour l'investissement et le travail ;
  8. extension de la flexibilité du travail avec les entreprises et les contrats personnels.
[edit 08/02/2012 - 21h] Suite de la Bombe Troikienne (source  zerohedge grâce à des fuites obtenues par bloomberg):
  1.  suppression  de 15 000 postes dans la fonctions publiques pour 2012 ;
  2. vente de DEPA, DESFA, OPAP, EYDAP(compagnie des eaux d'Athènes), EYATH en 2012  ;
  3. vente de Hellenic Petroleum au premier semestre 2012 ;
  4.  réduction de la masse salariale de 150 000 salariés dans le secteur public entre 2012 et 2015 (l'équivalent, pour un pays comme les états unis, de 5 millions de salariés);
  5. le tout pour un retour à une croissance positive en 2013 (qui va croire à un retour de la croissance pour 2013 avec les mesures annoncées ?!?).

Après une réduction de salaire déjà constatée de 20 à 30% depuis 2009, l'Europe va s'offrir une main d'oeuvre bon marché qui aura grand mal à continuer à survivre devant les prix à la consommation en Grèce (grosso modo identiques à la France). Des salaires réduits de 50% en moins de 3 ans, chapeau la troïka et le gouvernement grec si cela passe.  Les nouvelles mesures ajouteront des retraités en difficulté à ceux qui font la queue à la soupe populaire. Le droit du travail, déjà si peu protecteur en Grèce, va devenir anecdotique. Et la "mise en place de zones économiques spéciales assorties d'incitations fiscales pour l'investissement et le travail" va sans doute attirer les investisseurs étranger (allemand et français en tête) qui auraient des allègements -donc des rentrées d'argent en moins pour l'Etat- fiscaux (comme cette zone franche -réservée à l'Allemagne- proposé par un maire d'une ville du Péloponnèse). Tout va bien dans le monde de la troïka.

[singlepic id=24 w=320 h=240 float=left]La troïka demande un engagement écrit du gouvernement grec (leaders du PASOK(gauche), de ND(droite) et du LAOS(extrême droite)). Lucas Papademos va rencontrer ce soir les chef des partis de son gouvernement, [edit 19h20] autour de21h après 22h30 (20h 21h30 heure française). Il devrait s'exprimer ensuite en direct (à suivre dans la soirée quand l'info sera officielle chez OkeaNews).

[edit 19h25 : Il semble que la troïka doit rencontrer Lucas Papademos vers 21h30 (20h30 heure française) et que la rencontre avec les responsables des partis politiques soit décalée à demain].

Le match continue, mais les spectateurs grecs ont déjà compris depuis bien longtemps ce qui les attend encore, et encore, et encore. La sauce avec laquelle ils sont dévorés ne fige pas. Il semble même que la délectation des puissants à anéantir les derniers espoirs d'une population n'a pas de limite. A moins que Lucas Papademos surprenne tout le monde, mais cela semble plutôt mal parti, d'autant que Georges Papandréou (dont le père avait prévenu la population qu'il espérerait pour son pays ne jamais voir son fils à la tête du pays -on connait la suite-) aurait déjà évoqué de laisser l'actuel premier ministre en place jusqu'à la fin du mandat (soit 2013). Au revoir les élections d'avril ? Démocrassie absolue. Papadémocratie.

Les jeux sont-ils faits ?

[Edit du 08/02/2012 - 14h10] Il semble que le document officiel en négociation, arrivé dans les mains des leaders du gouvernement ce matin, en langue (et en droit probablement) Anglaise se compose d'une cinquantaine de page tandis que sa traduction grecque serait de 16 pages uniquement [Edit : la version grecque ici, se compose de 43 pages]. Comme à son habitude Georges Papandréou accepterait le texte dans son ensemble, au nom du PASOK (son frère suspecté de jouer avec les CDS depuis la Suisse va être content) tandis que le ND et le LAOS ont encore des réserves. La rencontre entre les responsables des partis et Lucas Papademos est reporté à 15h.

Pendant ce temps, les grecs commencent à faire leurs calculs sur les prévisions de leurs prochains salaires : avec un salaire minimum brut à 600€, ceux qui ont travaillé 10 ans vont se retrouver avec un revenu brut d'environ 780€. Belles perspectives.

[Edit du 08/02/2012 - 18h20] La réunion entre Lucas Papademos,  George Papandreou (PASOK), Antonis Samaras (Nea Dimokratia) and Giorgos Katatzaferis (LAOS) a débuté vers 17h heure grecque

[Edit du 09/02/2012 - 00h15] Lucas Papademos : "accord sur toutes les questions sauf une  [ndlr : les retraites, sera négocié par L. Papademos et la Troïka]. Nous continuons les négociations pour conclure à temps pour l'Eurogroupe".

[Edit du 10/02/2012 - 01:38] Le match est terminé. Mémorandum validé (baisse des retraites incluse). Doit-on s'attendre à une revanche populaire ? En tout cas, certains médias s'y préparent déjà, car selon certaines informations de la presse grecque (mercredi 8/2/2012), la chaîne CNN serait en train de louer l’ensemble du 6ème étage au prestigieux hôtel « Grande Bretagne », place de la Constitution (Syntagma), en face du Parlement et ceci parait-il pour plusieurs semaines, « s’attendant à la bataille d’Athènes ». Lors de l'épisode Référendum, j'avais pu croiser plusieurs journalistes sur une place Syntagma -vide- qui me demandaient "Vous pensez qu'il y aura du monde aujourd'hui ? Des émeutes ?". Les images d'émeutes, cela fait vendre. Une révolution aussi. Tenter de comprendre et d'expliquer une situation dans la durée, c'est sans doute moins rémunérateur. Revanche ou pas, la sauce est prête. La grande bouffe va continuer sont rouleau compresseur anti-social. Nos rêves s'étiolent. Bienvenue dans la jungle ... démocrassique.