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Âge de clash [Panagiotis Grigoriou]

7 février 2012

Société austérité crise Grèce Panagiotis Grigoriou témoignage

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Aujourd'hui, morceaux choisis du dernier article de Panagiotis Grigoriou, "Age de clash", sur son blog :

«La Grèce [est]à la recherche de l'union politique pour faire passer l'austérité. Impliqué dans deux négociations compliquées avec ses créanciers institutionnels et privés, Athènes demande aux partis politiques de s'engager à appliquer les impopulaires réformes d'austérité», explique donc Le Monde à ses lecteurs (www.lemonde.fr – 05/02/2012). A la télévision, bien de chez nous, autrement dit chez ces «grandes» chaînes appartenant aux nababs de la corruption, ces malheureux journalistes de service, s'émeuvent prétendument encore, comme dimanche soir : «Qu'on en finisse, le peuple est exsangue, la classe politique est responsable de tout et de la trahison d'abord, mais trouvons au moins la solution, un accord, le moins pire possible, car ce que la Troïka nous demande est démentiel. Déjà toutes ces mesures depuis le premier Mémorandum nous ont mis dans un tel état de catastrophe, c'est un échec total, il ne faut pas continuer dans la même direction, il nous faut enfin une lueur d'espoir, reprendre même timidement, le chemin de la croissance», (chaine de télévision ANT1 – dimanche soir).

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Dimanche soir à Athènes, ces mêmes représentants de la Troïka ont exigé à siéger au sein de la réunion entre Papadémos et les chefs des partis, et encore une fois; pour sauver encore la même face les hypopoliticiens grecs ont dit «non». Chez nous pourtant nous ne sommes plus dupes. La réaction spontanée dans la rue et la première idée qu'elle nous passe par la tête vis à vis de ces politiciens ne fait plus dans la nuance : «à mort»! Mais même si nous revenons au petit jeux des élections évitant si possible l'anomie généralisée, eh bien, les résultats qui se profilent, semblent signer déjà, la mise à mort politique de ces formations. Le PASOK (P.S. grec) par exemple, serait en phase de devenir le 5ème parti au Parlement, 120 de ses 153 députés devraient alors rentrer chez eux, pour peut-être mieux gérer (pour certains d'entre eux en tout cas) leur fortune, en partie acquise par les pots-de-vin versés par les grands corrupteurs banquiers, vendeurs d'armes ou de savonnettes, allemands, français et autres, et ensuite par leurs frères jumeaux locaux, moins cachotiers car plus balkaniques.
Voilà ou nous en sommes. D'où l'empressement de Giorgos Papandréou souhaitant le prolongement du «mandat» de Papadémos. L'homme politique le plus haï de la Grèce nous donne encore des conseils. Il est évident que ce personnel politique n'a rien à perdre sinon tout. Leurs cadres se font huer tous les jours, les ministres sont insultés à chaque occasion, comme par exemple deux parmi eux, appartenant à l'extrême droite, le premier à Trikala (Thessalie) et l'autre dans le Péloponnèse, rien que ce dimanche. Ainsi ces gens «décident» et «négocient» les détails de l'occupation dans laquelle se trouve notre baronnie, tandis que leurs formations politiques sont pratiquement des coquilles vides ou sinon au moins, toxiques.
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Nous nous le disions ainsi encore ce matin autour d'un café simple pris dans une cafeteria publique au sein d'une administration, c'est une mesure d'austérité après avoir déjà bu un café dans une salle … normale vendredi et avant hier. D'ailleurs les cafés … civils sont moins pleins ! Donc nous savons. «Ce qui se met en place les amis, c'est la tyrannie. Selon les envies des «créditeurs et des marchés», mois après mois il sera décidé combien de l'argent récolté par eux, sera attribué au remboursement de la dette et ce qu'il en restera seulement, servira à faire tourner nos écoles, nos hôpitaux, tout. Tel mois tel hôpital fermera, tel autre mois les instituteurs ne recevront pas de solde ou sinon peu, donc je comprends, même ici en campagne nous allons constituer des stocks, spaghettis, les enfants les aiment bien, riz, huile et sel». Pavlos regardant les autres a aussitôt confirmé. «J'ai déjà commencé, car vous savez, à part la pénurie, les pillages et la faim, je crains désormais la guerre. Je trouve très louche que la Troïka exige de ses sbires que le nombre des étudiants aux Académies Militaires soit réduit à hauteur de 70%, dès la rentrée 2012, on peut supposer en plus que la Police soit également concernée, alors qu'en pensez vous ?». Sakis, l'instituteur baisse la tête, le regard dans le vide.
«Je pensais pouvoir me contenter de mon salaire réduit, huit cent euros mensuels, mais je réalise qu'ils veulent nous virer carrément. Guerre ou pas, moi, ce que je sais, c'est que n'ayant jamais utilisé le piston pour une promotion ou une mutation par exemple, je partirai le premier. Je le vois venir. Déjà qu'à l'école c'est sauve qui peut. Tout le monde espionne tout le monde. Ma vie contre ta mort. Quelle solidarité et quels syndicats ? des foutaises désormais, des foutaises je vous dis, salut, je m'en vais, au diable la Troïka et nous tous avec. Je rentre chez moi, car mon frère vient de retrouver notre chat, égaré depuis hier midi à cause de la neige. Il était sorti pour faire ses besoins, mais il a été surpris par tant de changement. La neige et la Troïka c'est pareil, nous perdons nos repères, non ? Mon frère vient de m'envoyer un sms. Donc je préfère rentrer et m'occuper du chat, lui au moins il a été récupéré, malheur à nous, car nous sommes bien irrécupérables ...». Sakis est parti insistant devant le serveur, il a réglé la note, un chocolat, deux cafés simples et un thé, onze euros. Finalement peu après, nous nous sommes tous quittés. «Au revoir les amis, à la prochaine, maintenant nous l'avons pigé, il faut sortir carrément de l'Union Européenne, ce truc est une vraie m....».

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La Grèce est donc un laboratoire. Le Mémorandum, la bancocratie et la mise sous tutelle de son peuple par l'infantilisation orchestrée, en font le premier cobaye dans le processus du démantèlement des règles démocratiques en Europe, même si ces dernières étaient en somme assez boiteuses. Ce processus est déjà accompli pour ce qui est des instances centrales de l'Union Européenne, et il s'appliquera donc progressivement aux nations, pays par pays. En dehors de cette problématique tout débat politique en Europe devient un leurre. Comme les guerres «périphériques» en Irak ou en Libye. Car ces conflits étaient aussi des essais dans la gestion du profit dans l'installation du méta-capitalisme. Le profit désormais est celui procuré par l'effondrement des sociétés humaines. Et pour en arriver là, il faut provoquer des crises alors graves, tantôt par le levier des «dettes souveraines», tantôt par les interventions directement armées, mais on peut s'y attendre aussi à la combinaison de ces deux techniques. «Du chaos ils sortiront de l'argent» (Naomi Klein, entretien, hebdomadaire Epikaira, 02/02/2012).
(...) L'article complet chez Panagiotis Grigoriou.