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La Grèce, prison à ciel ouvert pour des milliers d'immigrés et clandestins

30 janvier 2012

Les indispensables Société Grèce Immigration

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Cet article du petit journal (que je vous conseille de consulter régulièrement) revient sur les conditions de vie des immigrés clandestins arrivés en Grèce en espérant voir la fin de leur voyage dans les pays du nord de l'Europe. Cela me rappelle l'histoire d'un Algérien rencontré dans le Péloponnèse qui, bloqué en Grèce, tentait par tous les moyens de partir vers l'Italie avec un seul rêve, rejoindre la France.

Encore un drame humain en perspective, dans un pays qui, porte de l'Europe pour les migrants, n'a aucune structure d'accueil adaptée. Médecins du monde avait fait ce constat alarmant à Patras et à Athènes l'été dernier. Pour ne rien arranger, des mouvements d'extrème droite ont (encore) agressés des immigrés à la station d'Omonia ce week-end lors d'une manifestation, même la population ayant voulu intervenir a été violentée , voir ici.

La Grèce de par sa position géographique stratégique entre l'Orient et l'Occident a toujours été un pays marqué par une forte transition migratoire. Depuis 1981, date de son entrée dans l'Union Européenne, elle est devenue la porte d'entrée du continent de la plupart des immigrés clandestins. Les autorités grecques relativement désemparées ont opté pour l'état de non-droit et la radicalisation d'une politique migratoire, qui ignore toutes possibilités d'intégration

La Grèce, qui a traversé des années de dictature et de difficultés économiques, a longtemps été un pays d'émigrants vers les pays d'Europe de l'Ouest. Elle est subitement devenue sujet à l'immigration, provoquant ainsi « un bouleversement de l'identité nationale » selon Nelli Kambouri, universitaire spécialiste des mouvements migratoires. Si, dans un premier temps, la vague migratoire provenait des pays de l'ex-URSS, notamment d'Albanie, aujourd'hui les clandestins affluent du Maghreb, du Soudan, d'Afghanistan mais aussi d'Iran et du Pakistan. La création de l'espace Schengen en 1985, dont les clauses seront modifiées en 2007, accentuera d'autant plus la position de pays frontière de la Grèce, qui depuis le départ, a de nombreuses difficultés à gérer la situation. Si la plupart du temps, la terre hellénique n'est qu'une étape dans le processus migratoire, elle est devenue en peu de temps sous la pression des directives européennes, la seule habilitée à délivrer un ticket d'entrée pour l'Europe. Une position que les gouvernements successifs ont eu tendance à sous-estimer, alternant entre désintérêt total et forte répression.

Pays d'immigration provisoire
La Grèce face à une immigration ultra-massive ne veut en aucun cas régulariser les clandestins. « Il n'existe aucun processus administratif pour permettre aux immigrés d'obtenir un permis de travail. Il n'y a jamais vraiment eu de politique officielle ou de projet d'intégration pour les migrants » explique Nelli Kambouri. En 1991, le gouvernement a promulgué pour la première fois une loi sur les étrangers en Grèce, pour stopper toute immigration illégale. En a découlé une réaction plus répressive, qui n'a pas proposé de solution économique ou sociale. Pendant longtemps, aucune carte de séjour n'a été délivrée. Entre 1997 et 1998 une loi a amorcé un processus officiel de régularisation. Entérinée en 2001, cette loi a permis à certains immigrés d'entrer dans la légalité. Depuis 2009 seuls les enfants d'immigrés nés en Grèce ou y ayant résidé depuis plus de six ans ont le droit à la nationalité grecque. Pendant presque 10 ans, aucun processus n'a été établi de manière permanente et, depuis trois ans, il n'y a plus aucune possibilité de régularisation. A cela se sont ajouté les nouvelles directives imposées par les accords de Schengen, spécifiant que les demandes d'asile politique ne pouvaient être faites que dans le premier pays d'entrée dans l'Union européenne. La Grèce qui se refuse à répondre à toute demande d'asile politique fait donc de milliers d'immigrés des personnes prisonnières de l'illégalité, souvent condamnées à une vie sans statut ni droit, à perpétuité...

Crise humanitaire en Grèce - Carte rose, carte verte
Beaucoup de migrants clandestins envisagent la Grèce, au vu de la situation encore aggravée par la crise économique, comme un pays de transit. Un transit qui parfois s'éternise. L'obtention de la carte rose, permis de séjour délivré pour raisons humanitaires, est longue et rare, et son renouvellement peut parfois prendre des années, privant les migrants de toute citoyenneté. La carte verte permettant le droit au travail engendre les mêmes difficultés. Plusieurs immigrés ont même entamé de longues grèves de la faim pour obtenir un minimum de droit, sans aucun succès.
A leur arrivée en Grèce, les immigrants clandestins se rendent souvent à la police. La procédure légale donne le droit aux autorités de rassembler les migrants dans des centres de rétention. Jusqu'à 6 mois en général, pouvant atteindre les douze mois dans le cas d'une demande d'asile politique. A Evros, région frontalière de la Turquie, près de 200.000 migrants affluent chaque année. Selon Frontex, agence des frontières extérieures, 90% des immigrants clandestins entrent en Europe par cette région. Les centres de rétention, dans des états déplorables, accueillent jusqu'à trois fois plus de personnes que leur structure ne le permet. Les migrants sont entassés pendant des mois dans des conditions sanitaires insoutenables. Une situation dénoncée par la commission des droits de l'Homme et que le Haut commissariat des Nations Unies a qualifié « de crise humanitaire » fin 2010. Souvent, les autorités grecques se résignent donc à délivrer des permis de séjour d'un mois aux clandestins, leur permettant de gagner d'autres pays sans laisser de traces en Grèce, malgré les directives de Schengen. Des pays comme l'Allemagne ou la Norvège ont parfois renoncé à renvoyer des clandestins vers la Grèce au vu des conditions de traitement qui leur sont réservées.

Politique grecque radicalisée et esseulée
La population immigrée résidant illégalement en Grèce est encore très importante, même si elle semble avoir diminué cette année. Promis à une situation de non droit total, beaucoup d'entre eux vivent dans des conditions de misère totale, n'accédant parfois à aucune source de revenu pendant plusieurs années. La police exerce une pression permanente. Les femmes accèdent souvent à des travaux de domestiques et les hommes vendent à la sauvette, alimentant toute une économie illégale qui est pourtant souvent nécessaire au pays. Le gouvernement grec maintient pourtant qu'il va s'attaquer à l'épine noire de l'économie illégale, mais persiste à l'entretenir en ne permettant aucune possibilité de régularisation. La situation a empiré avec la crise faisant naître de nombreuses attitudes xénophobes, alors que le gouvernement a tendance à assimiler un discours radical d'extrême droite sur la question, pour gagner des électeurs (Lire l'article Athènes : Quand Athènes se bat avec ses immigrés, lepetitjournal.com, nov 2011). Aujourd'hui la Grèce doit répondre aux directives européennes en protégeant les frontières de l'Union mais se retrouve profondément seule pour gérer le problème des migrations. L'Espagne et l'Italie ayant étroitement fermées ses frontières en bloquant les eaux internationales, la Grèce est devenue l'unique porte d'entrée de l'Europe via la Turquie et doit gérer, les ¾ des flux migratoires de clandestins souvent désespérés, en quête d'une vie meilleure vers l'Occident.

Nina Gazaniol et Alice Hancquart (www.lepetitjournal.com/athenes.html) Mercredi 18 janvier 2012

Lire aussi : "Quand Athènes se bat avec ses immigrés", Novembre 2011, lepetitjournal.com