5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Chronique d'un hiver européen

6 janvier 2012

Culture Société Témoignages Athènes crise documentaire Grèce

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Un enfant avec un drapeau Grec

L'enfant au Drapeau - Syntagma, mai 2011

Chronique d'un hiver européen est un projet radiophonique dont la préparation a débuté il y a quelques mois et dont le démarrage s'est déroulé en Grèce début décembre. J'ai eu le privilège de rencontrer le porteur de ce très beau projet à Athènes et je vous propose d'en prendre connaissance et de suivre l'avancée du reportage. Okeanos.

 

La description du projet :

Chronique d’un hiver européen est un projet de série documentaire radiophonique destinée à être publiée sur internet, en premier lieu sur un blog audio, puis si possible par le biais d’autres medias.

Le documentaire a pour but de témoigner du quotidien de la crise économique dans les pays européens les plus touchés, tout en déroulant au fil des épisodes des éléments d’explication, d’analyse et des pistes de réflexion en gravitant autour des mouvements sociaux réagissant à cette crise. Le projet se veut constructif, en mettant en avant les initiatives et idées nouvelles émergeant de cette situation difficile.

Sur une période étendue (cinq mois pour commencer), le projet est de se rendre dans différents pays européens subissant la crise financière et économique actuelle (à priori Grèce, Irlande et Espagne) pour rendre compte de la situation, croiser les vécus, les opinions, les engagements et les idées des populations. Pays après pays, de nombreux enregistrements sonores seront utilisés pour produire une série de documentaires radio publiés chronologiquement sur un blog audio.

Il s’agit d’un projet indépendant et à très petit budget, que je souhaite réaliser seul pour des raisons financières, mais en recherchant au fil du travail et des rencontres toute aide qui permettra au projet d’aller plus loin.

Les premières impressions de Coulisses d'un hiver Européen à Athènes, en décembre, sont disponible à cette adresse.

Le dernier billet posté, disponible ici, est repris en intégralité ci dessous :

Après Athènes (et quelques liens pour suivre ce qu’il s’y passe)

For the english version, see here : http://coulissesdunhiver.wordpress.com/2012/01/03/back-from-athens-and-some-links-to-follow-whats-going-on-there/

Après trois semaines très intenses à Athènes, me voici de retour chez moi après des fêtes de fin d’année entre famille et amis, en Allemagne. Le contraste est étrange. La situation vécue à Athènes est tellement inédite qu’il est difficile d’en rendre compte à des gens vivant en dehors de ce contexte. J’ai eu la désagréable impression d’incommoder pas mal de monde en cherchant à rapporter ce que j’ai vu lors de mon voyage : on a plusieurs fois réagi comme si je déballais des drames sur la famine en Afrique ou le travail des enfants au Pakistan à un moment inopportun. On essaie de rapidement changer de sujet. Mais c’est peut être bien ce qui est en train de se passer : le drame social qui se déroule s’éloigne de la réalité des gens bien portants (financièrement), tant qu’ils le sont encore. C’est tout à fait compréhensible : qui voudrait gâcher sa vie en se préoccupant trop en avance d’une catastrophe potentielle, mais pas certaine? Mais de mon point de vue, un changement notable est que l’appartenance à l’ensemble « union (monétaire) européenne » n’est plus synonyme de destin commun, comme ce fut le cas lors de ma vie étudiante en plein dans la « génération Erasmus ». Les sociétés qui font le plongeon de l’austérité sont observées d’un regard très lointain par celles qui sont encore du bon côté du précipice.

Mais si j’ai eu la désagréable impression d’être un trouble fête lors de mon retour, j’ai au moins acquis la conviction que ce travail pourra servir à quelque chose, au vu des regards abasourdis et incrédules des personnes qui m’ont laissé le temps de leur raconter quelques détails de ce que j’ai vu et entendu. Entendre ceci raconté directement de la bouche de ceux qui le vivent pourra difficilement laisser indifférent.

C’est exactement ce qu’il s’est passé au cours de l’année passée en Grèce. Tout le monde vous le dira là bas : il y a un an jour pour jour, on vivait encore dans le déni collectif de ce qui était en train d’arriver. Austérité, réduction du niveau de vie, menace d’une dégradation rapide de la société : tout était encore abstrait en Décembre 2010. Les statistiques montraient déjà l’évolution des choses, mais pour la majorité de la population, c’était encore dans des piles de journaux et de rapports que cette réalité se cachait, ou derrière l’écho lointain de personnes ayant déjà perdu leur emploi. Puis, au fil de l’année 2011, les menaces ce sont rapprochées du quotidien : ce sont des parents qui ne pouvaient plus payer leur loyer, des amis ayant perdu le tiers ou la moitié de leur salaire, un(e) conjoint(e) n’ayant pas été payé depuis six mois, un café apprécié ou la boulangerie du coin qui a fermé, des amis qui n’ont plus de chauffage dans leur immeuble, la voisine qui déménage à la campagne… Toute personne vivant en Grèce entend toutes ces histoires de première main. Chacun est menacé, tout le monde vit ces changements dans sa propre vie.

Et cela change complètement le regard sur les événements ayant lieu. Le mode de vie, les modèles de pensée, la confiance accordée à l’information classique, les idées établies, les plans de vie : tout vacille très vite. On parle en Grèce de « désillusionnement » généralisé. Le monde connu auparavant fait partie du passé, et les derniers espoirs d’un retour « à la normale » se sont évanouis les derniers mois. Et la nécessité de démarrer quelques chose de radicalement neuf très prochainement est maintenant une évidence pour une majorité.

En moins d’un an, on est passé de l’autre côté du miroir. En France ou en Allemagne, on perçoit cette étrange réalité depuis notre ancien univers bien connu. Comme c’était le cas en Grèce en 2009 ou en 2010. Et créer un lien tangible entre les deux univers n’est pas évident.

Les liens

Pour ceux qui souhaitent déjà plonger dans la situation à Athènes, avant le début de la série radiophonique à la fin Janvier, je recommande fortement la lecture de ces trois blogs rendant compte très régulièrement de la situation depuis l’intérieur :

greek crisis now, en français :http://greekcrisisnow.blogspot.com/

Okeanews, en français : https://www.okeanews.fr/

Keep Talking Greece, en anglais :http://www.keeptalkinggreece.com/

Ainsi que la correspondante du journal anglais « The Guardian » à Athènes, qui publie de temps à autres des articles très complets sur les conséquences de la crise pour les populations : http://www.guardian.co.uk/profile/helenasmith

Bonnes lectures, et à bientôt.