5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Etre salarié dans la tempête de l'austérité en Grèce

14 décembre 2011

Société Témoignages appel Athènes austérité campagne chaine chomage contrat crise Emploi ERT étude Grèce hôpitaux licenciement loi MAT Médias mesures noël ong refus salaire santé Sécurité sécurité sociale Semaine témoignage travail troïka UE

905 mots   450       Comments

Comment vit-on en étant salarié dans le privé dans la Grèce d'aujourd'hui ? Quelles sont les résultats concrets de l'austérité sur le travail. Aujourd'hui, retour sur de l'information locale, vécue et échangée. Celle qui vient des personnes rencontrées, de ceux qui témoignent des nouvelles difficultés issues de la crise.

Le Μούτζα

Vous souvenez de cette serveuse que j'avais cité dans ce billet ?  Elle travaillait de nouveau de jour depuis quelques semaines, en ayant un jour de congé toutes les 2 semaines. Témoignage :

- "Mon patron m'a fait une proposition et je ne sais pas vraiment que faire. Il souhaite se séparer de moi et me proposer en parallèle de continuer à travailler, mais sans contrat. Il m'a précisé que de cette façon, je gagnerai plus d'argent car je toucherai le chômage pendant 1 an et j'aurai la partie au black en parallèle. De plus, j'aurai la couverture sociale via le chômage. Je réfléchie car cela me permettrait de mettre de l'argent de coté pendant un an et repartir dans ma campagne pour pouvoir monter ma petite taverne là-bas."

Pendant la discussion, je comprends la tactique du patron. Il a une petite dizaine d'employés. La moitié est sous contrat, l'autre est au black. En cas de contrôle, le patron a tout prévu : ceux qui travaillent sans contrat se feront passer pour ceux qui travaillent dans la légalité, quitte à mentir sur leur noms. Cette manœuvre qui consiste à proposer de gagner plus au frais des cotisations ne laisse pas la serveuse insensible :

- "Finalement j'ai refusé. Mais devant ce refus, il m'a indiqué que je travaillerai 6h au lieu de 8, que je devrai désormais payer moi même la sécurité sociale, et que je travaillerai de nouveau de nuit."

Pour finir, le patron "proposera" à tous ses "salariés" de réduire leur temps de travail pour "embaucher" un nouveau serveur (au black?). Il n'est pas possible de quantifier la généralisation ou non de ce type de comportement. La crise permettrait-elle a certains patrons de profiter de la situation pour réduire leurs coûts en utilisant le célèbre argument : "si tu pars, j'en ai des dizaines qui attendent à ma porte" ?

Autre exemple des méthodes, utilisées ici dans un magasin d'un grand centre commercial d'Athènes. Période de noël oblige, le magasin impose un rythme de 12h par jour, sans jour de congé pour les 3 prochaines semaines : "Vous prendrez vos congés après, on verra comment on s'organisera". Sauf que les heures supplémentaires ne seront pas payées, elle ne l'ont d'ailleurs jamais été dans ce magasin depuis la crise.

Une employée, trentenaire :

- "Je réfléchie sur ces 12H par jour. Mon salaire a déjà été réduit de 20% le mois dernier. Je gagne 560€ désormais (voir ici), et je ne suis pas sûre que cela soit légal. J'hésite à refuser, je vais me renseigner sur tout cela, car j'ai l'impression de devenir une esclave ! J'ai entendu dire que certaines entreprises faisaient signer des papiers à des employés : licenciement prévu 6 mois plus tard. Cela aussi ne me semble pas légal. "

Et la question se pose, effectivement, dans un pays où la situation économique est telle que quitter son travail est prendre le risque réel de se retrouver -très rapidment- à la rue. Quelle est la proportion d'entreprises qui profitent de cette crise ? Quelles sont celles qui réduisent la voilure par contrainte réelle ? Et comme souvent en Grèce, il est assez difficile de trouver des chiffres représentatifs, surtout actuellement.

Une certitude cependant, les salariés, eux, trinquent : entre un marché de l'emploi inexistant, des contrats de travail de plus en plus précaires et des assurances pas toujours payées par l'employeur, le salarié n'a que peu de choix. Et peut-on blâmer un salarié qui déciderait de travailler sans contrat quand les cotisations sociales ne couvrent pas tous les soins de base ? Certains préfèrent même un travail non légal. Ils ne voient pas l'intérêt de payer des cotisations pour un service qui se détériore. Et mieux vaut cela que se retrouver dans la rue, ce qui est de plus en plus visible désormais.

Que disent les chiffres sur ces nouveaux sans domiciles de la crise ? D'après des médias grecs, le constat est effarant : leur moyenne d'âge est de 47 ans, 11% ont un niveau d'étude secondaire et 23.5% ont un haut niveau d'étude, quand 9.3% sont illettrés. Ces nouveaux sans domiciles sont les victimes directes de la crise : le chômage et la perte d'emploi à jeté 20 000 personnes dans les rues. L'augmentation des sdf en Grèce serait de 25% cette année.

Et les nouvelles mesures en passe d'arriver en application ne vont rassurer personne. La troïka souhaite imposer une nouvelle baisse du salaire minimum, refusée pour l'instant par le ministre Grec du travail. Des médias Grecs parlent d'une augmentation des transports en commun (chiffre inconnu). La troïka souhaiterait également faire des coupes franches dans les prestations sociales et de santé et privatiser les hôpitaux publics. Chose étonnante, il semble également que la troïka souhaite baisser la TVA (pour rappel, qui a été fortement augmentée ces derniers mois).