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Theodoros Pangalos - Le verbe et la vertu ?

2 décembre 2011

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Aujourd'hui petite analyse d'une interview en français qui fait le tour des télévisions grecques depuis hier. Quand Mr Theodoros Pangalos, N°2 du PASOK et N°2 du gouvernement de Mr Papademos, parle de quelques mots qui l'ont rendu célèbre et donne sa vision sur le mouvement des indignés. Accrochez-vous, car la vidéo ne dure pas très longtemps, mais fait couler déjà beaucoup d'encre... la preuve après la vidéo 😉

Theodoros Pangalos

Theodoros Pangalos

 

La vidéo :

Reprise de la totalité de l'interview en mode [commentaires Okeanos ON].

Voix off :

"Pour les Grecs, tout est la faute des politiques. En voici un, et pas des moindres. Le vice premier ministre Grec, le N°2 du pays, le bras droit de  Papandréou."

Theodoros Pangalos :

- "Vous savez, moi, j'ai dis 4 mots, par lesquels je suis devenu fameux dans le débat politique, en Grèce. Et même odieux, je veux dire, pour une grande partie de la population. Ces 4 mots, je vais essayer de traduire, c'était : "Nous avons gaspillé tous ensemble". C'est la chose qui est inacceptable parce que très peu de groupes sociaux reconnaissent leur participation dans ce qui est notre problème actuel, c'est à dire la faillite des finances publiques. Le problème de la Grèce se limite à ça. Nous ne sommes pas un pays pauvre, nous sommes un pays où l'Etat, pendant des années, a gaspillé l'argent public en dépensant plus que ce qu'il encaissait. Alors pourquoi c'est ce système. Ce système..."

Note Okeanos : bien que Mr Pangalos parle couramment le français, la traduction n'est pas exacte. Il a exactement dit "Μαζί τα φάγαμε" qui se traduit par "Nous l'avons mangé ensemble",  le "l" se rapportant à l'argent (le τα se rapporte à τα λεφτά, l'argent). "Gaspillé" est donc une façon élégante de traduire le fait que pour Pangalos, toute la Grèce a fraudé. Une chose intéressante néanmoins, il admet, que lui, à minima, a pioché dans les caisses publiques (enfin, si on garde bien en tête qu'il a mangé et non gaspillé l'argent public).

Le journaliste :

- "Le problème, pardon de vous interrompre, mais le problème c'est quand cette vérité vient des dirigeants politiques, alors, elle est déjà moins crédible."

Note Okeanos : très bonne question, merci de l'avoir posé, mais attendez vous à une réponse particulière.

Theodoros Pangalos :

- "Il est clair que des gens politiques sont responsables, plus que tout autre, d'abord parce qu'ils sont plus hauts, parce qu'ils sont plus intelligents, normalement n'est ce pas. Et en plus parce qu'ils ont bénéficié du système."

Note Okeanos : je remercie Mr Pangalos de cette réponse pleine de bon sens. Donc, les hommes politiques sont plus hauts : plus puissants, s'entend, ou juste plus haut dans la classe sociale ? Probablement les 2. Mais surtout ils sont plus intelligents que le reste de la population : les commentaires suivants de Mr Pangalos montreront le contraire. La partie qui confirme la note précédente est que ces politiciens "ont bénéficié du système". Encore une fois, Mr Pangalos admet avoir bénéficié de ce système. Les juges grecs apprécieront (ou pas, voir fin du billet).

Voix off :

"Ce méa-culpa omet de dire que les grands punis dans l'affaire, ce sont les plus faibles, victimes du gâchis orchestré par les puissants. Les ravages sont terribles au sein des familles Grecques : divorces, violences conjugales, adolescents à la dérive."

(... quelques commentaires sur la situation psychologique des grecs... "Ce qui ressort de cela, c'est qu'ils (les grecs) ont perdu la capacité de rêver")

Voix off :

"Les Grecs paient très cher la facture de la rigueur. Faut-il pour autant, comme le réclament les indignés, refuser de payer la dette et quitter l'Union Européenne ? La réponse du vice premier ministre Grec, est cinglante."

Note Okeanos : J'ai déjà peur de la probable réponse...

Theodoros Pangalos :

- "Est-ce que je peux m'exprimer librement ? Aussi librement que le Général de Gaulle ?"

Le journaliste :

- "Oui, allez-y."

Theodoros Pangalos :

- "Euuuuh, ça ce sont des communistes, ce sont des fascistes, et ce sont des cons. Comment est-ce que cette dette a été crée ? Parce qu'ils nous ont prêté de l'argent. Ils nous ont prêté de l'argent parce qu'on avait la dette. N'est ce pas ?"

Note Okeanos : aaaaahh, voiiiiillàààà, c'était quand même pas compliqué ! Enfin une réponse digne de l'intelligence mise en avant dans le commentaire précédent ! Tous ces Grecs qui manifestent dans les rues depuis des mois, ces centaines de milliers de vos concitoyens qui contestent pacifiquement (quand c'est possible) sont donc, ou des communistes, ou des fascistes, ou des cons. Bizarrement, quand le KKE manifeste, il n'y a pas autant de monde que pendant les grandes manifestations. Quand les fascistes manifestent, il y a... des fascistes, soit peu de monde. J'en arrive a la conclusion que la majeure partie de grecs qui contestent sont... des cons. Je vais faire une prévision : Mr Pangalos risque un tir massif de yaourt et de tomates à sa prochaine apparition en public (sauf que comme les politiciens grecs se terrent chez eux par peur des représailles, cela ne risque pas d'arriver).

Et l'explication de la création de la dette en devient plus pathétique : "bah en fait, mon petit monsieur, vous savez, la dette, elle est là, alors on a un prêt, pour cette dette et puis la dette grossit, n'est ce pas ?". Une cure de régime s'impose donc, Mr Pangalos. Mais vous en parlerez mieux que moi à la fin de l'interview.

Le journaliste :

- "Alors, si on repart un peu de la population. Eux, directement, ils ont déjà pris, ils commencent déjà à prendre ce coup sur la tête."

Theodoros Pangalos :

- "Il faut dire pour les spectateurs Français que nous ne l'avons pas fait parc que nous sommes des sadiques, n'est-ce pas."

Note Okeanos : juste le fait de le mentionner me met un doute certain...

Le journaliste :

- "Oui, je suppose."

Theodoros Pangalos :

- "On avait une cessation de paiement devant nous et on a eu, grâce a la solidarité communautaire, un prêt. Mais ils ont imposé certaines conditions. Il y a le parti du gouvernement qui applique cette politique qui est bien connue, qui est très désagréable, qui est très difficile à faire passer, mais nous sommes décidés de la mener jusqu'au bout."

Bonne nouvelle ! Tous ces grecs que Mr Pangalos traite de "c..." vont pouvoir continuer à regarder chaque nouvelle annonce de mesures d'austérité avec une certaine sympathie pour lui. Non mais c'est vrai ça, tous ces "c..." qui manifestent contre son intelligence suprême n'ont surement pas encore compris qu'ils iraient jusqu'au bout ! Je suis scié !

Mr Pangalos est réputé pour son franc-parlé, il a déjà, par le passé, été à l'origine de phrases assassines. Mais je ne comprends pas bien certains détails :

  • pourquoi défent-il ses compatriotes en Allemagne et en Turquie quand ceux-ci sont accusé de paresse et s'empresse-t-il de les insulter dans d'autres médias ?
  • pourquoi a-t-il signifié à Mr Venizelos (membre, comme lui, du PASOK) que la nouvelle taxe foncière lui posait un problème (puisqu'avec les nombreux biens immobiliers qu'il possède, il ne serait pas en mesure de payer les 17000€ de taxes et qu'il lui faudrait vendre ses biens ou le mettre en prison), voir ici, mais qu'il a toujours voté les mesures imposées par la troïka, et acceptées par son parti, le PASOK ?
Je rappelle à nos lecteurs qu'en juin 2011 Mr Pangalos a dit ceci dans "El Mundo", voir ici :
- "Retourner aux Drachmes revient à dire que les jours qui suivent, les banques seraient prises d’assaut par des gens terrifiés cherchant à retirer leur argent, l'armée devrait protéger la population avec des tanks car il n'y aurait pas assez de policiers".
Ou a-t-il vu que la police protégeait ses concitoyens pendant les manifestations ? Sait-il que dans son pays, ces mêmes policiers sont régulièrement décriés comme "Flics, porcs, assassins" ? Sait-il également que son peuple qui ne se voit déjà plus d'avenir tente déjà de mettre à l'abris ses maigres économies en prévision d'un retour de flamme Européen qui se profile ?
Mais toujours lors de cette interview, il précise :
- "Il y aurait des émeutes partout, les magasins seraient vides, des personnes se jetteraient par la fenêtre... et cela serait un désastre pour l'économie Européenne toute entière" .

Je rejoins Mr Pangalos sur ce point, sauf que sa boule de cristal a déjà des mois de retard, c'est en grande partie déjà ce qui passe en ce moment  : c'est déjà de plus en plus violent car il n'écoute jamais ses propres concitoyens quand ils lui demandent d'analyser cette dette publique. Son intelligence devrait pourtant l'inciter à les entendre et à mettre en place des mesures qui garantiraient une totale transparence du monde politico/justicio/financier grec. Je rappelle que le taux de suicide a augmenté de manière dramatique, avec des conséquences sociales et morales très dures. Dois-je rappeller également qu'un médecin Grec a rapporté que certains désespérés n'hésitent plus à s'injecter le virus du sida pour obtenir des aides de l'Etat pour "vivre" ? Dois-je rappeler que les magasins ferment déjà à vitesse grand V ? Le désastre est déjà en Grèce. Mais que Mr Pangalos se rassure, il n'y aura probablement pas besoin de la sortie de la Grèce de la zone Euro pour que ce désastre frappe à la porte des autres pays de l'Union : c'est déjà le cas !

Un autre point, car, si je ne m'abuse, Mr Pangalos est dans le monde politique Grec depuis des décennies. Que n'a-t-il pas fait pour corriger ce système qu'il critique tant ? Son grand-père, Général dans sa jeunesse, n'a-t-il pas eu quelques problèmes avec la justice Grecque pour un scandale immobilier dans les années 30 ? Ces mêmes biens immobilier qui ont permis à Mr Pangalos de rester dans ce monde politique avec l'intelligence qui le caractérise le mettent-ils vraiment dans une position financière délicate ou dois-je rappeler  à nos lecteurs les nombreux avantages que les parlementaires grecs, dont il fait partie, ont en tant qu'élu ? Mr Pangalos se rappele-t-il de sa dernière note de téléphone, payée par ses chers (con)tribuables ? Le montant était de 48 000€.

Mais puisque la constitution Grecque protégeant les élus grecs les couvrent de toute action en justice pendant leur mandat, avec une limite d'action possible de 2 ans de la justice, je pense avoir une bonne idée de la raison pour laquelle aucun homme politique Grec n'a jamais été sérieusement traduit devant les tribunaux.

Voilà comment les citoyens de Mr Pangalos, en retour à ses commentaires disgracieux, le présentent :

Μαζί τα φάγαμε ?

Mr Pangalos, si nous avons partagé notre repas pourquoi ne partageons nous pas notre désespoir ?

Quand Mr Pangalos dit que "tout le monde a mangé", même si cette phrase peut en partie être débattue, eux, les politiciens, ont imposé ce système qui contraint une partie d'un peuple a être corrompu ou clientéliste pour survivre, je doute très fortement de la légitimité de Mr Pangalos pour en parler, puisque il est un acteur majeur de ce système depuis des lustres.

Que Mr Pangalos laisse sa population s'exprimer, qu'il les laisse lui montrer qu'une autre intelligence est possible. Qu'il permette à ses citoyens qui se saignent depuis des mois pour tenter de stabiliser cette (sa ?) situation lui montrer que l'intelligence n'est en aucun cas réservée à la classe politique. Qui sait, peut-être auront-ils des propositions à lui faire qu'il trouvera intelligibles ?

En pré-conclusion, voici 2 paragraphes de ce billet paru le 11/10/2011 chez EurActiv:

(...)

Enfin, sur la fiscalité, il (Theodoros Pangalos) s’est montré clairement réticent à l’idée de taxer les plus riches, estimant de toutes façons que « le gros de la fraude fiscale ne se trouvait pas au sommet ». Les coupables sont, d’après lui, à rechercher parmi les 600 000 auto-entrepreneurs que compte le pays.

Un constat que ne partage pas Kostas Vergopoulos, professeur de sciences économiques à l'université de Paris-VIII, grec d'origine et très bon connaisseur de la classe politique de son pays. "En Grèce, les médecins, les armateurs… estiment qu'ils n'ont aucune obligation de payer des impôts car ils sont déjà 'bienfaiteurs' du pays. Ce qui se passe aujourd'hui est plus grave que de la corruption car la classe dominante est exonérée d'impôts de façon tout à fait légale. 80% de ce que la Grèce perd en impôt est légal", explique-t-il.

(....)
Source : http://www.euractiv.fr/vice-president-grec-temporise-situation-pays-article (Copyright © EurActiv.fr)

 

Et pour finir, cette photo prise par Taf Kapa pendant les manifestations de  mai 2011 :

 

Avons nous tous mangé ensemble, Mr Pangalos ?

Le texte sous la photo de Theodoros Pangalos : "Gros, tu les (l'argent) as mangé tout seul ! "

Notez le "Siemens" sur le packet de chips : où il est sous-entendu qu'une partie de l'argent "mangé" par Theodoros Pangalos serait issu du scandale Siemens (dont nous parleront d'ailleurs très prochainement).

Merci d'avoir lu jusqu'au bout 🙂

Okeanos

Et en PS, "En toute franchise" avec Prokopis Pavlopoulos et Theodoros Pangalos, le 05 mai 2011 :