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Austérité et fascisme en Grèce - la véritable doctrine des 1% [traduction]

1 décembre 2011

Economie Politique Société austérité extrême droite Fascisme Grèce traduction troïka

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Aujourd'hui, traduction d'un article de Mark Ames du 16 novembre dernier. Mark Ames est écrivain et l'éditeur de www.exiledonline.com. Il a écrit pour différents journaux, aux USA et en Russie.

L'article original est ici.

Vous voyez l'homme sur la photo, qui tient une "hache" dans sa main gauche ? C'est Makis Voridis, le nouveau "ministre des Infrastructures, des Transports et des Réseaux", arrêté dans les années 1980 quand il dirigeait un groupe d'étudiants fascistes appellé "Alternative Etudiante" à l'Université de l'école de droit d'Athènes. C'était en 1985 et le ministre Voridis, vêtu comme certains nazis, est filmé avec ses compatriotes fascistes par la caméra du campus, en pleine chasse aux étudiants gauchistes. Voridis sera expulsé de l'école de droit cette année là et poursuivi en justice par l'Association Nationale des Etudiants de Grèce pour avoir participé à de violentes attaques contre des étudiants.

Avec toute la propagande dont nous avons été nourris  concernant le nouveau gouvernement Grec "d'austérité" gouverné par des "technocrates" non-idéologiques, il est assez surprenant de voir que des fascistes puissent être considérés comme des "technocrates" par les médias traditionnels et les intérêts bancaires occidentaux. Là encore, l'histoire montre que les fascistes ont toujours été favorisées par les 1% pour fournir les cures d'austérité.

Cette définition plutôt inquiétante de ce qui est supposé être "non-idéologique" ou "technocratique" en 2011 est une chose que la plupart des gens s'efforce d'ignorer, ce qui pourrait expliquer pourquoi pratiquement rien n'a été dit sur la raison de la présence du parti néo-nazi LAOS dans le nouveau gouvernement Grec, qui se voit imposer la poursuite de la cure d'austérité par l'UE. (LAOS est l'acronyme du parti d’extrême droite Grec, est n'est pas le paradis du sud-est asiatique).

Note okeanos : LAOS est l'acronyme de "Λαϊκός Ορθόδοξος Συναγερμό" (Alerte Populaire Orthodoxe). "Laos" veut dire "Peuple" en Grec.

Ce qui me ramène au nouveau ministre des Transports, Voridis Makis. Avant d'être un étudiant en droit porteur-de-hache, Voridis dirigeait un autre groupe de jeunes fascistes qui ont supporté le leader emprisonné du coup militaire de 1967. La Grèce a déjà subit cette voie fasciste par le passé, toujours sous couvert de sauver la nation et de se plaindre de la faiblesse supposée du parlement. En 1967, les militaires renversent la démocratie, imposent une junte fasciste, emprisonnent et torturent les dissidents gauchistes supposés, et plongent le pays sous terre jusqu'au renversement de la junte par la protestation populaire en 1974.

Cette junte militaire - et son soutien par les USA (pour lequel Bill Clinton s'est excusé en 1999) - reste brute et douloureuse dans la mémoire des Grecs. Pour la majorité des Grecs.  La seule mauvaise nouvelle qui pouvait contrarier le nouveau ministre des transports  concernant la junte est que celle ci ait été renversée par des manifestants démocrates. Un parti fasciste a ensuite été mis en place au début des années 1980 avec l'appui du chef de la junte emprisonné, et Voridis en dirigeait l'aile "jeune". C'est à cette période qu'il a été surnommé "La Hache". Vous pouvez maintenant deviner pourquoi le nouveau ministre des transports était surnommé la "Hache" : le sport favori de Voridis était de chasser les jeunes gauchistes et de les battre avec, oui, un marteau ou une hache.

Note Okeanos : le terme utilisé dans l'article est "Hammer" (Marteau), mais la traduction du surnom grec de Voridis est bien "Hache"

Gros plan de la hache faite maison de Voridis "La Hache"

Après ce coup du marteau, il obtient son diplôme en droit - et en hache - est expulsé de l'école de droit, et commence à faire son chemin dans le monde des adultes de la politique fasciste Grecque, sa hache cachée quelque part sous son lit. En 1994, Voridis aidera à fonder un nouveau parti d'extrême droite, le Front Hellénique. Pendant les élections de  2004 le "Front Hellénique" formera un bloc avec les néo-nazis du "Parti du Front" dirigé par le négationniste Grec le plus notoire, Konstantinos Plevris, un ancien terroriste fasciste dont le livre, "Les juifs : toute la vérité" fait l'éloge d'Hitler et appelle à l'extermination des juifs. Plevris a été accusé et reconnu coupable d'"incitation à la haine raciale" en 2007, mais sa peine a été annulée en appel en 2009.

Note Okeanos : la sentence appliquée à Plevris est mentionnée ici. Plevris sera acquitté le 27 mars 2009 - ce qui a causé des réactions internationales clairement non favorables envers le système judiciaire Grec, en notant que la justice Grecque avait échoué dans le renforcement de la législation anti-racisme. Un autre lien qui mentionne ce passage ici.

Depuis cette époque, Makis "la Hache" Voridis a négocié avec le beau monde du fascisme Grec en fusionnant  son Parti du Front hellénique avec le parti d'extrême droite LAOS, un parti "parapluie" pour toutes sortes d'organisations politiques de néo-nazis et d'extrême-droite. Le LAOS a été fondé par un autre anti-sémite délirant, Giorgos Karatzeferis - surnommé "KaratzaFührer" en Grèce - pour avoir affirmé que l'holocauste et Auschwitz sont des mythes juifs, et en disant que les juifs n'ont "aucune légitimité pour parler en Grèce". l'ADL (Anti-Defamation League)  s'est d'ailleurs dite profondément troublée de la présence de responsables politiques anti-sémites dans le gouvernement Grec. Pour une raison inconnue, cette information n'a pas été diffusée, sauf en Israël.

Logo du LAOS

Logo du Ku Klux Klan

 

Note Okeanos : ajout de cette photo récente de  Georgios Karatzaferis :

Georgios "KaratzaFührer" Karatzaferis.

Ce qui est amusant, c'est que le chef du parti LAOS, "KaratzaFührer", était préoccupé, car tandis qu'il appréciait  Makis "La Hache" Voridis autant que n'importe quel autre néo-nazi, il était inquiet  de ce que pourrait penser la population en mettant "La Hache" sur la liste électorale du LAOS pour les élections. Voici les explications du chef du LAOS, Karatzeferis, données à un journaliste du journal Ethnos :

Giorogos Karatzaferis: J'avais tout simplement peur du passé de Voridis que j'ai du masqué avec des efforts considérables.

Christos Machairas (journaliste): Que voulez-vous dire par «passé»?

Giorgos Karatzaferis: A propos de sa relation avec Jean-Marie Le Pen, les haches et tout le reste. Je suis en train de me dire que, soudain, le 30 Octobre (c'est à dire un peu avant les élections locales), certains gars de la Nouvelle Démocratie ou de l'équipe Tsipras (parti de gauche SYRIZA) auraient pu dévoiler une vidéo et me demander de m'expliquer sur ​​tous ces choses.

Note Okeanos : Je ne suis pas certain de la qualité de ma traduction sur l'échange précédent. Toute proposition de traduction est la bienvenue 🙂

Bon, c'est cela le vrai problème des élections, des référendums, de la démocratie et du reste : vous ne savez pas vraiment à quel niveau de qualification et de technocratie un gars comme  Makis "La Hache" Voridis se place, voilà pourquoi c'est une bonne chose que les banques aient chargé l'UE d'imposer "La Hache" en Grèce. Pour offrir un peu plus de douleur. C'est pour leur propre bien.

Note Okeanos : rien ne dit que l'imposition du LAOS dans le gouvernement Grec vient des banques. La création du gouvernement a été effectuée par Papademos. Néanmoins, Papademos étant proche du monde bancaire, la question est posée de l'intérêt de faire rentrer un parti minoritaire d'extrême droite (pour rappel, 5% lors des dernières élections avec un taux d'abstention d'environ 50%, soit par extension, maximum 3%). Pour rappel également, les divers partis de gauche + KKE n'ont pas souhaiter participer au gouvernement de "coalition".

Pas de douleurs (pour les 99%), pas de gain (pour les 1%).

"KaratzaFührer" (à gauche) et le ministre «La Hache» (à droite)

"KaratzaFührer" (à gauche) et le ministre «La Hache» (à droite)

 

Et c'est ainsi qu'aujourd'hui, grâce à l'UE et aux intérêts bancaires qu'elle contrôle,  Makis "La Hache" Voridis est le nouveau ministre des transports.

Ce qui me ramène à l'histoire des coups d'états en Grèce, et des coups actuels. Nos lecteurs qui suivent notre section "Ce qu'il faut savoir" ont eut l'occasion de lire depuis des mois des choses étranges concernant l'armée Grecque, culminant avec l'annonce de l'ex premier ministre, G. Papandréou, de limoger l'ensemble de l'état major des armées Grecques. Il les a limogé le 1er novembre, le même jour que l'annonce de la mise en place d'un référendum pour les mesures d'austérité. Voici un article qui en parle :

Pendant ce temps, dans un développement d'évènements qui a alimenté les craintes d'un coup d'Etat militaire potentiel dans le pays, M. Papandréou a également limogé mardi la totalité de l'état major de l'armée ainsi que quelques dizaines d'autres officiers supérieurs et les a remplacés par ceux qu'il croit être plus favorables aux orientations politiques actuelles.

Les chefs d'état-major général du pays, l'armée, la marine et l'armée de l'air ont tous été licenciés à la suite de la réunion du Conseil gouvernemental pour les affaires étrangères et la Défense, l'organe suprême  de décision sur la défense nationale.

Le ministère soutient que ce changement dans le haut commandement militaire avait  été programmé depuis longtemps. Mais ces remaniements, qui ont lieu tous les deux à trois ans, ne sont normalement pas sujet à entraîner le limogeage de l'ensemble des dirigeants.

Cette annonce intervient durant un mois d'achats massifs d'armes par l'armée Grecque à des pays vendeurs d'armes - France et USA - : début octobre, nous avons appris que les Etats-Unis a demandé une pause de l'austérité et du dénigrement des employés paresseux du secteur public  grec afin de prolonger une nouvelle ligne de crédit à la défense Grecque :

Selon les informations du magazine «Hellenic Defence & Technology", les autorités américaines ont approuvées  d'accorder 400 chars M1A1 Abrams à l'armée grecque, qui comprendrait des options entre rénovation simple - représentant des dizaines de millions de dollars pour l'ensemble des chars - et la remise à un niveau élevé de capacité opérationnelle, avec un coût correspondant plus élevé . La lettre relative de l'offre et d'acceptation (LOA) est attendue prochainement.

Toujours selon des informations exclusives du magazine «Hellenic Defence & Technologie», un courrier concernant le prix et la disponibilité  a été envoyée aux autorités américaines concernant 20 AAV7A1 (véhicules amphibiens) et un programme de mise à niveau à faible coût. Ceci est la première étape pour couvrir une exigence opérationnelle pour 75 à 100 véhicules.

Note Okeanos : concernant le contrat des chars US, la Grèce a démenti l'information, voir ici. Néanmoins, selon Atlantico, certaines sources indiquent que la Grèce aurait fait marche arrière sous la pression de l'Allemagne qui est un concurrent des États-Unis sur le marché des chars (en citant cet article de l'express qui ne confirme néanmoins pas la chose...). Difficile donc de confirmer dans l'un sens ou dans l'autre. Mais chacun sait que le marché juteux des armes peut "éventuellement"  apporter son lot de négociations par ministères interposés, a l'abris des regards indiscrets. Que l'Allemagne et/ou la France impose à la Grèce de continuer à acheter des armes "made in EU" (en échange de l'"aide" financière de la troïka) a d'ailleurs été évoqué par Daniel Cohn-Bendit au parlement Européen en mai 2010, voir ci dessous :

Quelques semaines plus tard, la France accorde des nouvelles lignes de crédit à la défense pour un besoin-désespéré de cuirassé(s) furtif(s), laissant sentir la colère et le sentiment d'être mis à l'écart de l'Allemagne, selon Der Spiegel :

Un énorme contrat d’armement menace de tendre les relations franco-allemandes. Selon des informations obtenues par Der Spiegel, la France veut livrer entre 2 et 4 frégates à la marine grecque et permettre au pays sur-endetté de retarder pendant 5 ans le paiement des frégates (300 millions € pièce).

Selon l’accord, la Grèce aura la possibilité de payer les frégates au bout de 5 ans, avec une remise de 100 millions €, ou de les rendre à la marine nationale française. Ces frégates “furtives” sont conçues pour éviter d’être détectées par les radars ennemis et sont construites par DCNS.

L’accord est critiqué par les concurrents allemandes de DCNS, qui ont tenté pendant des années de remporter ce contrat.

Cette dernière partie explique tout : la colère des allemands ne concernaient pas la prodigalité mais la perte d'un contrat pour lequel ils étaient en compétition. Ce que cela montre, encore une fois, c'est le mensonge sur cette "austérité" : ils prétendent que la Grèce est trop endettée pour emprunter un cent, mais ne pensent à rien d'autre qu'à un prêt de plusieurs millions d'euros pour les militaires.

En regardant les manoeuvres de dernière minute, il semble assez clair que la décision de Papandréou de limoger tout l'état major le jour où il annonce son référendum sur l'austérité - sa tentative de contre-balancer la puissance des banques occidentales et la puissance militaire locale avec le pouvoir démocratique du peuple - était essentiellement une lutte de pouvoir impérialiste dans une colonie arrogante dont les habitants sont vu comme autant de source de profit pour les banques. Nous avons donc des pays créanciers qui tentent de soudoyer l'armée en tant que banque du "attention le défaut est proche" et Papandréou essayant de contrer en les pliant à sa volonté et en se sauvant politiquement dans cette proposition de redonner la parole au peuple. Finalement, il n'était pas de taille, il n'a jamais eu de chance. Et la volonté populaire des citoyens grecs n'est déjà qu'une arrière pensée.

Voilà comment les banquiers s'arrangent avec les républiques bananières ; c'est la manière dont ils géraient leurs colonies. Prendre soin de l'armée, leur donner des cadeaux et se les mettre dans la poche.  Les gens ne servent qu'à être utilisés. Et quand ils crient, il suffit des les caractériser à la manière dont les Britanniques ont caractérisé les Irlandais pendant la grande famine : paresseux, irresponsables, tout est de leur faute, ce dont ils ont besoin est un traitement plus douloureux, et d'un coup de pied dans le cul ... pour leur propre bien, bien sûr.

Note Okeanos : les républiques bananières vont plutôt du côté des pays qui possèdent de larges gisements de pétrole ou de gaz, ce qui n'est pas le cas de la Grèce. A bah tiens, si en fait : voir ici. Ce sujet fera l'objet d'un futur billet, car il est beaucoup plus complexe qu'il n'y parait.

Et juste au cas où cela n'était pas bien clair pour tout le monde, le magazine Forbes s'est prononcé en faveur d'un coup . Voici comment un chroniqueur grec l'a rapporté:

"Au lieu de gaspiller des euros, il serait beaucoup plus sage pour l'Allemagne de parrainer un coup d'Etat militaire et résoudre le problème de cette façon." Non, cet extrait ne provient pas d'un blog fasciste. C'est un article de Forbes magazine et c'est juste un autre des articles provocateurs qui suivent cette folle campagne anti-Grèce des médias internationaux.

Finalement, les banquiers et l'occident ont obtenu leur coup d'Etat. Et ils n'ont pas eu besoin d'un affreux spectacle militaires pour y arriver. Papandréou a été renversé, le référendum a été retiré, un régime d'austérité mis en place pour mener à bien les demandes des banquiers, sans que la démocratie se mette en travers de leur chemin. Beau et propre.

Non seulement l'occident a réussi son coup d'état, mais en plus, des fascistes comme Makis "La Hache" Voridis ont obtenu ce qu'ils ont attendu toute leur vie : pouvoir et faire valoir du nationalisme d’extrême droite sur la démocratie.

Voilà où nous en sommes aujourd'hui. La Grèce croule sous les dettes, sa démocratie est détruite - et malgré la lutte contre les nazis pendant la seconde guerre mondiale et après avoir retrouvé la démocratie face à la junte fasciste de 1974 - à la fin, c'est l'Union Européenne et les banques occidentales qui mettent un homme au pouvoir comme Makis "La Hache" Voridis, l'homme qui patrouillait dans son école de droit sa hache à la main.

Note Okeanos : le raccourci UE+Banques qui imposent Makis Voridis n'est pas vérifié. Encore une fois c'est Papademos qui a choisi la composition de son gouvernement. Certes, c'est un ancien banquier mais rien ne dit qu'un coup d'état militaire a bien été évité. Tout montre par contre que le coup d'état financier est bien réel, lui.

Makis "La Hache "Voridis

L'implications de l'UE et des banquiers qui ont forcé la Grèce, berceau de la démocratie, à annuler un plébiscite populaire en le définissant comme  "irresponsable", forçant au lieu de cela un régime d'austérité composé en partie de néonazis fascistes pour administrer plus de "douleur" - est quelque chose qui devrait vraiment effrayer tout le monde.. Parce que cela plaise ou non, nous sommes tous dans le collimateur des mêmes intérêts bancaires , et nous allons tous y faire face encore et encore. La Grèce se trouve être le premier dans la file.

Note Okeanos : la conclusion me semble juste et très inquiétante. Même si la volonté de l'Europe n'a probablement pas été celle d'installer un parti d'extrême droite dans le gouvernement Grec, en tout cas, la preuve n'en est pas faite, la conséquence est, elle, un fait précis : effectivement, un Ministre néo-nazi est bien dans le gouvernement Grec. Effectivement, une partie de l'Europe est gouvernée par des intérêts bancaires. Et pour ceux qui doutent encore , cette impression écran du site officiel du nouveau ministre des transports, Makis "La Hache" Voridis, avec le logo officiel du LAOS (KKK ?) en haut à gauche: