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Le modèle économique occidental en Grèce : une hérésie ?

15 novembre 2011

Billet d'Humeur Economie chomage crise Emploi Grèce

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L'économie grecque est en berne, le mot est faible. C'est un constat que toute personne qui arpente les rues d'Athènes peut observer sans même chercher à le voir. En Grèce, des petites pancartes « A vendre » ou « A louer » continuent à fleurir un peu partout sur les magasins et sur les fenêtres des appartements, malgré l'hiver qui s'installe. Quelques chiffres montrent cette situation dramatique : entre 2003 et 2010, le nombre d'entreprises de petite et moyenne taille a diminué de 30 000 (source Confédération nationale du commerce Grec).

« Affiches ''à louer'' présentes partout à Athènes »

Car l'économie grecque est essentiellement basée sur des entreprises familiales (oublions ces armateurs qui, installées en partie à Chypre ou ailleurs, ne payent aucune taxe en Grèce, ou si peu). Ces petites entreprises, qui font souvent vivre la famille, ferment à vitesse grand V : entre 2010 et 2011, 68 000 entreprises ont fermé tandis que 67 000 emplois ont été perdus dans le secteur depuis les 9 derniers mois. Et pour cette fin d'année 2011, 53 000 autres petites structures sont dans l'attente de fermer (pour autant d'emplois perdus). Effarant.

Certains jeunes diplômés reprennent l'entreprise familiale au lieu de chercher un emploi dans leur domaine. Car ils subissent une double contrainte : celle d'éviter la perte de la ressource familiale et l'impossibilité de trouver un emploi en Grèce. Et il faut payer les factures et les nouvelles taxes, sans parler des emprunts contractés pour l'ouverture de l'entreprise. Et l'expatriation, même si elle est de plus en plus évoquée, pose une nouvelle question :

« Comment serai-je reçu dans un pays étranger quand je vois tous les commentaires sur les grecs. Comment trouver un travail ailleurs si je suis considéré d'office comme paresseux et tricheur ? ».

Cela n'empeche pas certains de chercher un avenir ailleurs, avec cette impression de trahir son pays en cette période difficile. Une tragédie.

Ces petites entreprises grecques, qui font le bonheur du voisinage, sont vouées à mourir, les unes après les autres. Rappellez vous de ces temps anciens, où, en France, chaque ville et village possédait ses petits commerces où tout le monde se connaissait. C'est la Grèce d'aujourd'hui que la culture de la consommation à outrance voudrait transformer en ce modèle qui commence à être sérieusement remis en cause ailleurs : des grandes surfaces et des grands centres commerciaux sinon rien !

Avant hier, l'employée du Mini Market d'à coté m'offre des petits gateaux : c'est son anniversaire et c'est donc naturel. Ce commerce de voisinage est une richesse qu'il serait bon de conserver, au risque de déshumaniser complètement nos relations envers l'autre. Et ces fermetures à répétitions diminuent d'autant ces lieux d'échange et de partage. Ces petits magasins qui ferment, c'est, en plus de la mort de l'économie grecque, la disparition des contacts entre voisins.

La baisse des loyers, estimée à pas loin de 50% depuis la crise, n'empêche pas cette fuite des locataires. Et des locataires en moins dans un quartier, c'est autant de clients perdus pour les échoppes. Le cercle infernal se poursuit donc. Même les places centrales des quartiers (architecture typique et si charmante des villes et villages grecs) voient leurs terrasses se vider. Athènes, cette ville qui ne dormait jamais, se transforme doucement en ville fantome dès le début de soirée. Impensable il y a encore quelques mois. Certes, les Athéniens continuent à sortir, cela est culturel. Mais ils sortent moins et consomment beaucoup moins.

Une trentenaire :

« Je viens d'apprendre que mon salaire va passer de 700€ à 560€ par mois. J'avais quelques jours de congés, je voulais en profiter pour partir quelques jours hors d'Athènes. J'habite avec ma mère car je n'ai pas les moyens de prendre mon indépendance et d'avoir mon chez moi, si petit soit-il. J'ai besoin d'air, mais devant cette baisse de salaire, je ne sais pas si peux envisager de partir 2 ou 3 jours : je n'ai plus les moyens d'aller dans un restaurant. »

Pendant qu'Athènes compte les commerces en souffrance, 21% des commerces portuaires de Salonnique ont fermé. Moins d'emplois, moins de locataires. Moins de locataires, moins de commerces. Moins de commerces, moins de rentrées d'argent frais pour l'état...

Et pendant que les petits commerces souffrent, les grandes surfaces Européennes, elles, font face à la crise sans grande difficulté.

Selon http://ekathimerini.com :

(…) Le Mall Athens a observé une augmentation de 2% du nombre de visiteurs et une augmentation de 1% du chiffre d'affaires dans la période Juillet-août par rapport à la même période en 2010. Le nouveau centre commercial, le Golden Hall, a montré une croissance de 5% du chiffre d'affaires et une hausse de 6% du nombre de visiteurs durant la même période.

Il serait désormais impossible de trouver du sucre fabriqué en Grèce. Il serait importé de Russie depuis la fermeture des usines grecques (qui étaient pourtant rentables, selon nombre de grecs). Carrefour et Lidl proposent désormais leurs produits. En aout 2011, Carrefour ouvrait son 33eme hypermarché dans la ville de Tripoli. En septembre 2011, le groupe français a ouvert son premier hypermarché « Carrefour planet » : « D'une surface de 8 400m², ce magasin "nouvelle génération" propose à ses clients une nouvelle expérience d'achats. Avec ce nouveau concept, les consommateurs découvriront une nouvelle façon de faire leurs courses, plus conviviale et plus pratique, avec de nouveaux espaces spécialisés, de nouveaux services et une offre de produits au meilleur prix. ». Une bonne nouvelle donc...

Pendant que Carrefour s'installe durablement en Grèce malgré des résultats en baisse du chiffre d'affaire en Grèce et en italie, il est possible de trouver de la féta allemande et française en Grèce. Un comble quand on sait que l'appelation a été enlevée à une grande marque Française.

Ce modèle économique, basé sur la consommation à outrance dans des espaces déshumanisés semble avoir encore de beaux jours devant lui. Les grands groupes ne connaissent pas la crise. Sur ce, je vous laisse méditer, un café m'attend dans le petit commerce d'à côté et je ne manquerai pour rien au monde ces dicussions sur le nouveau Gouvernement (Goldman Sachs ?) et sur cet avenir qui ne semble décidemment pas vouloir s'éclaircir.