5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Loukanikos

12 octobre 2011

Billet d'Humeur Les indispensables Société émeutes Grèce manifestation police Syntagma

790 mots   636       Comments

Encore une fois. Encore un soir de gaz lacrymos et de combats. Chaque fois que la colère se montre, les citoyens grecs doivent être battus et « teargasés ». Et plus la population reste calme, plus la police devient violente et aggressive. Et comme chaque soir de manifestation, chaque journée de lutte, chaque moment de combat contre la police anti émeute, Loukanikos est présent. Il ne peut pas témoigner, mais se bat comme 4. Il ne peut pas partager ses sensations, mais court et s’excite contre la police. Loukanikos est la mascotte de Syntagma. Il est présent sur beaucoup de photos et vidéos de presque tous les évènements. Et il a choisi le camp des indignés.

Loukanikos a élu domicile à Syntagma et chaque fois que le peuple grec lutte pour ses droits et pour exprimer sa colère, il participe avec une motivation digne d’un révolutionnaire. Ce mercredi 5 octobre, il a encore participé.

Loukanikos (saucisse, en grec) accompagne donc ces manifestants qui, rassemblés par  milliers, s’étaient donnés rendez vous ce mercredi. Tous les transports publics étaient en grève, sauf le métro. Et comme chaque fois, l’excuse d’un petit groupe (300 sur 20 000) cherchant à en découdre avec la police provoque la furie de la police anti émeute (voir ici), qui jette des pierres aux manifestants  :

Désormais, même les journalistes sont directement visés .

Tatiana Bolari, journaliste grecque, frappée par un policier anti émeute  (source ici ) :

Photo: REUTERS/Yannis Behrakis

Un journaliste de  l’AFP (source la ) :

Un policir utilise sa matrque contre un journalistede l'AFP

 

Bonne nouvelle, le policier en question aurait été arrêté, c’est une grande première en Grèce (arrêté mais ... jugé ?).  Reporter sans frontière a encore fait une déclaration, ici.

Les policiers anti émeutes sont-ils laissés en totale autonomie ou leurs ordres sont-ils de décourager tout un peuple ? Cette photo montre en tout cas un humanisme à toute épreuve.

Désormais, je suis triste. Les nouvelles de la famille du premier article ne sont pas très bonnes. Comme beaucoup (30% des commerces depuis le début de la crise), ils vont devoir fermer leur commerce pour limiter la casse. L’inquiétude grandit. L’avenir est plus incertain que jamais. L’accès à l’hôpital public est devenu payant (5€ pour l’entrée) depuis le début de l’année. Les industries pharmaceutiques ne fournissent plus tous les médicaments, devant les défauts de paiements. À Athènes, certains médecins demandent même que les patients viennent avec les compresses pour pouvoir assurer les soins. En province, le sucre, dans certaines grandes surfaces, n’est plus aussi abondant. Deux causes principales : la fermeture des sucreries grecques (il se dit qu’elles ont été rachetées par des grands groupes européens qui les ont fermés ensuite) et les migrants qui, n’ayant pas choisi d’être bloqués en Grèce, envoient cette denrée primordiale à leurs familles restées au Soudan, en Tunisie ou ailleurs.

Un retraité me dit que sa retraite vient de passer de 1500€ à 900€ depuis le début de l’année. Sa maison est payée, il n’a pas de gros besoins et pourra s’en sortir, sauf nouvelles mesures qui verront le jour. Mais comment vont faire ces familles qui voient leur salaires s’écrouler (le chômage n’est pas indexé sur le salaire en grèce, il est de 400€) quand la maison n’est pas remboursée ?

Désormais, je suis inquiet. Je m’inquiète pour l’avenir de ces gens qui, la peur au ventre pour beaucoup, continuent à manifester. Je m’inquiète pour cette population dont 44% n’a plus confiance en sa classe politique, tous bords confondus. Je suis admiratif de ces gens, qui, malgré ces difficultés continuent à plaisanter sur leur premier ministre qu’ils appellent Yorgaki (petit Yorgos), fils et petit fils d’une des trois dynasties au pouvoir depuis des décennies (Papandréou, Karamanlis et Mitsotakis).

Heureusement, Loukanikos sera présent, quoi qu’il arrive, quoi qu’il lui en coute :

Et ce n’est pas la police anti émeute qui lui fera changer d’avis :

Aujourd’hui, je suis triste. Triste et plus indigné que jamais.

Demain est un autre jour. Une nouvelle journée de débrouille pour beaucoup. Un nouveau matin d’espoir pour d’autres : mais que peut espérer un peuple muselé et agressé au quotidien ?

Article posté initialement sur le blog www.les-crises.fr  ici.