Articles pour le tag : "Patras"

« Je crois que les chiens ont plus de chance que nous ici à Patras. J’ai été tabassé et j’ai vu d’autres per­sonnes être tabas­sées par la police et les ‘commandos’1. Pouvez-vous me dire pour­quoi ils nous traitent comme-ça ? J’ai tou­jours peur. J’ai peur de me réveiller. J’ai peur d’aller aux pou­belles cher­cher de la nour­ri­ture. J’ai peur d’aller en ville. »

« C’était il y a une ving­taine de jours, vers 17h envi­ron. J’essayais d’entrer dans le port. Je me cachais der­rière un camion. Deux ‘commandos’1 m’ont trouvé. Un des deux a pointé son pis­to­let sur moi et m’a demandé de sor­tir et de m’asseoir. J’ai suivi ses ordres. J’étais tout seul. Alors que j’étais assis par terre, il m’a demandé d’enlever mes chaus­sures et de lui don­ner mon télé­phone por­table. J’ai fait tout ce qu’il m’a dit de faire. Puis il a com­mencé à me frap­per alors que j’étais en posi­tion assise. Il m’insultait. Il m’a relevé et m’a crié ‘Mesa !’ (dedans !). J’avais peur mais je sen­tais que je n’avais pas d’autre choix que de sau­ter à l’eau. Je suis sorti seule­ment quand on m’a demandé de sor­tir. Il se tenait à envi­ron trois mètres de moi. Il poin­tait son pis­to­let sur moi et il l’a chargé. J’ai entendu le son. J’étais ter­ri­fié. J’ai cru qu’il allait me tuer. Puis j’ai com­pris que je devais par­tir. J’ai com­mencé à cou­rir, trempé et pieds nus. »

« Ca fait six mois que je suis ici Patras. Où qu’on aille, on risque de se faire atta­quer par la police. Ils m’ont tabassé tel­le­ment de fois dans les rues. Parfois, les ‘com­man­dos’ couvrent leur visage avec un masque inté­gral pour qu’on ne puisse pas les recon­naître. Dans le port, ils nous frappent tou­jours dans un endroit caché, pas devant d’autres per­sonnes (les tou­ristes par exemple). Ils nous donnent des coups de poing, des coups de pied, nous frappent avec des bâtons et même avec des sortes de cannes spé­ciales, qui res­semblent à des clubs de golf. »

« Je suis arrivé en Grèce en août 2011 et suis venu à Patras il y a un mois et demi. Je n’ai pas fait de demande d’asile. Patras est un endroit très dif­fi­cile. Nous trou­vons notre nour­ri­ture dans les pou­belles. Les poli­ciers nous traitent mal, ils sont très vio­lents. Ils ne devraient pas nous frap­per, c’est inter­dit par la loi euro­péenne. Nous venons d’un pays en guerre, pour trou­ver la paix, et nous nous retrou­vons en pleine violence. »

« L’année der­nière, j’ai vu les ‘com­man­dos’ pour­suivre un jeune gar­çon dans le port. Ils l’ont arrêté et l’ont roué de coups de matraques. Il est tombé à cause des coups. Ils l’ont forcé à se rele­ver et à avan­cer. Mais il n’arrivait plus à mar­cher et il est retombé par terre. Un ‘com­mando’ l’a relevé encore une fois et lui a donné l’ordre de bou­ger. Alors un autre ‘com­mando’ l’a tiré der­rière un camion. Ils l’ont frappé à nou­veau. Après, une voi­ture des ‘com­man­dos’ est venue et a emporté le garçon. »

Des témoi­gnages, nom­breux, montrent à quel point la situa­tion des réfu­giés en Grèce est dra­ma­tique (le mot est faible). OkeaNews a donc décidé de publier un témoi­gnage de réfu­giés par jour. Ces témoi­gnages sont issus d’une étude com­plète et alar­mante de ProAsyl sur la situa­tion des réfu­giés à Patras. Aujourd’hui, pre­mier témoi­gnage de Y., d’Erythrée.

La vio­lence de la situa­tion qui est faite à tous ces migrants à Patras (vio­lences poli­cières, condi­tions de vie indignes, besoins vitaux non rem­plis) qui s’ajoute à la vio­lence subie avant d’arriver (dans les pays qu’ils ont fui et au cours du voyage) ne peut que finir mal. D’autant que ces vio­lences ne trouvent aucune oreille, per­son­nelle ou pro­fes­sion­nelle, pour être écou­tée, média­ti­sée, par­lée. Les pétages de plomb sont donc inévi­tables. Et la vio­lence engendre la violence.

La sécu­rité des grecs passe par une prise en compte de la souf­france de ces hommes et d’une solu­tion euro­péenne pour l’éviter. La Grèce ne peut seule assu­mer ce pro­blème qui concerne toute l’Europe. Ce qui vient de se pas­ser à Patras est le résul­tat de la poli­tique euro­péenne de « maî­trise des flux », une poli­tique mor­ti­fère et meurtrière.

Des vio­lences ont eu lieu à Patras, à l’ouest de la Grèce dans le Péloponnèse. La police aurait déclaré la situa­tion « hors de contrôle ».

Il semble que 5 per­sonnes aient été bles­sés, dont un député néo-nazi de l’Aube dorée, ainsi que 2 poli­ciers. Le jour­na­liste qui a tenté de le pro­té­ger aurait lui aussi été blessé.

Plus tôt dans la jour­née, des membres du parti néo-nazi l’aube dorée sont arri­vés à Patras en bus. Patras est une ville ou la pré­sence de réfu­giés clan­des­tins est forte, car elle héberge le port grec qui fait la liai­son avec l’Italie (liai­son Patras — Ancone). Beaucoup se retrouvent coincé à Patras, dans des condi­tions de vie déplo­rables, et espèrent pou­voir rejoindre l’Italie.

Le Carnaval de Patras bat son plein. Merkel, Sarkozy, Papandréou et le gou­ver­ne­ment sont les rois de la fête et de la déri­sion. C’est le moment où l’on peut « dire fran­che­ment tout ce que l’on pense ». Sans limites. La viru­lence des cari­ca­tures témoignent de la déses­pé­rance des Grecs. La tri­bune offi­cielle du défilé, elle, était qua­si­ment vide: les per­son­na­li­tés poli­tiques grecques et les repré­sen­tants des ambas­sades étran­gères n’ont pas osé venir, sans doute par peur d’être « enyaour­tés » ou « ento­ma­tés ». Mais leurs ava­tars ont, eux, défilé. L’ancien pre­mier ministre socia­liste Andréas Papandréou en caniche d’Angela Merkel, le nou­veau pre­mier ministre tech­no­crate Loukas Papadimos en Arlequin, la ministre de l’éducation en pho­to­co­pieuse (allu­sion au fait que, faute de moyens, les élèves n’ont pas reçu de livres cette entrée sco­laire), Strauss Kahn en cochon ama­teur de truffes, et bien d’autres encore…