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On les aurait « cueillies » au centre-ville, on les aurait conduites au com­mis­sa­riat de police, on les aurait jetées dans une cel­lule, on les aurait dépouillées de leurs vête­ments, on les aurait insul­tées, on leur aurait refusé le droit à un avo­cat et à un tra­duc­teur jusqu’à ce qu’on pro­nonce les accu­sa­tions de refus d’obtempérer, d’outrage et de résis­tance aux auto­ri­tés. Chloé est pho­to­graphe, gréco-française. Iliriane, 23 ans, est étu­diante des Pays-Bas. Leur crime ? Premièrement, elles sont étran­gères. Deuxièmement, elles auraient osé tour­ner un mini-documentaire dans le cadre d’un tra­vail de recherche uni­ver­si­taire dont le sujet est « Accueil et immi­gra­tion, en Grèce. ».

Into The Fire, le docu­men­taire pro­duit par REELNEWS sort aujourd’hui. Réalisé par Guy Smallman et Kate Mara, en par­tie grâce au crowd-funding, le film a été tourné en 2012 et est dis­tri­bué dès aujourd’hui sous licence crea­tive com­mons. Un film sans conces­sion qui pré­sente la situa­tion dra­ma­tique des immi­grants illé­gaux et des réfu­giés en Grèce. Un film à voir, à faire connaitre et à par­ta­ger par­tout sur la toile.

Le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe vient de publier son rap­port après sa visite en Grèce en mars der­nier : «  gra­ve­ment pré­oc­cupé par l’augmentation des crimes racistes et hai­neux en Grèce  », le com­mis­saire «  appelle les auto­ri­tés à condam­ner fer­me­ment et sans équi­voque les dis­cours de haine et les crimes hai­neux  » et «  déplore que le dis­cours stig­ma­ti­sant les migrants a été lar­ge­ment uti­lisé dans la poli­tique grecque et que les mesures de contrôle de l’immigration ont conduit à une plus grande stig­ma­ti­sa­tion des migrants  ». Il «  exprime sa pré­oc­cu­pa­tion face à l’évolution res­tric­tive pré­vue dans la loi sur la natu­ra­li­sa­tion des enfants d’immigrés rési­dents de longue durée  ».

L’immigration. Un sujet qui fait les gros titres, en Grèce comme ailleurs. « Les immi­grés sont les tyrans de la société grecque », disait le pre­mier ministre actuel Antonis Samaras lors de sa der­nière cam­pagne élec­to­rale. « Nous allons remé­dier à ce pro­blème », répondait-il en direct à la télé­vi­sion aux can­di­dats de l’aube dorée qui lui « expli­quaient » qu’il y a trop d’enfants étran­gers dans les écoles du pays. Depuis, Antonis Samaras a été élu, l’opération « Xenios Zeus » a été mise en place et des immi­grés se tailladent les veines dans des camps de déten­tions comme seul espoir d’en sor­tir. Depuis, on rafle aussi des toxi­co­manes dans les rues d’Athènes dans le cadre de l’opération «  Thetis  ». Ils sont envoyés dans ces mêmes centre de déten­tions, que cer­tains n’hésitent plus à appe­ler « camps de concen­tra­tion », pour y pas­ser une bat­te­rie de tests médi­caux et « don­ner » leurs don­nées per­son­nelles.   La sur­po­pu­la­tion de ces camps de déten­tion et les condi­tions inhu­maines dans les­quelles vivent de nom­breux sans papiers pour­raient être l’une des consé­quences de la crise éco­no­mique sans pré­cé­dent que tra­verse la Grèce. Pourtant, l’Europe alloue un bud­get consé­quent à la répu­blique hel­lé­nique pour « régler le pro­blème » de l’immigration. Seul hic, la manière dont est uti­lisé cet argent est d’une opa­cité telle qu’on ne sait pas où est pas­sée la somme de 162 mil­lions d’euros allouée à la police hel­lé­nique, qui n’a pas publié de comptes depuis … 2008. Et si le spectre de l’immigration était uti­lisé en Grèce pour conti­nuer à rece­voir des aides de l’Europe ? Où vont ces subventions ?

Cheikh Ndiaye. un immi­gré séné­ga­lais agé de 37 ans et père de deux enfants, est mort ven­dredi soir à la sta­tion de métro Thisseio, alors qu’il ten­tait d’échapper aux poli­ciers muni­ci­paux. Poursuivi par une dizaine d’entre eux, d’après les témoi­gnages de per­sonnes pré­sentes sur les lieux du drame, il serait tombé sur les rails après avoir été acculé et poussé par un agent en bout de quai. On ignore encore si la vic­time  est décé­dée des suites de sa chute sur les rails ou par électrocution.

Les corps de 21 migrants sont retrou­vés sur une plage de l’île égéenne de Lesbos, le 15 décembre 2012, après le nau­frage de leur embar­ca­tion. Un jeune Afghan de 16 ans, l’un des deux seuls sur­vi­vants, indi­quera que le bateau, parti des côtes de Turquie, comp­tait une tren­taine de per­sonnes à son bord, des Afghans pour la plu­part, lorsqu’il a cha­viré à cause du mau­vais temps. Efi Latsoudi, rési­dente de Mytilène et béné­vole de l’organisation de bien­fai­sance « To Chorio tou Oloi Mazi », qui a aidé les proches des vic­times dans leurs démarches, revient sur les ins­tants de ce drame, les obs­tacles ren­con­trés, et l’indifférence des autorités.

« Je crois que les chiens ont plus de chance que nous ici à Patras. J’ai été tabassé et j’ai vu d’autres per­sonnes être tabas­sées par la police et les ‘commandos’1. Pouvez-vous me dire pour­quoi ils nous traitent comme-ça ? J’ai tou­jours peur. J’ai peur de me réveiller. J’ai peur d’aller aux pou­belles cher­cher de la nour­ri­ture. J’ai peur d’aller en ville. »

« C’était il y a une ving­taine de jours, vers 17h envi­ron. J’essayais d’entrer dans le port. Je me cachais der­rière un camion. Deux ‘commandos’1 m’ont trouvé. Un des deux a pointé son pis­to­let sur moi et m’a demandé de sor­tir et de m’asseoir. J’ai suivi ses ordres. J’étais tout seul. Alors que j’étais assis par terre, il m’a demandé d’enlever mes chaus­sures et de lui don­ner mon télé­phone por­table. J’ai fait tout ce qu’il m’a dit de faire. Puis il a com­mencé à me frap­per alors que j’étais en posi­tion assise. Il m’insultait. Il m’a relevé et m’a crié ‘Mesa !’ (dedans !). J’avais peur mais je sen­tais que je n’avais pas d’autre choix que de sau­ter à l’eau. Je suis sorti seule­ment quand on m’a demandé de sor­tir. Il se tenait à envi­ron trois mètres de moi. Il poin­tait son pis­to­let sur moi et il l’a chargé. J’ai entendu le son. J’étais ter­ri­fié. J’ai cru qu’il allait me tuer. Puis j’ai com­pris que je devais par­tir. J’ai com­mencé à cou­rir, trempé et pieds nus. »

« Ca fait six mois que je suis ici Patras. Où qu’on aille, on risque de se faire atta­quer par la police. Ils m’ont tabassé tel­le­ment de fois dans les rues. Parfois, les ‘com­man­dos’ couvrent leur visage avec un masque inté­gral pour qu’on ne puisse pas les recon­naître. Dans le port, ils nous frappent tou­jours dans un endroit caché, pas devant d’autres per­sonnes (les tou­ristes par exemple). Ils nous donnent des coups de poing, des coups de pied, nous frappent avec des bâtons et même avec des sortes de cannes spé­ciales, qui res­semblent à des clubs de golf. »

« Je suis arrivé en Grèce en août 2011 et suis venu à Patras il y a un mois et demi. Je n’ai pas fait de demande d’asile. Patras est un endroit très dif­fi­cile. Nous trou­vons notre nour­ri­ture dans les pou­belles. Les poli­ciers nous traitent mal, ils sont très vio­lents. Ils ne devraient pas nous frap­per, c’est inter­dit par la loi euro­péenne. Nous venons d’un pays en guerre, pour trou­ver la paix, et nous nous retrou­vons en pleine violence. »

« L’année der­nière, j’ai vu les ‘com­man­dos’ pour­suivre un jeune gar­çon dans le port. Ils l’ont arrêté et l’ont roué de coups de matraques. Il est tombé à cause des coups. Ils l’ont forcé à se rele­ver et à avan­cer. Mais il n’arrivait plus à mar­cher et il est retombé par terre. Un ‘com­mando’ l’a relevé encore une fois et lui a donné l’ordre de bou­ger. Alors un autre ‘com­mando’ l’a tiré der­rière un camion. Ils l’ont frappé à nou­veau. Après, une voi­ture des ‘com­man­dos’ est venue et a emporté le garçon. »

Des témoi­gnages, nom­breux, montrent à quel point la situa­tion des réfu­giés en Grèce est dra­ma­tique (le mot est faible). OkeaNews a donc décidé de publier un témoi­gnage de réfu­giés par jour. Ces témoi­gnages sont issus d’une étude com­plète et alar­mante de ProAsyl sur la situa­tion des réfu­giés à Patras. Aujourd’hui, pre­mier témoi­gnage de Y., d’Erythrée.

Le pré­sident de la Nouvelle démo­cra­tie (ND), Antonis Samaras, a pré­senté avant-hier, le 12/06/2012, lors d’une allo­cu­tion spé­ciale à la « Fondation du monde hel­lé­nique», douze mesures pour la sécu­rité des citoyens et la ges­tion de l’immigration clandestine.

« La pro­tec­tion du citoyen est le fon­de­ment de la démo­cra­tie ; il ne peut y avoir de « cité » libre si celle-ci est inca­pable de pro­té­ger ses citoyens de la peur. Sans sécu­rité règne la peur, qui entraîne la sup­pres­sion de la liberté. Les habi­tants d’Athènes, du quar­tier d’Aghios Panteleïmonas, de Patras et d’autres villes, le savent », a déclaré Samaras.

« Il y a quelques années encore pré­do­mi­nait l’idée selon laquelle la sur­veillance poli­cière était une mau­vaise chose, mais main­te­nant que celle-ci fait défaut, la cri­mi­na­lité, qu’elle soit ordi­naire ou orga­ni­sée, fait rage. On ne peut se sen­tir libre quand, à cause du crime et de l’impunité, on a peur pour sa famille » a-t-il ajouté.

En rai­son de la ren­for­ce­ment des contrôles aux fron­tières euro­péennes, le flux migra­toire a démé­nagé à la fron­tière gréco-turque, qui est devenu le prin­ci­pal point d’entrée pour les migrants vers l’Union euro­péenne. La Grèce est, pour la plu­part des migrants, juste un lieu de tran­sit qu’ils doivent quit­ter aussi rapi­de­ment que pos­sible en espé­rant trou­ver de meilleures condi­tions de vie. Ils sont contraints de vivre dans la clan­des­ti­nité, sou­vent vic­times de vio­lences ou sont déte­nus arbi­trai­re­ment. Au cours des der­nières années, la fron­tière mari­time entre l’Italie et la Grèce consti­tuent la seule voie pour atteindre l’Europe et évi­ter leur situa­tion par­ti­cu­lière: «L’enfer» en Grèce. Des mil­liers de per­sonnes tentent de quit­ter les villes du port grec en se cachant sous ou à l’intérieur des semi-remorques sans que le conduc­teur le sache. Ils courent de grands risques, et sont le plus sou­vent décou­verts, arrê­tés et ren­voyés. Les pro­cé­dures de réad­mis­sion se trouvent sous un accord bila­té­ral entre l’Italie et la Grèce et les pra­tiques qui en ont résulté trans­gressent un cer­tain nombre de droits fon­da­men­taux qui sont garan­tis au niveau natio­nal, com­mu­nau­taire et international.

La Grèce de par sa posi­tion géo­gra­phique stra­té­gique entre l’Orient et l’Occident a tou­jours été un pays mar­qué par une forte tran­si­tion migra­toire. Depuis 1981, date de son entrée dans l’Union Européenne, elle est deve­nue la porte d’entrée du conti­nent de la plu­part des immi­grés clandestins.