ven. 18 mai

La stratégie du choc en Grèce, interview de Naomi Klein

10 février 2012
Par

Comme vous le savez si vous lisez Okeanews, un nouveau est en préparation en Grèce : « Catastroïka » (voir ici pour soutenir le projet).

Dans le cadre de ce documentaire, une interview de Naomi Klein a été réalisée dont voici un extrait (transcription -je remercie très chaleureusement Panayota pour son aide – après la vidéo) :

Transcription :

- « Ce qui se passe actuellement en Grèce, ressemble en quelque sorte à ce qui s’est passé en Corée du sud durant la crise asiatique, dans le sens où il y a eut cette guerre évidente avec la démocratie. La Corée du sud était en pleine période électorale quand le FMI a obligé tous les candidats à la présidence à signer l’accord passé avec le FMI. En réalité le FMI a annulé le sens même des élections.
Et peu importe le résultat des élections, l’accord reste inchangé parce qu’ ils redoutaient que celui qui négocie avec le FMI, n’aura pas une grande influence politique pour imposer l’accord et perdra les élections.

C’est le moment ou le masque tombe complétement et où le système des marchés est en guerre avec la démocratie. Les projets du néolibéralisme sont de discréditer la démocratie et de faire en sorte que les élections deviennent une course au candidat le plus populaire. Les marchés veulent de la sécurité. La sécurité que les élections n’amènent aucun changement au statu quo des affaires.
Et il y a beaucoup de mécanismes pour assurer ce statu quo. La soit-disant indépendance de la banque centrale  est un de ces mécanismes avec lequel ils disent : « les hommes politiques ne peuvent pas toucher à nos jouets ».

Dans « la Stratégie du Choc » je raconte que c’est ce qui s’est passé au Chili durant la période transitoire  vers la démocratie. La fin de la dictature de Pinochet est survenue comme le régime Pinochet l’a voulue. C’était une transition contrôlée. Les « Chicago boys » (groupe d’économistes qui ont travaillé avec Pinochet) disaient ouvertement qu’ils allaient réinventer le sens, la définition de la démocratie, vers une démocratie technocratique.

Dans la réalité il s’agit d’une démocratie où l’économie est hors d’atteinte des politiques. Ils ont utilisé des mécanismes constitutionnels, de sorte que tout changement des règles du jeu économique devienne impossible ou illégal. Les programmes de restructuration sont  une des manières d’atteindre leurs buts. Les accords du libre échange en est une autre.

Il y a plusieurs manières de raconter l’histoire du néolibéralisme, comme l’histoire du « comment lier les mains de la démocratie », de sorte qu’elle ne puisse pas inciter le pouvoir à changer l’économie.

La Grèce est considérée comme une nation peuplée d’enfants à qui il faut retirer des mains les clés de la voiture. »

Nous y sommes. La stratégie est bien en place en Grèce depuis quelques années. Le dernier article de Panagiotis Grigoriou, qui revient sur 2 années de choc total, montre bien la ligne de conduite utilisée.

Briser le mécontentement. Assurer qu’ »il n’y a pas d’autre solution » quitte à s’asseoir sur la constitution grecque. Laisser la population dans l’incertitude en changeant les règles chaque semaine. Le match d’hier semble terminé. A moins que…

Fin de partie ?

 

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8 commentaires à "La stratégie du choc en Grèce, interview de Naomi Klein"

  1. Terry31 le 10 février 2012 à 9 h 15 min

    A cette stratégie du choc, si bien décrite par Naomi Klein il faut répondre par la même tactique, les peuples doivent se soulever et imposer leur vision de l’avenir. Cela implique au niveau européen de sortir de l’union. Il n’y a que ce seul moyen.

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  2. Filougrec le 10 février 2012 à 12 h 34 min

    Terry 31, Merci de nous donner la méthode pour nous soulever et imposer notre vision de l’avenir. Filougrec

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    • Terry31 le 10 février 2012 à 19 h 07 min

      Je ne prétends pas avoir la solution mais je sais qu’à trop demander aux peuples, ils finissent par se soulever. On l’a vu en Argentine notamment. Si les grecs se soulèvent et rejettent l’UE et l’Euro, ce sera un formidable élan d’espoir pour tous les autres, bien loin du cataclysme que la propagande européiste nous annonce.
      En attendant, je suis de tout coeur avec vous, si cela peut valoir quelque chose.

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      • Hugo le 12 février 2012 à 10 h 24 min

        Pourquoi rejeter l’Euro et l’U.E. Ne nous appartiennent-ils pas autant qu’aux autres ? Nous avons donc légitimité à proposer une autre vision de cette Europe : une Europe sociale. A n’en pas douter que les peuples des autres pays comprendront qu’ils ont un intérêt commun avec nous dans ce projet. Faut-il virer les technocrates de l’U.E. : OUI ! Mais abandonner le projet européen serait un terrible retour en arrière.

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        • gilles le 13 février 2012 à 15 h 45 min

          Cette « Europe » sociale n’aura jamais lieu puisque le but de la « construction » européenne était le contraire : raboter les droits sociaux et tu peux dire avec moi qu’ils y sont parvenus.

          On a longtemps seriné que la « construction » européenne, œuvre de visionnaires humanistes qui ont su renverser les montagnes des litiges historiques et des égoïsmes nationaux, aurait rendu possible la paix et la prospérité en Europe pendant cinquante ans, et qu’elle pourrait encore, à condition d’être approfondie, accorder aux peuples européens plus de moyens de défendre leurs systèmes sociaux protecteurs construits dans la compétition mondiale.

          L’essai d’histoire politique de François Denord et Antoine Schwartz, L’Europe sociale n’aura pas lieu (Raisons d’agir, 2009. 7€),

          https://www.google.com/search?q=L%27europe%20sociale%20n%27aura%20pas%20lieu&ie=utf-8&oe=utf-8

          permet de rappeler que la « construction » européenne a d’abord été conçue parfaitement consciemment par ses initiateurs (dont les fondations et les entreprises de propagande étaient financées par les américains) comme un moyen de combattre le communisme et de promouvoir le libéralisme en rendant inoffensives pour le capital et la préservation du libre-échange les revendications sociales des peuples.

          Nicolas Sarkozy, cité en introduction de l’ouvrage, l’exprimait d’ailleurs sans détours devant ses amis de l’UMP en juillet 2008, soit en pleine période de crise du capitalisme financier et de remise en cause de façade des préconisations économiques néo-libérales: « Imaginons un peu ce qu’il serait advenu de la France et de son débat politique, lorsque nous avions des ministres communistes et des dirigeants socialistes au gouvernement de la France. Heureusement qu’il y avait l’Europe pour empêcher ceux-ci d’aller jusqu’au bout de leur logique. C’est aussi cela l’Europe ».

          Cette opposition entre l’Europe intégrée en voie de construction et la démocratie sociale ne date pas d’hier, et pour s’en convaincre, suivons un peu l’émergence du projet de construction européenne. Dès mai 1948, des hommes politiques de premier plan et des hauts fonctionnaires démocrates-chrétiens, libéraux, se réunirent sous la présidence d’honneur de Winston Churchill dans le château de La Haye pour affirmer leur conviction qu’il était urgent de créer par des cessions de souveraineté des États-nations une union économique et politique en Europe pour assurer la sécurité (contre la contagion communiste ou le réveil nationaliste) et le progrès social.

          La résolution fondatrice du Mouvement européen créé à La Haye en 1948 invite les gouvernements à adopter la libre convertibilité des monnaies, à rétablir la liberté intégrale du commerce et claironne que « l’Union européenne devra par la suite assurer dans toute son étendue la liberté de capitaux, l’unification monétaire, l’assainissement concerté des politiques budgétaire et de crédit, l’union douanière complète et l’harmonisation des législations sociales ». Le programme économique du Mouvement européen écarte d’emblée le socialisme.

          A la suite de ce congrès de La Haye, les européistes se réunissent au sein de plusieurs groupes de discussion et de pression associant des chefs d’entreprise et des hommes politiques: d’abord le Mouvement européen, puis à partir de 1955, le groupe de Bilderberg (forum de discussion réunissant le gratin de l’élite européenne et américaine: Guy Mollet, Denis de Rougemont, Antoine Pinay, René Pléven, Paul-Henri Spaak, les néo-libéraux Jacques Rueff, Robert Marjolin…). Dans un article lucide de la revue Esprit daté de novembre 1948, Jean-Marie Domenach constatait que le centre de gravité des croisés de l’idée européenne penchait nettement à droite: « la fédération des peuples d’Europe, l’abandon des souverainetés nationales était jusqu’à présent le rêve le plus hardi des hommes de gauche » mais « aujourd’hui, les États-Unis d’Europe ont pour eux toute la réaction…En réalité, ils ont tous d’abord en commun la haine du communisme, qui est haine intellectuelle du marxisme chez les uns et simple haine de classe chez les autres ».

          Le projet fédéral européen est soutenu financièrement au début des années 50 par la CIA sous les auspices d’Allen Dulles via un organisme appelé American Committe on United Europe (ACUE). « L’ACUE (par le biais des fondations Ford ou Shepard Stone) finance entre la moitié et les deux tiers des dépenses du Mouvement européen. Au total, les sommes allouées approcheraient les 4 millions de dollars sur la période 1949-1960 » (L’Europe sociale n’aura pas lieu. p.24)

          En 1950, c’est le socialiste belge de droite Paul Henri de Spaak, qui, nommé premier ministre en 1938, avait été le zélateur d’une politique d’apaisement et de conciliation à l’égard des puissances fascistes, et que l’hostilité viscérale contre le bolchévisme, habillée rhétoriquement en défense de l’Occident, recommande aux Américains, qui prend les rênes du Mouvement européen. L’ennemi de l’heure des européistes qu’il s’agit de discréditer, c’est le gouvernement travailliste anglais.

          En effet, le gouvernement travailliste anglais très progressiste de Clément Attlee refuse en 1950 de s’engager dans le projet de construction européenne en anticipant bien ce qu’il allait devenir, du fait des motivations libérales de la plupart de ses initiateurs. Une brochure officielle du Labour Party, datée de mai 1950, insiste déjà sur l’incompatibilité entre la mise en œuvre d’une politique de transformation sociale structurelle au service du monde du travail et le renforcement de l’intégration européenne sous l’égide des dogmes libéraux: « le Parti travailliste ne pourrait accepter tout engagement qui limiterait sa liberté ou celle des autres de rechercher le socialisme démocratique, et d’appliquer le contrôle de l’économie nécessaire à sa réalisation…aucun parti socialiste ne peut accepter un système dans lequel des domaines importants de la politique européenne seraient livrés à une autorité européenne de nature supra-nationale étant donné qu’une telle autorité serait en permanence dominée par une majorité antisocialiste et souleverait l’hostilité des travailleurs européens »

          Il n’y a plus de projet européen depuis le non-respect des référendums néerlandais et français depuis déjà 2005. Tirons-en les conséquences pratiques, la fin de l’Union Européenne.

          L’internationalisme consiste à reconnaître que, par delà les frontières, nous partageons avec « l’autre » les mêmes problèmes. Ce constat est vrai et j’y suis très attaché. Mais dire que l’on partage les mêmes problèmes ne signifie pas que l’on peut élaborer ensemble des solutions nécessairement communes. Les cadres politiques, les institutions, sont des créations de l’histoire et elles spécifient les espaces nationaux comme des espaces politiques particuliers. Ce sont dans ces espaces politiques particuliers qu’il nous faut trouver des solutions.

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          • Zaz le 18 février 2012 à 1 h 00 min

            C’est vrai que cette Europe telle qu’elle a été conçue est pourrie jusqu’à la moelle. Mais est-il vain de l’imaginer différente ? Je peux me tromper mais l’éclatement de l’U.E n’aboutirait-il pas à de nouveaux conflits entre nations ? Déjà on assiste ça et là, justement à cause de l’U.E à la montée des extrêmes droites, ce qui est logique malheureusement compte tenu du contexte. Il me semble que ce serait aux peuples de s’unir pour combattre le néo-libéralisme, le capitalisme mais en tant que peuples d’Europe et peuples du monde ? Mais peut-être est-ce un rêve insensé que je fais…

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  3. Mary 84 le 15 février 2012 à 13 h 35 min

    Nous sommes tous des Grecs. Nous ne pouvons pas, en tant que citoyens européens, supporter l’humiliation subie par le peuple grec alors que les responsables de cette gabegie ne sont absolument pas inquiétés, que les plus plus riches -les armateurs, l’Eglise orthodoxe- ne sont absolument pas mis à contribution ! La question face à ce jeu de dominos c’est : demain à qui le tour ? Le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, et pourquoi pas la France ?
    Des pays comme l’Equateur ont refusé de payer leur dette non légitime et ont gagné grâce à des audits citoyens. Les peuples européens doivent refuser de payer la part illégitime de la dette publique, c’est-à-dire cette part imputable aux baisses d’impôts sur les plus hauts revenus et sur les sociétés du CAC 40.

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  4. FABRE-TESTE le 15 février 2012 à 17 h 43 min

    S’il est vérifié que les armateurs et l’Eglise orthodoxe sont laissés à côté du problème à résoudre, la logique de la situation devient que tous ceux qui sont mis à contribution ont avantage à faire ensemble l’effort de les y impliquer. L’intensité de l’effort est une fonction directe de la capacité qu’ont ces deux sources de contribuer au remboursement. Avec cette intensité : la stratégie à mettre en oeuvre, en fonction de la pression des circonstances. Forts de ce que nous avons vu des crises financières des pays que l’on connaît, il est lourdement possible que ceci revienne à une affaire de révolution, et qu’elle ne soit pas pacifique.

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