Puisque nous sommes tous grecs et puisque nos passeports français ne nous empêchent pas, à nous non plus, de subir la situation de chaque citoyen hellénique, depuis que la troika et les divers gouvernements du pays ont décidé d’appliquer des cures d’austérité qui un jour, peut-être, ne feront plus la « une » comme la « solution unique pour s’en sortir » mais comme un « crime contre l’humanité ». Parce que parfois, c’en est Trop. Parce que des nazis sont dans la rue, dans le parlement et ne sont toujours pas inquiétés. Parce que plus d’un tiers de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. Parce que l’avenir devient impossible, déprimant et plus sombre que jamais. Parce que vivre ici offre la vision quotidienne d’une descente aux enfers qui ne semble inquiéter que modérément les hautes instances de l’Europe. Parce que suivre la fascisation de l’Etat grec au jour le jour est non seulement épuisant mais aussi révélateur de l’ignorance crasse de l’histoire européenne des années 30. Parce que les signes ne trompent pas sur la dérive incessante du pays vers l’autoritarisme. Parce que des immigrés se font tabasser par des flics et par les nazis. Parce que des militants se font torturer par la police qui retouche aussi des photos pour masquer les violences. Parce que l’ancienne république de Grèce, le nouvel empire weimarisé du Bankistan fera défaut, un jour ou l’autre. Parce ce que mon petit vendeur de légume a lui aussi fermé son magasin hier, comme beaucoup d’autres. Parce que chaque jour qui passe laisse derrière lui une nouvelle peine, un nouveau drame, une nouvelle perte d’emploi. Parce que les impôts seront toujours moins élevés en France ou ailleurs, malgré ce mythe qui circule encore. Parce que plus de 5000 manifestations et mouvements de protestation à travers le pays en 2012 n’auront pas suffit. Parce que mois après mois ils font de notre Grèce un enfer. Parce que semaine après semaine, ils la dégradent et la violent. Parce que jour après jour, ils imposent leur loi et procèdent à un racket géant. Parce que ces « ils » n’ont que faire de nos vies. Car l’austérité tue. Chaque jour. D’une manière ou d’une autre, elle enlève des vies, des espoirs, des projets. Pour ces raisons et toutes les autres, certains partent. Et Marie Laure en fait désormais partie.