Témoignages

Cette section propose des témoignages, soit issus du web, soit réalisés par okeanos (en cours).

Les mau­vaises ren­contres avec l’Aube Dorée ne sont pas réser­vées qu’aux immi­grés venus de loin­taines contrées. Parfois, les « ori­gines », pour peu qu’elles soient lisibles sur un visage, suf­fisent à lan­cer l’engrenage. Un couple d’expatriés fran­çais en a fait récem­ment l’amère expérience.

La semaine der­nière, S et C (*), ins­tal­lés depuis un an dans un pai­sible quar­tier d’Athènes, ont échappé de jus­tesse à l’un de ces pas­sages à tabac dont les néo­na­zis grecs sont friands.

Voici leur témoignage.

Puisque nous sommes tous grecs et puisque nos pas­se­ports fran­çais ne nous empêchent pas, à nous non plus, de subir la situa­tion de chaque citoyen hel­lé­nique,  depuis que la troika et les divers gou­ver­ne­ments du pays ont décidé d’appliquer des cures d’austérité qui un jour, peut-être, ne feront plus la « une » comme la « solu­tion unique pour s’en sor­tir » mais comme un « crime contre l’humanité ». Parce que par­fois, c’en est Trop. Parce que des nazis sont dans la rue, dans le par­le­ment et ne sont tou­jours pas inquié­tés. Parce que plus d’un tiers de la popu­la­tion vit désor­mais sous le seuil de pau­vreté. Parce que l’avenir devient impos­sible, dépri­mant et plus sombre que jamais. Parce que vivre ici offre la vision quo­ti­dienne d’une des­cente aux enfers qui ne semble inquié­ter que modé­ré­ment les hautes ins­tances de l’Europe.  Parce que suivre la fas­ci­sa­tion de l’Etat grec au jour le jour est non seule­ment épui­sant mais aussi révé­la­teur de l’ignorance crasse de l’histoire euro­péenne des années 30. Parce que les signes ne trompent pas sur la dérive inces­sante du pays vers l’autoritarisme.  Parce que des immi­grés se font tabas­ser par des flics et par les nazis. Parce que des mili­tants se font tor­tu­rer par la police qui retouche aussi des pho­tos pour mas­quer les vio­lences. Parce que l’ancienne répu­blique de Grèce, le nou­vel empire wei­ma­risé du Bankistan fera défaut, un jour ou l’autre. Parce ce que mon petit ven­deur de légume a lui aussi fermé son maga­sin hier, comme beau­coup d’autres. Parce que chaque jour qui passe laisse der­rière lui une nou­velle peine, un nou­veau drame, une nou­velle perte d’emploi. Parce que les impôts seront tou­jours moins éle­vés en France ou ailleurs, mal­gré ce mythe qui cir­cule encore. Parce que plus de 5000 mani­fes­ta­tions et mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion à tra­vers le pays en 2012 n’auront pas suf­fit. Parce que mois après mois ils font de notre Grèce un enfer. Parce que semaine après semaine, ils la dégradent et la violent. Parce que jour après jour, ils imposent leur loi et pro­cèdent à un racket géant. Parce que ces « ils » n’ont que faire de nos vies. Car l’austérité tue. Chaque jour. D’une manière ou d’une autre, elle enlève des vies, des espoirs, des pro­jets. Pour ces rai­sons et toutes les autres, cer­tains partent. Et Marie Laure en fait désor­mais partie.

Pour cette fin d’année, je vous pro­pose une petite série de por­traits réa­li­sés en Grèce par Cédric Spilthooren, pho­to­graphe. Vous pou­vez retrou­ver le tra­vail de Cédric sur son site inter­net. Merci à lui pour ce tra­vail et pour son auto­ri­sa­tion pour la publi­ca­tion sur le site (tra­duc­tion OkeaNews). Sixième por­trait : Argyro, 33 ans, met­teur en scène…

Pour cette fin d’année, je vous pro­pose une petite série de por­traits réa­li­sés en Grèce par Cédric Spilthooren, pho­to­graphe. Vous pou­vez retrou­ver le tra­vail de Cédric sur son site inter­net. Merci à lui pour ce tra­vail et pour son auto­ri­sa­tion pour la publi­ca­tion sur le site (tra­duc­tion OkeaNews).   Cinquième por­trait : Mirka, 26 ans. Je suis née…

Pour cette fin d’année, je vous pro­pose une petite série de por­traits réa­li­sés en Grèce par Cédric Spilthooren, pho­to­graphe. Vous pou­vez retrou­ver le tra­vail de Cédric sur son site inter­net. Merci à lui pour ce tra­vail et pour son auto­ri­sa­tion pour la publi­ca­tion sur le site (tra­duc­tion OkeaNews). Quatrième por­trait : Miltiadis, 35 ans. Je suis âgé de…

Pour cette fin d’année, je vous pro­pose une petite série de por­traits réa­li­sés en Grèce par Cédric Spilthooren, pho­to­graphe. Vous pou­vez retrou­ver le tra­vail de Cédric sur son site inter­net. Merci à lui pour ce tra­vail et pour son auto­ri­sa­tion pour la publi­ca­tion sur le site (tra­duc­tion OkeaNews). Troisième por­trait : Georgia. Je pré­dis que la plupart…

Pour cette fin d’année, je vous pro­pose une petite série de por­traits réa­li­sés en Grèce par Cédric Spilthooren, pho­to­graphe. Vous pou­vez retrou­ver le tra­vail de Cédric sur son site inter­net. Merci à lui pour ce tra­vail et pour son auto­ri­sa­tion pour la publi­ca­tion sur le site (tra­duc­tion OkeaNews). Deuxième por­trait : Sotiris, 23 ans, cui­si­nier. J’ai 23…

Pour cette fin d’année, je vous pro­pose une petite série de por­traits réa­li­sés en Grèce par Cédric Spilthooren, pho­to­graphe, en février 2012. Vous pou­vez retrou­ver le tra­vail de Cédric sur son site inter­net. Merci à lui pour ce tra­vail et pour son auto­ri­sa­tion pour la publi­ca­tion sur le site (tra­duc­tion OkeaNews). Premier por­trait : Ellie, 23…

Sortir d’Athènes pour visi­ter d’autres contrées : une pos­si­bi­lité que beau­coup d’athéniens n’ont mal­heu­reu­se­ment plus. Invité par un couple de lec­teurs du site, j’ai pro­fité d’un court week-end pour aller les ren­con­trer à Evia (Eubée) et prendre un peu de repos dans le calme de leur mai­son . Récit.

Evia (Eubée) est une presqu’île proche d’Athènes : le GPS m’indique 70km de route (1h45) avant de prendre le ferry à Agia Marina pour une tra­ver­sée de 45 minutes. Les pre­miers kilo­mètres semblent confir­mer la dis­tance : la belle route construite pour les jeux olym­piques est neuve et rapide. Mais très vite, mon com­pa­gnon de route m’indique de prendre une route de cam­pagne. Je suis déçu, je viens déjà de don­ner 2.80€ à Goldman Sachs pour le péage…

Au fur et à mesure du temps, j’ai trouvé que non seule­ment nous nous enfon­cions dans la crise, mais que cela deve­nait une chose nor­male, voir banale. En 2011 j’ai décidé de faire un tra­vail sur ce sujet afin de redon­ner la parole aux per­sonnes concer­nées, qui subissent au quo­ti­dien ces muta­tions économiques.

A l’époque tout le monde par­lait de la Grèce mais fina­le­ment en France per­sonne ne savait exac­te­ment ce qui se pas­sait là bas. J’ai donc natu­rel­le­ment décidé de par­tir afin de voir la réa­lité des choses. Au final j’y suis allée 3 fois sur une période de 5 mois. Et Khaos est né…

« Je crois que les chiens ont plus de chance que nous ici à Patras. J’ai été tabassé et j’ai vu d’autres per­sonnes être tabas­sées par la police et les ‘commandos’1. Pouvez-vous me dire pour­quoi ils nous traitent comme-ça ? J’ai tou­jours peur. J’ai peur de me réveiller. J’ai peur d’aller aux pou­belles cher­cher de la nour­ri­ture. J’ai peur d’aller en ville. »

« Et là, le nuage de fumée est arrivé. Impossible de res­pi­rer. Toutes les issues de la place étaient bou­clées. Seule fuite pos­sible : le métro, qui, déjà, ras­sem­blait beau­coup de monde. Ils nous ont envoyé des gaz dans le métro ! J’ai vu une per­sonne agée s’évanouir. Un homme en sang.

Mais rien n’a été expli­qué dans les médias ! Ils nous ont déclaré la guerre !”.

« C’était il y a une ving­taine de jours, vers 17h envi­ron. J’essayais d’entrer dans le port. Je me cachais der­rière un camion. Deux ‘commandos’1 m’ont trouvé. Un des deux a pointé son pis­to­let sur moi et m’a demandé de sor­tir et de m’asseoir. J’ai suivi ses ordres. J’étais tout seul. Alors que j’étais assis par terre, il m’a demandé d’enlever mes chaus­sures et de lui don­ner mon télé­phone por­table. J’ai fait tout ce qu’il m’a dit de faire. Puis il a com­mencé à me frap­per alors que j’étais en posi­tion assise. Il m’insultait. Il m’a relevé et m’a crié ‘Mesa !’ (dedans !). J’avais peur mais je sen­tais que je n’avais pas d’autre choix que de sau­ter à l’eau. Je suis sorti seule­ment quand on m’a demandé de sor­tir. Il se tenait à envi­ron trois mètres de moi. Il poin­tait son pis­to­let sur moi et il l’a chargé. J’ai entendu le son. J’étais ter­ri­fié. J’ai cru qu’il allait me tuer. Puis j’ai com­pris que je devais par­tir. J’ai com­mencé à cou­rir, trempé et pieds nus. »

« Ca fait six mois que je suis ici Patras. Où qu’on aille, on risque de se faire atta­quer par la police. Ils m’ont tabassé tel­le­ment de fois dans les rues. Parfois, les ‘com­man­dos’ couvrent leur visage avec un masque inté­gral pour qu’on ne puisse pas les recon­naître. Dans le port, ils nous frappent tou­jours dans un endroit caché, pas devant d’autres per­sonnes (les tou­ristes par exemple). Ils nous donnent des coups de poing, des coups de pied, nous frappent avec des bâtons et même avec des sortes de cannes spé­ciales, qui res­semblent à des clubs de golf. »

« Je suis arrivé en Grèce en août 2011 et suis venu à Patras il y a un mois et demi. Je n’ai pas fait de demande d’asile. Patras est un endroit très dif­fi­cile. Nous trou­vons notre nour­ri­ture dans les pou­belles. Les poli­ciers nous traitent mal, ils sont très vio­lents. Ils ne devraient pas nous frap­per, c’est inter­dit par la loi euro­péenne. Nous venons d’un pays en guerre, pour trou­ver la paix, et nous nous retrou­vons en pleine violence. »

« L’année der­nière, j’ai vu les ‘com­man­dos’ pour­suivre un jeune gar­çon dans le port. Ils l’ont arrêté et l’ont roué de coups de matraques. Il est tombé à cause des coups. Ils l’ont forcé à se rele­ver et à avan­cer. Mais il n’arrivait plus à mar­cher et il est retombé par terre. Un ‘com­mando’ l’a relevé encore une fois et lui a donné l’ordre de bou­ger. Alors un autre ‘com­mando’ l’a tiré der­rière un camion. Ils l’ont frappé à nou­veau. Après, une voi­ture des ‘com­man­dos’ est venue et a emporté le garçon. »

Des témoi­gnages, nom­breux, montrent à quel point la situa­tion des réfu­giés en Grèce est dra­ma­tique (le mot est faible). OkeaNews a donc décidé de publier un témoi­gnage de réfu­giés par jour. Ces témoi­gnages sont issus d’une étude com­plète et alar­mante de ProAsyl sur la situa­tion des réfu­giés à Patras. Aujourd’hui, pre­mier témoi­gnage de Y., d’Erythrée.

« C’est comme si on atten­dait que l’orage éclate. » Dans la rame qui nous conduit au centre d’Athènes, mon voi­sin débarque du même avion que moi. Il est grec, il tra­vaille à Paris. Vous êtes ren­tré pour voter ? Soupir. Oui. Nulle trace de peur sur son visage. De la las­si­tude dans son sou­rire, peut-être. Homme en sus­pens. Pays en sus­pens. On attend juste que l’orage éclate.

Ce temps sus­pendu n’est pas per­cep­tible immé­dia­te­ment. Quand j’arrive jeudi soir, Tsipras, le jeune lea­der de Syriza (gauche radi­cale, donné grand favori), fait un mee­ting à Omonia, une place qui craint aujourd’hui. Une place pleine de zom­bies, de toxi­cos, de pau­més, de sans-logis. Il est trop tard pour rejoindre le ras­sem­ble­ment. Le len­de­main, ceux qui ont fait le dépla­ce­ment nous appren­dront qu’ils étaient 8 000 sur cette place. Un bon score. Une mamie est même venue rien que pour voir le visage de celui qui fait peur à l’Europe.

Il est grand temps d’arrêter de faire souf­fler ce vent de panique qui nous des­sert tous, que l’on soit grec ou res­sor­tis­sant d’un autre pays membre de l’Union. Il est urgent que vous pre­niez conscience que vous ne devez exclure de ce pro­jet aucun peuple, et mieux même, que vous n’avez pas d’autre choix que de les asso­cier à ce pro­jet. Si vous refu­sez, vous serez inexo­ra­ble­ment confron­tés à des blocages.

La démo­cra­tie ne se négo­cie pas. (…)

Non, les Grecs ne passent pas leur temps à glan­der. Tous les Français n’ont pas un béret et une baguette sous le bras. Et les des­si­na­teurs n’ont pas tous du talent. Connaissez-vous les Grecs ? Moi qui depuis trente ans les fré­quente et les tra­duis, je peux vous l’assurer, et une étude publiée dans Le Monde le confirme : ils ne bossent pas moins que les Allemands. Ou que les Français. Ou qu’un des­si­na­teur fort bien payé, sûre­ment, pour pondre son des­sin du jour en un quart d’heure. Ils bossent dans des condi­tions sou­vent plus dif­fi­ciles que nous, ou s’ils ne bossent pas, c’est qu’ils passent leur temps à cher­cher du bou­lot en vain. Les Grecs, voyez-vous, sont très atten­tifs au regard de l’étranger, sur­tout dans le creux de la vague où ils se trouvent. Le moindre signe de com­pré­hen­sion, d’encouragement, est pré­cieux pour eux, acca­blés qu’ils sont du mépris glacé des puis­sants. Votre petit cro­bard, de ce point de vue, est d’une cruauté aussi gra­tuite qu’imbécile.

« Je viens de vision­ner l’émission telle qu’elle a été dif­fu­sée et j’en crois pas à mes yeux : le pas­sage où je disais que l’aide accor­dée à la Grèce a été en réa­lité une aide aux créan­ciers du pays, et que les plans de sau­ve­tage suc­ces­sives ont été conçus pour pro­té­ger les créan­ciers d’un défaut éven­tuel de la Grèce, tout en plon­geant le pays à une réces­sion de l’ordre de 20% et en le menant tout droit à la faillite, a tout sim­ple­ment dis­paru ! Si vous regar­dez atten­ti­ve­ment, vous consta­te­rez les traces de cou­pure par des enchaî­ne­ments assez abrupts et la non flui­dité de la parole après la pre­mière inter­ven­tion de Benjamin Coriat. »

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