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"L’avancée allemande"

10 novembre 2014

Economie Politique Allemagne émigration Grèce jeunes scientifiques main-d'oeuvre
Participants
Christine
Okeanos

Environ 6.000 médecins ont émigré en Allemagne jusqu’à la fin de 2012. L’État grec avait pourtant investi 540 millions d’euros dans leur formation. Cela n’est que l’un des effets de la coopération gréco-allemande promue parmi les villes et les régions du pays.


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Bien souvent le délégué de la chancellerie allemande, Hans Joachim Fuchtel, a incité les jeunes Grecs d’émigrer en Allemagne

Le délégué de la chancellerie allemande, Hans Joachim Fuchtel, a souvent incité les jeunes Grecs à émigrer en Allemagne

Médecins et scientifiques sans coût de formation pour l’Allemagne, main-d’œuvre bon marché pour les hôtels allemands, villages de loisirs pour les retraités allemands en Grèce, invasion d’équipement allemand pour les sources d’énergie renouvelables sur des terres cultivables : ce ne sont que quelques-uns des effets de la coopération gréco-allemande promue parmi les villes et les régions du pays, promotion assurée par l’inconnu, jusqu’il y a peu, homme politique allemand Hans Joachim Fuchtel.

‘’La pénétration des intérêts allemands en Grèce - Fuchtel et la coopération gréco-allemande dans les villes et les régions de Grèce’’ est l’intitulé d’un événement-débat organisé par l’organisation politique municipale ‘’Nous restons à Thessalonique’’ (‘’Μένουμε Θεσσαλονίκη’’) avec pour intervenants G. Karampelias (auteur), Notis Marias (député européen et professeur des Institutions de l’UE à l’Université de Crète) et Costas Chrysogonos (professeur de droit constitutionnel à l’Université Aristote de Thessalonique et député européen Syriza). Le délégué de l’organisation municipale, Giorgos Rakkas, animera le débat et présentera l’édition spéciale de l’organisation ‘’L’impérialisme administratif allemand se présente’’.

Le rôle de Fuchtel

Il s’agit d’une édition - rapport qui présente, à l’aide de publications, entretiens et articles parus dans la presse grecque et allemande, le rôle de H. J. Fuchtel et de l’accord gréco-allemand pour les collectivités locales. Un organisme formé en 2011 avec la signature du protocole de coopération visant à promouvoir les réformes dans les collectivités locales grecques. Il a été signé par le ministère de l’intérieur, l’association des Régions, l’Union centrale des municipalités de Grèce et le ministère des finances et de la technologie d’Allemagne.

‘’Il s’agit d’une intervention claire de l’Allemagne dans les collectivités locales’’, explique à Eleftherotypia G. Rakkas. En effet l’organisation "Nous restons à Thessalonique" a réalisé ce rapport qu’il a distribué aux conseillers municipaux dont, comme il s’était avéré, très peu nombreux étaient ceux qui connaissaient les effets de cette coopération gréco-allemande particulière. Il s’agissait également d’informer les citoyens.

‘‘Au fond, cette dénommée coopération gréco-allemande vise à adapter les municipalités au modèle de l’Europe fédérale néolibérale que les allemands s’efforcent d’imposer à l’Union européenne’’, souligne-t-il. ‘’Et elle concerne la croissance, l’éducation, la santé, l’énergie verte, la production agricole’’, ajoute-t-il.

Il qualifie de ‘’pillage d’hommes’’ probablement sans précédent, la fuite massive de potentiel scientifique de Grèce vers l’Allemagne. Comme explique le rapport que présente l’organisation, en Rhénanie du Nord - Westphalie, où habite près d’un quart des allemands, le nombre de médecins étrangers a atteint les 9.400. Parmi eux, 1.125 (12,1%) sont Grecs, suivent les Roumains (802) et les Syriens (450). Au total, fin 2013, 2.847 médecins Grecs travaillaient en Allemagne. Il s’agit du deuxième groupe, par ordre de grandeur, après les Roumains. Suivent les Autrichiens et les Polonais.

Un autre exemple concerne le personnel soignant. Depuis quelques années, le marché allemand enregistre une demande accrue. La réforme allemande dans le secteur de la Santé a instauré un régime insupportable d’intensification, de compression des coûts, et de maximisation des profits. Les soins infirmiers sont l'une des principales victimes de la réforme, comme le dénonce Kale Kunke, cadre du syndicat allemand de la fonction publique Ver.di dans le secteur de la santé : ‘’Tout d’abord, très peu de jeunes, en Allemagne, choisissent cette branche et, même s’ils le font, passés 5 ans, ils demandent l’horaire réduit car il leur est impossible de tenir le coup avec le poste à temps plein ; après 10 ans, ils laissent tomber ou veillent à exercer la même profession dans un autre pays, par exemple, en Suisse [...] Et, à présent, nous exportons la crise allemande dans votre pays, en recrutant en Allemagne vos infirmiers et infirmières formés’’.

Le lien ne se fait pas uniquement au niveau individuel. Il existe par exemple le programme-pilote ‘’Steglitz-Zehlendorf-Langadas’’, via lequel 11 jeunes sans emploi de Langadas se rendront à Berlin dans le cadre d’un double programme de formation, avec une rémunération de 818 euros par mois, bien que, récemment, l’Allemagne a instauré le salaire minimum de 1.400 euros. Relevons également que, selon le rapport du programme-pilote, pour 2015, il y aura 250 places.

‘’Ceux qui en ont eu l’inspiration présentent ces mesures comme un levier déterminant pour lutter contre le chômage en Grèce. Toutefois, il serait bon de se poser la question de savoir si l’émigration des jeunes est la meilleure manière de faire face à ce problème’’, relève G. Rakkas.

Selon le rapport de ‘’Nous restons à Thessalonique’’, la Grèce est, elle aussi, confrontée à une crise démographique. L’année dernière, sa population aurait baissé de 70.000 personnes et elle risque de devenir un pays vieillissant (moyenne d’âge : 42 ans). Au cours des dernières années, près de 300.000 Grecs auraient quitté le pays. Il s’agissait surtout de jeunes diplômés sans emploi. ‘’C’est important de dire que, tous les ans, près de 70.000 jeunes entrent à l’université. On comprend bien que, avec l’émigration, nous perdons des ‘fournées’ entières de jeunes scientifiques spécialisés, une perte énorme au niveau des ressources humaines’’, ajoute-t-il.

Selon les recherches, l’état grec dépense environ 69.000 euros pour chaque ingénieur diplômé de l’Université technique d’Athènes (Ethniko Metsovio Polytechneio), 17.300 euros pour les ingénieurs électriciens, 95.000 euros pour chaque diplômé de la Faculté de Médecine d’Athènes, et 9.180 euros pour chaque diplômé de la Faculté de Droit d’Athènes. À la fin de 2012, le nombre de médecins ayant émigré, vivant et exerçant en Allemagne, atteint les 6.000. ‘’Par conséquent, un simple calcul permet de constater que la fuite des médecins Grecs équivaut à la perte d’investissements en ‘ressources humaines’ de l’ordre de 540.000.000 euros’’, souligne G. Rakkas.

Main-d’œuvre

‘’Bien entendu, H. J. Fuchtel a incité plusieurs fois les jeunes de Grèce à émigrer en Allemagne’’, souligne G. Rakkas. ‘’Il existe des écoles d’apprentissage parfaitement organisées dans des villes allemandes prêtes à offrir aux Grecs le savoir et la spécialisation qui leur permettront de trouver facilement un emploi par la suite’’,  a déclaré Fuchtel. La raison pour laquelle cela se passe peut nous être expliquée par un article de la Deutsche Welle sur l’immigration en Allemagne : ‘’Que l’Allemagne a besoin des migrants, est chose incontestable. Non seulement parce que les Allemands eux-mêmes font peu d’enfants, avec pour effet l’effondrement du système de la sécurité sociale et des pensions, mais aussi parce qu’il y a un manque en personnel travailleur spécialisé, non seulement dans les secteurs à spécialisation élevée, comme les nouvelles technologies, mais même dans celui du personnel soignant, pour les hôpitaux et les maisons de repos’’.

Ainsi, les scientifiques Grecs mais aussi les travailleurs non qualifiés, partent pour l’Allemagne par milliers pour travailler de nombreuses heures, pour des salaires bas, puisqu’en Grèce ils sont touchés par le chômage et, en même temps, la Grèce vieillit, perd de la main-d’œuvre mais aussi des ressources scientifiques dans la formation et la spécialisation pour lesquelles le pays a investi des millions.

Source : enet.gr