Pauvreté infantile : le grand bond en arrière de la Grèce

7 novembre 2014

Société Grèce pauvreté pauvreté infantile UNICEF

Les taux de la pauvreté infantile ont plus que doublé en Grèce depuis 2008, la pauvreté touchant deux enfants sur cinq selon les affirmations de l’Unicef dans un rapport qui souligne l’impact négatif des mesures d’austérité sur les enfants, particulièrement dans la région méditerranéenne.


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Source : Unicef

Dans un rapport (disponible en ligne et en français) publié le 28 octobre, alors que des milliers d'enfants participaient à des défilés scolaires à travers la Grèce, l'Unicef a constaté que 40,5 % des enfants grecs vivaient dans des ménages dont le revenu se situait sous le seuil de pauvreté en 2012, ce taux est le plus haut parmi les 41 pays les plus développés du monde.

L'Unicef affirme que 2,3 millions d'enfants ont sombré sous le seuil de pauvreté dans ces pays depuis 2008, ce qui porte le nombre total d'enfants vivant dans la pauvreté dans le monde “ développé ” à environ 76,5 millions.

Dans 23 des 41 pays étudiés, la pauvreté des enfants a augmenté depuis 2008, avec la plus forte augmentation en Islande, suivie par la Grèce, la Lettonie, la Croatie et l'Irlande, où la différence avec les taux de l'avant-crise est de plus de 50 %.

Dans le cas de la Grèce, le taux de pauvreté infantile a subi un bond de 17,5 points, passant ainsi de 23 % en 2008 à 40,5 % en 2012. Le pays a aussi assisté à un triplement du nombre d'enfants venant de familles à faibles revenus et subissant de graves privations.

Le rapport explique qu'en Grèce et en Espagne, les enfants pauvres sont bien plus bas sous le seuil de pauvreté en 2013 qu'ils ne l'étaient en 2008. Les enfants venant de familles de migrants ont été encore plus affectés, avec une augmentation de 35 % du taux de pauvreté contre 15 % pour tous les autres enfants.

Le rapport constate aussi que le revenu moyen des ménages grecs en 2012 pour les familles avec enfants est retombé au niveau de 1998 – l'équivalent d'une perte de 14 ans de progrès des revenus. En termes réels, cela signifie que depuis 2008, le pourcentage des ménages avec enfants n'ayant pas les moyens de s'offrir un repas avec de la viande, du poulet, du poisson (ou tout autre équivalent végétal) tous les deux jours a augmenté de 18 % en Grèce.

Le rapport prouve que l'énorme impact de la récession sur les jeunes a été particulièrement dur en Grèce, qui a connu la deuxième plus forte augmentation des Neets (les jeunes entre 15 et 24 ans n 'étant ni étudiants, ni employés, ni stagiaires) entre 2008 et 2013, où le taux a augmenté de 9 points pour arriver à 20,6 %.

 Beaucoup de pays développés ont souffert d'un “ grand bond en arrière ” en termes de revenu des ménages, et l'impact sur les enfants aura des répercussions à long terme pour eux et leurs communautés ”, a dit Jeffrey O'Malley, Directeur des politique et stratégie mondiales de l'Unicef.

Selon O'Malley : “ L'étude de l'Unicef montre que la force des politiques de protection sociale a été un facteur décisif pour prévenir la pauvreté. Tous les pays ont besoin de filets de sécurité sociale solides pour protéger les enfants dans les mauvaises périodes comme dans les bonnes – et les pays riches devraient montrer l'exemple en s'engageant ouvertement à éradiquer la pauvreté des enfants, en développant des politiques pour contrebalancer les récession économiques, et en faisant du bien-être des enfants une priorité absolue.

La crise en Grèce vue par les enfants

Consciente que le rapport ne rend pas complètement compte du changement d'opinion des enfants sur leur situation, l'Unicef, afin d'avoir un meilleur aperçu des points de vue des enfants, a commandé une première analyse de l'Enquête sur les comportements liés à la santé chez les enfants d'âge scolaire (HBSC) de 2014 sur les comportements des élèves de 11, 13 et 15 ans en Grèce.

Les résultats sont instructifs. Malgré tous les efforts des familles pour protéger leurs enfants des plus graves conséquences de la récession, les élèves grecs ont montré qu'ils était parfaitement conscients des problèmes qui touchent leur environnement immédiat” a expliqué l'Unicef.

Ceux qui signalent que leur famille n'est ''pas aisée'' sont passés de 7,2 % en 2006 à 14,5 % en 2014. Une part croissante d'entre eux disait que la situation économique de l'endroit où ils vivent s'est aggravée (passant de 22,2 % à 29,5 % pour la même période).

En 2014, plus d'un enfant sur cinq signalait qu'au moins un parent avait perdu son travail, 5 % disait que leur famille n'avait pas les moyens d'acheter à manger, et presque 30 % signalait que leur famille avait cessé de partir en vacances. Environ un élève sur dix a dû arrêter les séances de tutorat ou a dû déménager dans un autre endroit ou chez un proche, et 3 % sont passés de l'enseignement privé à l'enseignement public.

Les enfants interrogés étaient très perspicaces sur les autres conséquences de la récession, comme le stress accru des parents à cause de la baisse de leurs revenus ou de la perte de leur travail. Ces événements affectent les relations familiales, comme on peut le voir avec la grande part (27%) de ceux qui signalent des tensions et des disputes dans leurs familles. La proportion d'enfants disant être très satisfaits des relations à l'intérieur de leur famille a baissé de 3 % entre 2006 et 2014. Quant à leur satisfaction générale, la part d'enfants signalant une haute qualité de vie a baissé de presque 10 % sur la même période.

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Source : Unicef