5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Grève de la faim dans le camp de détention de Corinthe

12 juin 2014

Société conditions de détention Corinthe Grèce grève de la faim Nikos Dendias

Grève de la faim contre les conditions de détentions inhumaines et la durée de détention illimitée décidée par Nikos Dendias en violation du droit national et Européen


1206 mots   1011       Comments

Pendant que l'ancien ministre de l'ordre public Nikos Dendias se marre en recevant une fausse carte d'asile avec son nom et sa photo lors de son départ, les migrants détenus dans l'un des camps de détention les plus importants de Grèce ont commencé une grève de la faim pour protester contre un arrêté ministériel récent de Dendias qui permet aux autorités de prolonger leur incarcération indéfiniment, en violation du droit Européen.

L'entrée du camp de Corinthe

L'entrée du camp de Corinthe

La manifestation a débuté lundi au centre de détention de la ville de Corinthe, à environ une heure au sud d'Athènes. Des sources locales disent que la population du camp, situé dans une ancienne caserne militaire, est de 681 personnes. De 130 à 200 détenus participeraient à la grève.

Dans une déclaration publiée le jour où ils ont commencé à refuser de manger (voir en fin d'article), les manifestants ont déclaré: "Avec la détention systématique et sans fin, le gouvernement grec nous massacre. Ils gaspillent nos vies et tuent nos rêves et nos espoirs dans les prisons. Tout cela alors qu'aucun de nous n'a commis de crime. La plupart d'entre nous ont des problèmes de santé graves : à la fois physiques et psychologiques. Spécialement ceux qui sont restés déjà plus de 18 mois sont dans un état catastrophique et ont désespérément besoin de soutien".

Les détenus ont été ramassés par la police au cours de l'opération dite de balayage Xenios Zeus, lancée à l'été 2012. Jusqu'au mois de juin 2013 - période la plus récente pour laquelle des statistiques du gouvernement sont disponibles - la police a arrêté et emmené dans un poste de police près de 124 000 personnes d'origine étrangère. Seulement 6910 - 5,6% - ont été jugées étant en Grèce illégalement. Beaucoup ont passé des mois en détention pour ne pas avoir de papiers corrects. Ils n'ont été inculpés d'aucun crime.

Dans un enregistrement audio téléchargés sur YouTube par le groupe anti-racisme Keerfa, l'un des manifestants dit que les détenus sont gardés dans des conditions déplorables, subissent des mauvais traitements par les policiers et les gardes et sont conservés pendant plus de 18 mois de détention.

La voix dit:

Nous disons "bonjour" et ils [les policiers / gardes] disent "fils de pute, pédé"
Nous sommes des êtres humains, aussi!
Nous n'avons pas de nourriture propre ni d'eau potable ici ... rien
Nous sommes des êtres humains, pas des moutons ... .
C'est très difficile, nous allons continuer cette grève jusqu'à ce que nous sortions.
Si vous ne nous laissez pas libre, nous allons mourir à l'intérieur.
Si nous n'avons pas cela, nous allons rester à l'intérieur pour mourir ...

A l'origine de la protestation des détenus : une décision, signée en février par l'ancien ministre de l'ordre public Nikos Dendias.  Cette décision permet aux autorités de prolonger la détention des migrants indéfiniment, au-delà de la limite de 18 mois prévue par les directives de l'Union européenne , si ils ne sont d'accord pour leur «départ volontaire» de Grèce.

La décision, qui a été soutenue par le Conseil juridique de l'Etat, se réfère aux migrants qui sont détenus en attente d'expulsion. Les nouvelles règles permettent aux autorités de continuer à détenir l'intéressé jusqu'à ce qu'il accepte de l'expulsion.

Toutefois, un tribunal d'Athènes a récemment jugé, dans un appel interjeté par un réfugié afghan, que la détention de plus de 18 mois est contraire à la législation nationale et européenne et a demandé qu'elle soit révoquée.

Le mois dernier, le conseil européen pour les réfugiés et les exilés, le Conseil grec pour les réfugiés et Aitima, une ONG qui travaille avec les réfugiés et les demandeurs d'asile, ont déclaré que la décision et ses conséquences sont une question de «grave préoccupation» et en violation flagrante des directives de l'UE.

Les détenus et les groupes des droits de l'homme ont dénoncé à plusieurs reprises les conditions dans le camp de Corinthe et dans d'autres centres de détention.

En Avril 2013, une émeute avait éclaté alors que la police avait battu un détenu qui avait refusé de se nourrir pour protester contre la prolongation de sa détention. Dans un autre cas, un afghan détenu pendant 14 mois dans le camp de Corinthe avait dit que les détenus étaient souvent battus par la police. En signe de protestation contre les conditions de détention épouvantables, lui et d'autres s'étaient cousus leurs bouches et avaient entamé une grève de la faim.

La déclaration des détenus :

Beaucoup de réfugiés sans papiers ont été arrêtés par les autorités grecques il y a plus d'un un an et demi (août 2012). Les contrôles massifs et les arrestations ont été réalisés d'une manière très raciste et cruelle. Les gens ont été amenés dans des centres de détention partout en Grèce. Sans entrer dans beaucoup de détails sur la mauvaise situation que nous, tous ces réfugiés, avons vécue, notre seul défaut, c'est que nous n'avions pas un morceau de papier.

Lorsque les centres de détention ont été ouverts, le gouvernement grec a publié une loi où la période maximale de détention d'un réfugié était de 6 mois. Ensuite, ils ont augmenté la période de détention de un an, puis à 1 an et demi, ce qui est la durée maximale que la loi grecque permet aujourd'hui.

Mais il y a quelques semaines, ils ont même augmenté la durée de détention à une durée sans fin ! Cette étape fut une décision raciste. C'est de l'injustice. Le but est seulement de nous empêcher, nous les réfugiés, de venir en Grèce, nous qui avons laissé nos pays à cause de notre souffrance. Maintenant, nous sommes obligés de souffrir en Grèce.

Avec la détention systématique et sans fin, le gouvernement grec nous massacre. Ils gaspillent nos vies et tuent nos rêves et nos espoirs dans les prisons. Tout cela alors qu'aucun de nous n'a commis de crime.

La plupart d'entre nous ont des problèmes de santé graves : à la fois physiques et psychologiques. Spécialement ceux qui sont restés déjà plus de 18 mois sont dans un état catastrophique et ont désespérément besoin de soutien

Aujourd'hui, le 9 Juin 2014, nous, les personnes détenues dans le centre de détention de Corinthe, avons commencé une grève de la faim. Nous sentons une immense pression en raison de nos destins inconnus. Nous protestons contre l'extension illégale de la durée de détention à plus de 18 mois !

* Une manifestation en solidarité avec les grévistes de la faim aura lieu à Corinthe le dimanche 15 Juin à midi.